Pour cette croisière de sept semaines au total (45 jours sur l'eau), « Maybe » nous conduira de La Rochelle jusqu'à Loctudy, nous faisant découvrir 4 îles, 17 ports et un mouillage, sur un parcours de 501 Milles.

Les préparatifs

Le fait d’envisager sept semaines sur l’eau implique pour nous de la navigation sur une portion du mois d’août. Cette période en Méditerranée nous semble un peu risquée. Nous n'avons pas envie de nous faire refouler pour cause de ports complets, ni de tester les mouillages encombrés. La seconde idée est de visiter la région Normandie-Pas de Calais-Belgique, mais là, c'est la météo qui risque de nous poser problème. Notre bateau est limite petit pour ces contrées et le confort de l'équipage risque d'en prendre un sacré coup. Nous choisissons une zone intermédiaire: la Bretagne Sud, mais en partant de La Rochelle, histoire de profiter également de l'île de Ré ainsi que de l'île d'Yeu.

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Nous choisissons la Bretagne Sud (ici, Concarneau)

Le bateau n'a pas vraiment besoin de travaux, si ce n’est la pose d’une nouvelle chaise moteur. J'en profite pour installer une petite liseuse à l'avant de la cabine, ainsi que des crochets supplémentaires. Le bateau est quand-même testé sur le lac Léman, pour être sûr que la nouvelle chaise donnera satisfaction. Pas de problème si ce n'est que, ce jour-là, il y aura pas mal de vent et que cela fera bizarre d'avancer... au moteur!

En route!

Avant de partir, je découvre que je peux techniquement gonfler un peu plus les pneus de la remarque. J'ajoute 1/2 bar à chacun. La vitesse sur route est légèrement abaissée en visant plutôt le 80 km/h que le 90 km/h. La différence de consommation d'essence par rapport au même trajet deux ans auparavant est surprenante: 12,6 l/cent contre 14,6 l/cent, soit près de 13.7 % d'économie!

Le Kerkena nouveau est là

Le véhicule et sa remorque sont stockés au chantier d'Indigo Yacht. La personne qui nous accueille tient à nous montrer la nouvelle version du Kerkena 6.1.

Le système de production a été revu et pas de doute, cette fois le bateau est cohérent et bien fini. Le point le plus important est que le chantier a maintenant compris que le voilier étant un transportable, il nécessite la possibilité d’acquérir des éléments spécifiques. Concrètement, le client potentiel pourra, s'il le désire, recevoir son voilier avec un kit complet pour le mâtage et le transport. Plusieurs autres options sont disponibles comme panneau solaire, accastillage plus complet, etc. Une bonne opportunité pour adapter le bateau à ses besoins propres.

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Le Kerkena nouveau

La montée vers le nord

Après l'avitaillement d'usage au Vieux-Port de La Rochelle, c'est la montée sur l'île d'Yeu avec arrêts à St-Martin en Ré et aux Sables-d'Olonne. Il fait beau et il n'y a pas de problème, sauf que le matin du départ pour l'île d'Yeu, je néglige de prendre la météo. Celle du soir précédent annonçait du beau temps, pourquoi s'inquiéter ? À mi-parcours, le ciel est soudain bien noir. Nous venons de sortir une petite bonite et je n'ai pas vraiment vu le grain arriver. Soudain paf, c'est pour nous. En quelques minutes, nous avons de quoi réviser la totalité des manoeuvres possibles sur notre bateau, tellement les vents sont changeants, tout cela bien entendu sous un ciel bien arrosé. Heureusement, l'orage se calme vite et nous arrivons à port Joinville dans de bonnes conditions. J'apprendrai par d'autres arrivants que le vent venait de nous offrir des rafales à plus à 35 noeuds!

Mais notre souci est de savoir comment préparer notre bonite. Un petit bateau, c'est équipé, mais pour les petits poissons, or une petite bonite, ce n'est plus un petit poisson!

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Pour la bonite, notre mousse aurait bien une idées sur la question!

Une rencontre bien utile

Internet permet de beaux échanges, mais c'est mieux quand c'est en direct. À port Joinville, nous faisons la connaissance «en vrai» de Guy avec qui j'avais eu quelques contacts sur internet. Pour l'équipage de « Maybe », c'est une rencontre importante, car notre nouvel ami navigue, comme nous, sur un transportable (un First 21.7). La différence est qu'il a beaucoup plus d'expérience que nous et connaît bien la région où nous allons naviguer. Nous allons l'abreuver de questions et le lendemain, je reçois de ces mains un super petit guide manuscrit qu'il nous aura concocté dans la soirée et qui nous sera très utile.

Internet est pour cela une mine d'or. D'autres équipages me donneront de précieux renseignements sur la Bretagne Sud. Résultat, nous nous éviterons un bon nombre d'erreurs, comme nous retrouver dans un mauvais mouillage parce que le vent ne souffle pas dans le bon sens.

Guy repart un jour avant nous. Le vent souffle assez fort. Lui l'a dans le dos, car il descend, mais nous, nous l'avons de face, car nous montons. Résultat, nous attendons un jour de plus, histoire que ça se calme un peu.

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Notre ami Guy en route pour a Rochelle

A la découverte de l'inconnu

Lorsqu'on ouvre une carte marine de la Bretagne, on a immédiatement envie d'acheter un camping-car, car tout cela semble très compliqué, voire infranchissable! Les guides, ce n’est pas mieux. On vous informe que vous ne pouvez prendre telle passe que dans des conditions très précises qui, bien entendu, ne sont jamais réunies. En fait, s’il y a en effet certains critères à respecter, on découvre une fois sur place que c'est bien moins terrible que cela en a l'air. Ce sera le cas pour l'approche de l'Herbaudière. Ce port est entouré de méchants cailloux. Il y a des courants, des hauts-fonds... Notre navigation sera en définitive très zen (mais bien préparée quand même!) et nous découvrirons un port très agréable. Idem pour la montée sur la Turballe.

Les conditions sont agréables et nous profitons du beau temps. Nous devons cependant « zapper » l'île d'Heodic, car le vent soufflera nord-est la nuit prochaine et nous avons appris que dans ces conditions, le mouillage pouvait être intenable.

Nous nous consolons en pêchant un bar et trois maquereaux. Le menu risque de se conjuguer autour du poisson ces prochains jours!

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Il faut passer entre les taches vertes!

Ici, posséder un bateau moteur serait une faute de goût!

Au fond, un port avec une forêt de mâts, dense au point qu'on n'y voit pas au travers. Dans la baie, des voiliers, des voiliers et encore des voiliers. Les quelques bateaux moteurs qui passent par là le font presque en s'excusant. Nous sommes devant la Trinité-sur-Mer et ici, une seule et unique religion: la voile ou pour être plus précis: la voile de compétition. C'est presque en douce que nous allumons le hors-bord dans le chenal menant au port. Mais « Maybe » avec son allure de « mini classe mini » ne fait pas trop tache dans cette atmosphère de haute technologie marine. Pour vous donner une idée de la Trinité sur mer, imaginez une rue commerçante avec des enseignes comme « Louis-Vuitton », « Prada » ou « Chanel » et remplacez-les par « Petit-Bateau », « Thalassa » ou « Henry Lloyd» et vous y êtes. La tenue de rigueur est donc « sport chic ». Le must est de se balader avec un gros sac de voiles sur l'épaule et d'avoir quelques logos publicitaires sur ses fringues. Cela dit, ce port, on l'aime bien et nous pouvons admirer parmi les plus beaux coursiers des mers. Nous en profitons pour effectuer une escale technique. Nous devons sérieusement avitailler, car un petit bateau, cela n'a pas trop d'autonomie.

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Ici, un bateau moteur est presque une erreur!

Une charmante dame nous interpelle. Elle a vu notre pavillon suisse et est intriguée, car elle a passé son enfance à Genève. Nous sommes invités sur son Biloup où elle navigue en compagnie de son mari. Ce sont des marins aguerris qui connaissent parfaitement la côte. Une fois encore, nous recueillons de précieux renseignements pour la suite du voyage.

Replis stratégique

La route pour Sauzon sur Belle-île est tracée. Mais nous sommes dans des conditions vent (fort) contre courant. Cela risque d'être un peu juste pour franchir la passe de la Teignouse, surtout qu'il y a de la houle. Nous opérons un retour stratégique vers l'Est avec montée sur Vannes via le golf du Morbihan. La mer brasse pas mal et nous concluons que la décision était sage.

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La remontée du canal

Cela aurait pu être un beau spectacle

Le hasard veut qu'on nous place dans l'axe exact d'un écran géant situé contre une scène de spectacle. Demain, c'est l'arrivée du tour de France à la voile et nous sommes à la loge d'honneur pour assister au concert et autres manifestations. Comme nous allons être bloqués à cause d'une énième dépression, cela tombe bien. Seulement voilà, la pluie aussi tombe et par camions-citernes entiers. Début de concert il y aura bien, mais devant la scène, il n'y a pas un chat, même breton. L'organisation déclare forfait jusqu'au lendemain. Les concurrents n'arrivent qu'au matin. Ils en ont bavé et deux bateaux ont démâté. Dans l'après-midi, tout sera déjà réparé, bravo le staff technique! Nous n'attendrons pas le concert du soir suivant. Il est possible de repartir et nous ne nous faisons pas prier.

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Le Tour de France à Vannes

Toujours plus à l'ouest

Cette fois, La Teignouse est devant nous et c'est en fait un vrai boulevard. En face s'étale Belle-île et vers son extrémité, le petit port de Sauzon. C'est le choc, nous en sommes immédiatement amoureux. Nous ne pouvons rester qu'une nuit, car nous devons profiter des conditions de vent favorables, mais nous nous jurons de revenir. Nous devrions aller sur Groix, mais la flotte est à nouveau annoncée. Se retrouver sur bouée quand il pleut, ce n'est pas forcément poétique, nous continuons donc sur Port-Louis, dans la baie de Lorient.

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La Côte de Belle-île

Nous décrétons que ce sera une soirée moules-frites. Pour moi, les moules-frites, c'est comme les saucisses grillées, cela ne devient intéressent que quand il y a l'ambiance autour. Ainsi, pour les moules-frites, il faut du froid (il y en a) de la pluie (aucun problème de ce côté-là), le cadre doit être rustique (service d'hygiène non admis) et le tenancier se devra d'être un peu fort en gueule (il le sera). Toutes ces conditions étant réunies, nous ferons un excellent repas dans cette buvette contre le port, en compagnie d'une clientèle bruyante qui amènera un peu d'ambiance et nous réchauffera le coeur.

Toujours contre le vent qui persiste à nous souffler dans le nez, nous nous dirigeons sur Concarneau, puis sur Loctudy. À gauche, les Glénan. C'est-y qu'on y va, c'est-y qu'on n'y va pas ? Une fois encore, le problème du mouillage se pose. Ce n'est pas trop bon question vent, on verra cela au retour. Loctudy nous accueillera avec le soleil. C'est l'entrée au pays bigouden. On sent déjà une autre atmosphère, celle de la pointe bretonne ou les arbres vont bientôt laisser la place aux rochers, puis les rochers à la mer avec, comme ultime caillou, l'île de Sein. Pour nous, Loctudy est le point ultime pour cette année. Le vent de face, ras-le-bol. On tourne et on rentre, histoire également de découvrir sur notre route quelques petits ports cachés.

iPad à bord

Le WIFI des ports qui ne fonctionne jamais, le cyber café introuvable... Après quatre ans de tentatives diverses, cela suffit. Nous avons donc décidé de nous équiper « moderne » avec un iPad muni d'une carte SIM permettant de recevoir internet via le réseau GSM. Résultat, nous avons eu de la connexion sur pratiquement tout le parcours! À nous la météo à toute heure, les fichiers grib pour la direction des vents, la communication avec les amis et j'en passe. Il n'est désormais plus possible pour nous de partir sans ce précieux assistant.

Entre Concarneau et Loctudy, il nous manque une carte marine papier. Nous testons alors l'iPad comme GPS traceur via le logiciel Navionics. Très prometteur, ce type de navigateur n’est pourtant pas encore homologué sur« Maybe ». Un GPS dédié et une carte papier offrent à nos yeux et pour l'instant une sécurité très supérieure à l'iPad. Mais ce dernier pour préparer les navigations, c’est vraiment bien. Dans Navionics, j'ai par ailleurs adoré la calculation automatique des marées, même s'il fallait systématiquement vérifier les chiffres à l'aide d'un annuaire classique. Le logiciel commet malheureusement encore quelques belles erreurs dans ses prévisions.

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Navionics sur iPad

I singing in the rain

Cette fois, côté dépression, c'est du sérieux. Nous sommes à Concarneau et même les voiliers de l'école des Glénans ne sortent pas, c'est vous dire s'il fait mauvais. Comme nous sommes coincés trois à quatre jours, nous avons le temps de connaître la vie des pontons. Ici, le look, c'est bottes, cirés et pantalons assortis, avec le classique capuchon jaune que l'on porte, soit sur la tête, soit sur l'arrière de la veste si on préfère un bonnet ou une casquette de marin sur la tête. Tout cela ne doit pas être trop neuf. Une tenue un peu délavée de 10 ans d'âge (c'est presque celui des nôtres) sera parfaite, mais attention, pas de trous dans l'habillement. On est chez des marins, pas des clochards. Le bateau se doit d'avoir un petit ère de vécu. Je suis par exemple content de ne pas avoir troqué mon pavillon suisse rose délavé contre un neuf rouge vif (ma femme n'a pas voulu, trouvant que cela n'irait pas avec le look breton). Le mieux, c'est quand le drapeau commence à être sérieusement effiloché par le vent, mais nous n'en sommes pas encore là, dans quelques Milles peut-être!

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Le port de Concarneau

Nous sommes entourés de stagiaires « Glénans ». Ils sont sympas, même si on les repère immédiatement. Les nouveaux arrivent toujours avec des énormes valises à roulettes, là où les autres navigateurs embarquent avec leur petit baluchon d'affaires de rechange.

Nous sympathisons avec le caviste (important), faisons presque une indigestion de homards bretons au « Crabe Tambour » (à essayer en priorité), sympathisons avec le voilier d'en face, le seul de tout le voyage qui sera presque plus petit que le nôtre. Son propriétaire et nous avons le même problème : quand repartir ? Nous finissons les deux par lever les voiles au matin du cinquième jour. Il y a de la houle, mais ça passe. Au moins, on ne pourra pas dire que le bateau n'avance pas!

Un problème de (petie) taille

Dans cette descente qui nous amènera à Port-Louis, puis à Sauzon, la houle est bien présente et nous talonne par l'arrière. En direction de Belle-Île, le vent tombe un peu trop et le bateau devient inconfortable. Je mets le moteur pour aider un peu, mais les vagues aspergent le tableau arrière et notre quatre temps cale. Il nous refera le coup à l'entrée du port de Sauzon. Pas trop grave, car il y a toujours les voiles et que notre petit japonais finira toujours par repartir, mais cela pose le problème d'un hors-bord sur un petit bateau: parfois, c'est la vague qui gagne! Je finis par trouver le truc: ne mettre le moteur qu'à mi-puissance pour éviter les remous. Il y a un moment où l'équilibre se fait et où l'arrière n'est plus mouillé. À nous la plénitude du petit port sur cette île superbe.

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Sauzon

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Annexe perdue sur un rocher à Belle-le

La Bretagne comme dans les livres

Nous allons d'une île à l'autre, de Belle-île à Hoedic. Cela souffle, il y a des vagues, le ciel mouille un peu, il y a des cailloux partout. On se prendrait à cracher sur le pont et à en pousser une bien cochonne en breton, mais je ne sais pas le breton et on ne crache pas sur mon pont. La passe des Soeurs se fait au rappel, nous frôlons la cardinale ouest et entrons fièrement dans le petit port. C'est samedi, le ciel est presque bleu. Il y a donc pas mal de marins, mais que du solide, car la mer n'et pas encore à la portée du vacancier débutant en bateau de loc.. Amarrés en « marguerite » autour de la tonne, on discute le coup entre initiés, nous échangeant les bonnes adresses où il fait bon boire et manger. Les plus anciens nous parlent de « leur » Bretagne, celle d'hier, mais aujourd'hui, c'est plus comme avant! On se promène sur l'île. le vent pourrait presque coucher un rugbyman, de toute façon, il n'y a plus un arbre à renverser. Ici, la terre, c'est pelé jusqu'à la moelle.

Tonne
Les voiliers forment une "marguerite" autour de la "tonne"

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Hoedic-city

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Hoedic-plage

La température se réchauffe un petit peu avec les jours et il fait presque tiède quand nous arrivons à La Turballe. Un petit voilier franchit l'entrée du port en même temps que nous. C'est notre ami Guy, cette fois accompagné de son épouse. Hasard incroyable! Il a pêché deux maquereaux, nous aussi. Nous grillons tout cela ensemble et nous racontons nos croisières. Il a été sérieusement bloqué à La Rochelle à cause d'un vent rarement vu dans cette région à cette saison, mais là, ça devrait s'améliorer.

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Au fond, il devrait y avoir la Turbale!

Adieu Bretagne

Nos routes se séparent à nouveau. Pour « Maybe », c'est cap sur l'île d'Yeu. Il fait beau, mais il y a de la brume. Au loin, on devine des cargos attendent le feux vert pour entrer à Saint-Nazaire. On croirait des vaisseaux fantômes. Le temps est comme suspendu. Devant nous, de l'eau, que de l'eau. Mais où ont-ils mis cette fichue île ? Soudain, à 3,4 milles de distance, elle apparaît, donnant l’impression d’être immense. Nous sommes donc toujours dans le monde des vivants.

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Brume vers l'Herbaudière

C'est maintenant l'été. Il fait beau et on se croirait presque en vacances! Nous poussons même le jeu à nous hasarder à une nuit de mouillage dans la baie des Vielles, le seul de notre périple.

Il y a un air de nostalgie qui plane. La Vendée, c'est vraiment très beau (et plus chaud), mais le côté « brut de décoffrage » de l'atmosphère bretonne nous manque déjà.

Faut pas rêver

L'idée qu'on aurait enfin la paix question météo c'est juste pour les utopistes. Certes, le ciel est bleu, mais les vagues sont bien là! Pour notre descend sur La Rochelle, il y a d'abord peu de vent puis ça accélère. « Maybe » est à plus de 7 noeuds en vent arrière à l'approche de l'île de Ré. Après une escale sympa à La Flotte en Ré, nous partons pour notre dernière ligne droite. Le pont de l'île se passe avec 25 noeuds de vent (mesuré par un voilier juste derrière nous). Avec tout dessus et l'équipage au rappel, ça fait un peu comme dans les guides touristiques « découvrez la voile à La Rochelle! ». L'idée était de pousser jusqu'à l’île d'Aix, mais la météo est peu stable et le mouillage risque d'être secoué. Selon le témoignage de ceux qui en reviendront, il le sera et peu de marins trouveront le sommeil sur leur bateau cette nuit-là. Nous, confortablement blottis au fond du vieux port de La Rochelle, nous goûtons à une paisible fin de croisière, laissant les éléments déchaînés aux suivants.

Afin de nous rééducer à la civilisation, nous nous offrons un restaurant un peu chic, histoire de réapprendre les bonnes manières (« Les quatre sergents », un must, mais réservation obligatoire plusieurs jours à l'avance). Au retour, le confort de notre « Maye » nous paraît soudain bien spartiate. Il est temps de rentrer!

La Bretagne, en août, c'est bourré!

Phrase souvent entendue quand on n'y ajoute pas encore: « ç'est intenable »!
Faux, mais avec nuance!

Lors de notre séjour, non seulement rien ne sera « plein », mais il y aura même de la place partout. Il y a cependant une explication: la météo 2011 se révèlera particulièrement mauvaise cette année. Cela refroidira un grand nombre de pères de famille ne voulant pas exposer leur progéniture au mal de mer. C'est tout à fait compréhensible. Des parents nous diront la chaude ambiance lors de navigations musclées où les enfants vomissent dans la cabine et où les aînés ne sont guère plus vaillants. En fait, en temps normal, plusieurs « spots » (par exemple Hoëdic), sont vraiment « bourrés » certains jours, selon plusieurs témoignages.

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Une plage sur l'le d'Yeu, le samedi 30 juillet à 15h!

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Le ponton visiteur de Port joinville (Yeu) le samedi 30 juillet vers 17h30!

Le bilan

Cette fois, « Maybe » et surtout son équipage, ont trouvé leurs limites. Le bateau a très bien tenu, mais il y a maintenant une usure prématurée au niveau de notre dérive, celle-ci ayant mal supporté les brusques tensions dues aux vagues que nous avons rencontrées. C'est clairement le dernier point faible sur ce voilier, car tout le reste est en parfait état. Nous allons non seulement la réparer, mais, avec les conseils du constructeur, améliorer le système.

Pour l'équipage, il est clair que le vaisseau est un peu juste pour ce type de croisière. Très léger « Maybe » bouge beaucoup dans les vagues, même s'il les passe bien. Sans aucune protection contre le vent, nous n'avons pas eu trop chaud lors de certaines navigations. Le fait de devoir presque toujours cuisiner et manger à l'intérieur de la cabine à cause du froid et de la pluie (ce qui n'était pas prévu) était parfois un peu compliqué. Pour nous se pose maintenant le dilemme: naviguer de manière plus « soft » et garder l'idée du voilier transportable, ou passer au non transportable, donc sur plus gros, pour des croisières plus longues et plus confortables. Nous cogitons sérieusement sur cette question, même si nous savons qu'avec une dérive repensée, notre Kerkena sera vraiment un transportable au Top!

Ce qu'il faut savoir pour naviguer en Bretagne

Même avec un petit bateau et sans grande expérience, il est possible s'y avanturer, mais pas n'importe comment. Pour le néophyte, il est fondamental de bien se renseigner (comme partout ailleurs, en fait). Il y a plein d'excellents guides et les navigateurs que l'ont rencontre sont le plus souvent serviables et donnent volontiers des tuyaux. Idem dans les capitaineries. Clairement, cette région peut être dangereuse si on ne prend pas certaines précautions. Lors de notre séjour, il y aura plusieurs accidents sur l'eau, dont un mortel, près de l'Herbaudière. Mais en respectant la météo, les marées, les balises et les courants, on peut être assuré de navigations magnifiques.

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Même avec un petit bateau, il est possible de naviguer en Bretagne!