Maybe

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mardi 04 septembre 2012

"Maybe" fin de l'aventure



"Maybe" a trouvé un nouveau propriétaire. Il va continuer à vivre des navigations passionnantes et l'ancien équipage en est particulièrement heureux. Quant à nous, vous pouvez nous suivre désormais sur site de notre nouveau voilier "Sorc'Henn". C'est ici :

http://sorchenn.com

Bon vent à tous...

Sous_voiles.jpg

"Maybe" sous voiles

dimanche 19 août 2012

"Maybe" en Bretagne Nord



Cette nouvelle croisière de près de quatre semaines nous entrainera dans un parcours de 197 Milles, nous arrêtant dans 8 ports et un mouillage. Nous pêcherons 5 maquereaux, qui tous serviront à nourrir l'équipage.

Les préparatifs

La croisière niçoise n'ayant pas provoqué de dégâts, la seule réparation nécessaire sera celle de la porte, fracturée par un squatter qui dormira une nuit dans le voilier, et partira avec nos jumelles et nos deux lampes frontales en souvenir ! Nous délimitons le terrain de jeu entre l'île de Bréhat et Granville. Cette zone est très riche en découvertes potentielles et la météo est plus calme que les secteurs plus au Nord (anglo-normandes), ou plus à l'Ouest (Pointe Bretagne). Granville (Normandie) est sélectionné comme point de départ. C'est le port le plus à l'Est, donc celui le plus facile à atteindre lors du retour, puisque la plupart du temps, le vent souffle dans cette direction. De plus, Granville possède une très bonne cale de mise à l'eau et un gardiennage à proximité peut accueillir notre véhicule et sa remorque.

La_plage_de_Binic.jpg
On commence à rêver...(Binic)

La documentation

Nous commettrons l'erreur d'acheter les guides et cartes sur place, au lieu de les commander par poste et à l'avance, comme nous le faisons habituellement. Il nous faudra donc courir dans quatre magasins et deux ports différents pour tout trouver ! Pourtant, nous ne sommes pas gourmands : quatre cartes du SHOM au 50:000 pour la région à couvrir, un Bloc Marine, deux guides côtiers, c'est tout ! Nous utiliserons cette année un peu plus notre logiciel Navionics sur l'iPad, car il se révélera parfois plus rapide que la carte papier pour repérer certaines cardinales. Mais cela restera cependant pour nous un accessoire secondaire. La météo sera surtout celle de Météo France, aidée du logiciel Wind Guru et de fichiers gribs sur Navionics. Pour les courants et marées, le Bloc Marine s'occupera des premiers, Navionics des seconds, mais supervisé par un annuaire papier (il y a parfois des fautes sur le logiciel électronique). Mon document préféré sera cependant celui concocté à partir des conseils et avis reçus via le site Hisse et Oh. Rien de tel qu'un plaisancier qui connait bien la région pour vous donner le petit détail qui fait la différence. Une fois encore, ces renseignements seront en bonne partie responsables de la réussite de cette croisière.

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Mieux vaut une bonne carte pour entrer la dedans !

C'est partit !

5h30 du matin, le convoi s'ébranle. Nous allons découvrir, tout au long du trajet routier, que la confection de ce qui s'appelle habituellement "café" peut parfois atteindre des limites insoupçonnées dans la médiocrité. Décidément, les relais routiers doivent faire un concours où celui qui arrive au pire touche le gros lot ! Néanmoins, nous arriverons entiers à notre destination. Merci à notre GPS de nous avoir fait passer par le centre de Granville, où les rues sont si étroites que la remorque passait parfois au millimètre, alors qu'il y avait moyen d'atteindre le port par une artère bien large et bien droite !

La cale est bien organisée. La mise à l'eau se fait sans problème et la pose du convoi au port à sec est également très rapide. J'en profite pour demander au responsable que son atelier me pose des galets neufs sur la remorque, ceux d'origine arrivant en fin de vie. Nous sommes donc, en fin de journée, sur un voilier prêt à vivre de nouvelles aventures. Il ne reste plus qu'à avitailler.


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Un conseil pour l'avitaillement, mangez local !

Tiens, ça existe encore, ce truc-là ?

Désolé, je n'ai pas pu m'en empêcher. C'est donc ce que j'ai dit quand les deux fonctionnaires sont montés à bord au petit matin, certainement attirés par mon nouveau pavillon rouge vif à croix blanche. Peut-être qu'avec le vieux torchon rose délavé, je serais passé inaperçu ? Le début du dialogue est assez "service-service", mais très vit cela tourne à la conversation de bistrot. Dommage, il était juste trop tôt pour servir le petit rosé. Ils en ont marre, mes douaniers, comme toute la population locale, d'ailleurs. Cela fait un mois que le temps est exécrable dans la région et il paraît que dans ces conditions et avec mer formée, une vedette de la douane, ce n'est pas très confortable.

En route pour Chausey

Mais pour nous, c'est l'été qui arrive. Le ciel se dégage et il ne fait pas froid. Quand on regarde Chausey sur une carte, on ne voit d'abord qu'un tas de cailloux. En fait, pour aller dans le bassin du Sound, le mouillage principal en face de la Grande Ile, ce n'est pas très compliqué. Il y a peu de monde au mouillage et presque personne sur l'île. Le mauvais temps a chassé les touristes et du coup, nous avons un peu ce magnifique paysage pour nous tout seul.

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Chausey

Je passe un bon moment à préparer la route pour Saint-Malo. Il y a pas mal de paramètres à vérifier (marée, courant, chenal choisi) et cela prend du temps. Une fois mon itinéraire bien prêt, avec pleins de waypoints entrés dans le GPS, mon épouse me dit : "Et si, vu le beau temps, nous allions directement à Saint-Cast ?". Ben voyons, et ma route, alors ? Elle n'a pas tord en fait, autant profiter de "faire de l'Est" pendant que c'est possible. Saint-Malo, ce sera pour le retour.

Saint-Cast, c'est Saint-Cast

Avec un ciel et un vent comme sur les photos des prospectus qui veulent vous vendre un voilier, nous ne sommes pas à plaindre. Bien sûr, le vent est un peu de face, mais le bateau avance bien et nous n'avons juste pas besoins de tirer de bords.

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Saint-Cast

Le nouveau port de Saint-Cast est très chic, vraiment très chic, en tout cas si on fait abstraction du bâtiment genre "hommage à Staline et à l'Union Soviétique" juste planté contre le port. L'accueil est d'ailleurs très chic et j'ai bien peur que la facture soit très chic. Pas du tout. Saint-Cast sera une des destinations les moins chères de la croisière : 12 euros ! Les touristes sont pour la plupart, encore aujourd'hui de la classe "bourgeoise catholique conservatrice française". On doit y croiser beaucoup de Charles-Edouard et de Marie-Charlotte. Moi, j'aime bien. C'est un milieu que je connais assez et que je sais apprécier. Je suis en effet né et ai grandi dans une atmosphère similaire, mais en Suisse. Il règne ici une atmosphère bon enfant bien élevé, dans cette station ou le must est d'aller s'offrir un verre à la Belle Meunière (ici, on dit Belle Meu !), le tea-room le plus prisé de l'endroit. Au port, nous papotons avec le propriétaire d'un vieux gréement qui nous donnera de précieux conseils pour la suite de notre périple.

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Saint-Cast, ambience bon enfant bien élevé

Les sanitaires

Les sanitaires, c'est important. Par chance, sur tout notre parcours, ils seront toujours impeccables de propreté. Mais ils brilleront tous pas certains défauts parfois amusants, parfois agaçants. À Saint-Cast, il y a par exemple le robinet qui s'allume tout seul : vous vous approchez de l'évier, l'eau commence à couler. Vous voulez vous coiffer, l'eau commence à couler. Vous désirez admirer votre beau visage buriné, l'eau commence à couler. Vous pensez vous laver les mains, l'eau commence à couler (à noter que dans le dernier exemple, on peut y trouver une certaine utilité !).

Erqui, son sable, ses sports nautiques

De Saint-Cast, nous longeons le Cap Fréhel avec un léger courant favorable.

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Le Cap Fréhel

C'est qu'il faut arriver juste à l'heure à Erqui, si on veut poser. Il n'y a que quatre bouées "visiteur" dans ce mouillage et elles sont difficiles à trouver, car souvent utilisées par des locaux. On s'en sort quand même et nous regardons l'eau s'évacuer avec le jusant. Boum, on pose un peu dur sur le sable dur. Mes renforts de puits de dérive n'apprécient guère et le montrent par deux petites fissures. Rien de méchant puisqu’elles sont à l'intérieur du bateau, mais pas très esthétique.

Maybe_a_Erqui.jpg
A Erqui, on pose sur du sable (très) dur

Le sable dur a pourtant un avantage : on peut aller se balader à pied entre les bateaux et profiter de papoter avec les autres équipages. Mon cocker ne sait pas trop comment réagir par rapport à ce sol qui était de l'eau il y a quelques minutes, et qui soudain, ne l'est plus.

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Elle est où, l'eau ?

Avec le retour de l'élément liquide, nous apparaît une "nouveauté" nautique pire que le jet ski. J'ai nommé : le flyboard ! Vous prenez un jet ski normal qui fait un bruit de jet ski normal (ça commence donc très mal). Vous lui ajoutez des tuyaux d'eau dignes d'une grosse voiture de pompier, qui font des bruits de tuyaux d'eau digne d'une grosse voiture de pompier. Vous mettez un type au bout des tuyaux d'eau qui hurle au type sur le jet ski des consignes que ce dernier n'entend pas, car il est en train d'hurler des consignes au type au bout des tuyaux d'eau, qui lui-même n'entend rien parce que... et ainsi de suite ! Tout ça va durer longtemps. Mais heureusement, comme la quantité d'essence consommée doit être plus que conséquente, il y aura bien un moment où tout cela s'arrêtera, faute de carburant.

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Très bruyant, ce truc là !

Binic

Là, il faut foncer. À peine le voilier a-t-il décollé du sable que nous mettons cap droit sur Binic. Ce port n'est accessible qu'à certaines heures et il faut bien viser. Nous passons un champ de cailloux qui, étonnamment pour la Bretagne, est très mal balisé. J'ai donc un oeil constant sur la carte, l'autre sur le GPS et le troisième sur ma montre, car cela va se jouer à la minute près. À deux Milles du port, j'appelle un peu angoissé. L'interlocuteur me rassure, nous avons encore 30 minutes de bon. Ouf, ça passe. Ce manque d'accessibilité pose problème aux habitants. Le port n'est pas plein, donc le tourisme en pâtit. Un projet est en cours pour changer la porte d'accès, ce qui permettra une plus grande latitude pour les entrées et sorties. Le long du ponton d'accueil, pas un seul Français. Il n'y a que des "îliens" (surtout de Jersey et de Gernesey). On parle donc grand-breton sur le ponton. Ce sera d'ailleurs une constante sur cette croisière. Même si je ne fais que baragouiner cette langue, on s'amusera bien et on rira beaucoup avec ces Grands Bretons .

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Une petite plage à Binic

Marins du Nord, marins du Sud

La différence est assez conséquente entre un port méditerranéen et un port breton. Il n'y a pas de "bons" et des "mauvais", mais ce n'est pas le même état d'esprit. Dans le Sud, le bateau est vite un signe extérieur de richesse. Il nous est arrivé (rarement, il est vrai) d'être refusés dans une marina pour "gros", à cause de la petite taille du voilier. Dans le Nord, cette vision n'a pas de sens, car déjà, la plupart des locaux naviguent sur de petites unités. Les Anglais vont encore plus loin en ayant la même attitude entre "voileux" et "motoristes". Il est vrai que chez eux, bien des bateaux sont des "mixtes" qui, comme ils le disent eux-mêmes, sont soit de mauvais voiliers marchant mal au moteur, soit l'inverse !

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Ce voilier n'est pas un vieux géement, mais un bateau en ferro-ciment avec mât alu dessiné faux bois. Son propriétaire est bien sûr... britannique !

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Un navire britannique dont l'équipage a porté quelques toasts à la Reine !

Bréhat et Lezardrieux

Toujours le beau temps et un joli vent. Cap sur l'île de Bréhat que nous dépasserons pour continuer sur Lézardrieux. Le passage entre l'île et le continent est bien balisé. Nous projetons de mouiller contre l'île à notre retour, mais pour l'instant, c'est la remontée sur le Trieux, rivière entourée de verdure et qui nous amène à notre destination.

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La remontée du Trieux

Il y a toujours peu de monde et c'est avec plaisir que nous voyons arriver un beau voilier en bois qui accoste près du nôtre. Nous sympathisons avec le couple de propriétaires, et cela se termine dans le carré du vieux gréement. Nous passons la soirée à réviser l'univers de la mer à coups de citations de grands auteurs (dont l'incontournable Moitessier) et à coups déraisonnables de petits verres de calvados artisanal qu'un vieux flibustier n'aurait pas dénié s'il était passé par là. Cela me rappelle certaines soirées en équipage, où après une navigation rude et mouillée, on se retrouvait serrés dans le carré, ivre d'espace, de mer est de sommeil, à s'en boire quelques derniers avant de s'effondrer sur nos couchettes. Si ce n'est pas ça le paradis, je me demande comment c'est !

Toujours plus à l'Ouest, vous êtes sûr ?

Nous visons Perros-Guirec, mais sommes dans l'expectative. À partir de Bréhat, la météo change est devient parfois plus musclée. MétéoFrance annonce de la pluie et un fort flux d'Ouest (que nous aurions donc dans le nez). Nous aurions du temps, ce serait sans problème. Mais nous devons penser au retour et ne voulons pas être coincés. L'autre problème de cet Ouest, c'est qu'il risque de rendre les mouillages de Bréhat un peu agités. Le seul qui nous irait, La Chambre, est actuellement interdit au public.

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Si vous regardez bien, vous verrez le panneau interdisant l'entrée du mouillage

Nous décidons donc de filer sur Paimpol d'où nous laisserons passer la dépression. Le petit matin est particulièrement silencieux. Nous descendons le Trieux derrière deux vieux voiliers et voyons apparaître de la brume, comme des fantômes, les premiers cailloux de Bréhat. Sil les fantômes traversent les murs, notre "Maybe" ne traverse pas les cailloux. Il convient d'être prudents, surtout que nous avons le soleil dans les yeux et que nous ne voyons pas grand-chose.

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Les cailloux de Bréhat (ici, avec une bonne visibilité)

Puis c'est le virage au Sud sous bonne brise et la montée du chenal qui nous amène devant l'écluse du port.

Le_chenal_de_Paimpol.jpg
A marée basse, le chenal de Paimpol, c'est comme ça !

On passe sans problème et nous nous amarrons à une excellente place. C'est une chance, car c'est le premier port qui est vraiment plein. Il y a pas mal de monde dans les rues et nous avons l'impression que le tourisme refait son apparition. Nous sommes toujours entourés d'"îliens" qui composent l'essentiel des embarcations sur notre ponton.

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"Maybe" à Paimpol

La déprime du voltmètre

Lors d'un contrôle de routine, je constate que le voltmètre n'a pas bonne mine. Notre batterie est en train de nous lâcher ! Il y a pire que Paimpol pour ce genre d'avarie. Le problème est résolu en moins d'une heure, le temps de trouver un fournisseur, de lui remettre la défunte, de récupérer la neuve et de l'installer. Une panne de batterie n'est pas très grave sur "Maybe", car le panneau solaire est suffisant pour faire fonctionner les instruments, même sous un ciel voilé. Mais mon voltmètre a une mine plus réjouie avec une tension à nouveau correcte.

De Paimpol à Saint-Malo

La première fois que nous étions allés à Paimpol, il y a près de vingt ans, c'était un port de pêche finissant, respirant la nostalgie. Nous avions eu la chance folle de tomber sur le premier festival de chants de marins, à l'époque uniquement organisé par et pour les locaux. Aujourd'hui, la ville est transfigurée. Elle a su prendre un bon virage économique, même si certaines mauvaises langues prétendent que les chants de marins, aujourd'hui, ce n'est plus ça et que c'est devenu une fête commerciale. Nous n'avons pas vérifié !

La dépression, bien gentillette en définitive, est passée et nous reprenons la mer. C'est un peu la cohue dans l'écluse, car nous ne sommes pas les seuls à avoir cette belle idée. Le retour passera par Binic, Saint-Quay (un port décrié, mais pas si désagréable que ça), le Cap Fréhel (passé à plus de 8 noeuds avec le courant), Saint-Cast et enfin Saint-Malo, la ville des corsaires. Le dernier bout démarre en trombe. Nous sommes plein vent arrière avec un premier ris dans la grand-voile. Les vagues moutonnent, comme pour donner du corps au paysage. Devant nous, l'armée de rochers qui protège la Cîté. Impossible de descendre en cabine dans ces conditions. Donc, je ne vérifie pas trop ma route et rate une cardinale. Nous avions décidé de prendre un chenal secondaire, mais nous voilà sur un chemin vicinal ! Bonjour, Monsieur du Caillou ! C'est vraiment très serré et je me décide à jeter un petit coup d'oeil sur le traceur de l'iPad (Navionics) heureusement exceptionnellement allumé.

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L'approche de Saint-Malo

Nous rejoignons le chenal principal, ratons un empannage et nous retrouvons par le travers, terminant sur la dernière ligne droit à près de 5 noeuds avec le génois seul, alors qu'un ferry décide d'arriver en même temps que nous. Bouh, que l'avant-port est glauque ! Ca secoue, c'est plein de ressac et la grosse porte de l'écluse est fermée. En plus, il n'y a pas de bouée d'attente. Il faut dire que les explications de nos deux guides sont plutôt floues (dans l'almanach du marin breton par contre, elles sont limpides, mais nous n'avions pas l'ouvrage à bord). Un petit coup de VHF et nous avons la prochaine heure d'ouverture.

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L'écluse de Saint-Malo

À l'entrée dans port Vauban, tout contre les murailles, je n'aurai qu'un mot : Wouaaah !

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"Maybe" à Saint-Malo


Ils sont fous, ces Bretons!

Nous voilà amarrés juste devant l'entrée principale de la vieille ville. Il y a pire, comme place. C'est vraiment très impressionnant. La cité est noire de monde. J'apprends que Saint-Malo est la première ville de Bretagne pour son nombre de touristes. Je veux bien le croire. Bien sûr, nous voulons grimper sur la muraille qui encercle la vieille ville, mais là, stop, impossible, car... "INTERDIT AUX CHIENS !". Non, mais c'est quoi ce bazar ! Ainsi, mon cocker, plus de 2'500 Milles sur son CV nautique à son actif, Tartuffe, mon chien à moi, ne peut pas visiter l'enceinte de la ville ! On a vu des guerres commencer pour moins que ça. J'hésite sérieusement à appeler mes amis anglais pour qu'ils viennent tirer quelques salves de canon sur ces indigènes sans savoir-vivre ! Nous nous consolons auprès de Québécois tout juste débarqués de la course au large "Québec/Saint-Malo". Plusieurs concerts sont organisés et nous en profitons un peu, puisque tout a lieu à moins de 5 minutes du bateau.

Chausey (bis)

Les ports à écluse, c'est bien, mais cela donne l'impression qu'on n'est plus en mer. C'est donc avec un certain bonheur que nous retrouvons les grands espaces en nous dirigeant vers Chausey.

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Le choc des cultures (Saint-Malo) !

Les courants aidant, nous sommes rapidement devant le Sound. Cette fois, il y a du monde, mais la petite taille de notre engin fait que nous nous amarrons facilement à couple d'un groupe de voiliers. Notre annexe va vivre ici ses derniers voyages. Après 8 ans de bons et loyaux services, elle nous fait pour la première fois le coup de la fuite d'air. Il s'agit en fait d'une usure normale sur un pli. Nous pouvons réparer, mais savons que cela va vite lâcher plus loin.

Ah, le calme de Chausey, sauf que pendant la nuit, nous sommes brusquement réveillés par des "boum-boum-boum". Une "gaypride" sauvage aurait-elle brusquement été organisée sur l'île ? La source est vite repérée : c'est le bateau des petits jeunes d'à côté qui se la joue boîte de nuit avec sono à fond. On tente de laisser aller, mais vers trois heures du matin, des "toc-toc" se rajoutent au "boum-boum". C'est l'équipage du voilier suivant qui, lui, aimerait bien dormir. L’effet est radical et nous nous retrouvons dans le silence de la nuit. Au matin, les petits jeunes s'excusent pour le vacarme et nous promettent que cela ne se reproduira plus et pour cause : la sono a complètement vidée leur batterie !

Chaussey.jpg
Ah, les folles nuits de Chausey

Nous, on n'est pas rancunier et on leur chauffera même de l'eau pour leur café, car ils ont oublié de prendre un réchaud ! Sur le bateau suivant, l'heure est à la pêche. Je leur dis en plaisantant de nous ramener des maquereaux. Eux, ne plaisantent pas et nous en rapportent vraiment. Du coup, on décide de manger tout cela ensemble. Et voilà encore une de ces soirées où l'on refait le monde de la mer et où le paradis n'est plus très loin.

Vous voulez de l'Est, appelez-nous !

Les Bretons, ils m'ont dit comme ça : "Le vent d'Est, c'est une légende, ça souffle jamais !". C'était compter sans la malédiction de "Maybe" ! Ouvrez vos cartes sur Chausey-Granville et tirez un trait. Vous constaterez que la route va d'Ouest en Est. Et que croyez-vous que MétéoFrance a annoncé pour ce trajet ? Gagné ! En plus, ils en rajoutent une couche : un bon force 5 tout droit dans le nez ! Nous voulions rester une nuit de plus sur l'île, mais même si la distance est courte jusqu'à Granville, je n'ai pas envie de me mouiller en fin de croisière. Donc, départ au matin avec un Nord Est bien maniable et agréable, puis... pétole ! Il est où, l'Est ? Il viendra, mais pendant la nuit et sera en fait de courte durée. Mais nous entrons dans une phase orageuse. Il fait d'ailleurs très chaud (27 degrés dans la cabine, le soir à 22h !). Donc pour nous, c'est la fin de la croisière, en tout cas en ce qui concerne sa partie nautique.

Un beau bateau

Dans le port de pêche stationne le "Marité"en fin de restauration. Il s'agit d'un trois-mâts qui, à l'origine, partait sur les bancs de Terre-Neuve. Le voilier est visitable et nous sautons sur l'occasion. Ces un bateau très émouvant. Il a été entièrement refait à neuf (d'après l'explicatif, près de 98 % du navire). C'est du très bel ouvrage et on ne peut qu'être admiratif face au travail réalisé par les artisans. C'est vraiment ce qu'on peut appeler, sans ironie, "le symbole du génie et du savoir-faire français". Malheureusement, "le génie et le savoir-faire français", ça ne se retrouve pas partout, même en France.

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Du très bel ouvrage

Sortie de l'eau

Là, on va essayer de faire court, mais il y en aurait pour un roman. Cela commence par une course aux renseignements pour savoir comment et à quelle heure notre voilier va être sorti de l'eau. Cela continue par le fait que personne ne sait si notre remorque a été réparée ou non. La réponse finale sera bien entendu : "non !", avec comme ajout : "mais on va se débrouiller !". Bien sûr, personne ne se débrouillera et notre remorque ne sera jamais prête. La manoeuvre débutera avec 25 minutes de retard et "pan !". L'étrave du bateau touchera violemment la remorque du chantier. Bien sûr, c'est ma faute (ben, tiens !), je n'avais qu'à retenir le bateau. Ça pue l'incompétence et la mauvaise foi. Là, mais c'était facile à deviner, la pluie commencera à tomber, se prenant pour une escadrille de Canadairs lors d'un incendie de forêt. Bonjour l'ambiance. Heureusement, le chef de chantier (compétent, lui) prendra finalement les choses en main et nous réduira sérieusement la facture. Nous quitterons le chantier quatre heures après le début de la manoeuvre, avec une remorque dans le même état qu'à l'aller et un belle éclat sur l'étrave à réparer. Qui a parlé de "génie et de savoir-faire français" ?

Fin de l'aventure

Notre retour passera par le chemin des écoliers, longeant la rade du Mont-Saint-Michel (magique), piquera sur la pointe Bretagne (pour voir un bateau), subira un contrôle routier (pas magique, mais inoffensif) et tentera à nouveau l'absorption de cafés autoroutiers (presque buvables, cette fois-ci).

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La baie du Mont-Saint-Michel

Le bilan

Le très beau temps qui régnera pendant notre séjour nous facilitera bien la vie. "Maybe" n'aura aucune difficulté à naviguer dans ces eaux qui peuvent pourtant être difficiles. Le vrai pari, pour nous, sera d'élaborer un programme cohérent, dans une région où les contraintes de navigation sont très nombreuses (vents, courants, marées) . C'est ainsi que nous devrons abandonner l'idée d'aller à Dahouët ou encore à Cancale, destinations pourtant prévues. Mais quelle belle croisière ! Un joli final avec notre "Maybe", qui devrait bientôt voguer sans nous, puisque nous avons maintenant comme option de complètement changer notre programme de navigation. Mais ceci est une autre histoire...

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Et si vous n'aimez pas le bateau, vous pouvez essayer la marche à pied.
Ici, le Km 0 à Paimpol, départ direction Saint-Jacques de Compostel !

jeudi 19 avril 2012

"Maybe" à Nice et alentours



Comment ?
Une nouvelle aventure de "Maybe" ?
Ce bateau n'est-il pas en vente ?

Oui, il l'est, mais nous ne sommes pas pressés et cette croisière était prévue depuis longtemps. Alors, pourquoi s'en priver ? Cette mini navigation d'une dizaine de jours sera particulièrement tranquille, puisque nous n'aborderons que trois ports, un mouillage (de jour), pour une distance totale de seulement 59 Milles.

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"Maybe" dans son jardin

Les préparatifs

Cette fois, c'est du lourd ! Le bateau a toujours son antifouling d'origine et il est temps d'en faire poser un neuf. De plus, nous devons consolider et améliorer notre dérive qui n'est pas à la hauteur du reste du voilier. Pour cette dernière, nous faisons poser un cerclage en son sommet. Ensuite, "Maybe" est entièrement vidé et nettoyé. Enfin, quelques retouches de peinture lui redonnent un nouvelle jeunesse.

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Le nouveau cerclage de la dérive

Où cela ne se passe pas comme prévu

Tout est prêt et bien organisé. Il ne reste qu'à appeler le gardiennages d'Antibes, que nous commençons à bien connaître, pour lui dire que nous arrivons. Je n'ai pas terminé ma phrase au téléphone que la responsable me coupe : "c'est impossible !". Comment, impossible ? L'explication m'est vite donnée : nous arrivons en plein salon nautique et le port est tout simplement fermé à cause de cet événement. Donc, pas d'accès, pas de place, pas de grutage et pas de gardiennage, ce dernier étant déjà encombrés par les bateaux du port sortis de l'eau.

Alerte maximum, je dois trouver d'urgence un nouveau point de chute dans cette zone, car plus à l'Ouest, on tombe vite sur une météo et un navigation bien plus difficiles en cette saison. Une solution se profile à Nice : il y a un gardiennage, une rampe pour la mise à l'eau et une grue pour la sortie du bateau en fin de séjour. Téléphones aux intéressés, contrôles sur internet, cela semble jouable. Sur place, nous allons découvrir une autre réalité...

Bienvenue à Nice

La descente vers la mer se passe sans problème. La traversée de la ville est plutôt "sport". S'il y avait un concours de la circulation la plus bordélique, Nice serait certainement dans le pelonton de tête, malgré une rude concurrence des autres agglomérations de la Côte d'Azur. Mais c'est au port que tout se dégrade. Je ne sais pas qui a pris l'initiative de poser un gros terminal de ferries à cet endroit, mais ce n'était pas une bonne idée. Il nous est tout simplement impossible d'approcher de la cale de mise à l'eau. Après multes péripéties, déplacement de véhicules en stationnement et j'en passe, nous arrivons enfin à positionner notre chargement devant la rampe. Celle-ci présente un seuil largement hors de l'eau. C'est donc dans un grand "plouf" que "Maybe" retrouvera son élément liquide. Passons sur le transport à travers le parking du moteur, des mouillages, de la survie et autres objets lourds, tout cela en zigzagant entre les carrosseries des voitures. Oublions vite les 50 kilomètres aller et retour qu'il faudra parcourir pour amener le véhicule et sa remorque à leur gardiennage (accueil très sympa). En fin de journée, le bateau est à son ponton avec à l'intérieur, un équipage épuisé.

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Le port de Nice

Le lendemain, c'est l'avitaillement dans les petites échoppes de la vieille ville. La cîté se découvre petit à petit à nous, beaucoup plus intéressante que nous le pensions à notre premier passage, l'année précédente. Ce mélange d'Italie, de France et de... pays Niçois donnent à cet endroit un charme certain.

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L'avitaillement

Mais le temps est beau, il y a du vent (dans le nez, bien sûr!). Il est l'heure de larguer les amarres...

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La vitesse n'est pas exceptionelle, mais il fait beau

Antibes Juan-les-Pins

Nous ne connaissons pas encore ce port et décidons un arrêt d'une nuit. Juan-les-Pins, c'est chic, et pour le marin distrait qui l'aurait oublié, le prix de la nuitée lui rappellera rapidement qu'ici, on n'est pas chez les pauvres.

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La plage d'Antibes Juan-les-Pins. Il vous en coûtera 25 euros pour passer la journée sur une chaise longue !

Le nombre de 5 étoiles y est plus élevé que celui des boulangeries et si vous avez besoin d'un sachet de café ou d'un paquet de nouilles, ce sera plus difficile à trouver qu'un sac de luxe ou qu'une tenue haute couture ! Pourtant, le lieu n'est pas si beau que cela. L'architecture y est anarchique et de belles demeures côtoient des ensembles en béton construits dans les années 60. Les fans de jazz apprécieront cependant l'allée où sont moulés les mains de musiciens célèbres.

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Mon cocker et les (mains des) jazzmen !

Cannes, encore et toujours

Mais la route continue, nous nous sommes promis de passer Pâques dans la ville qui fait son cinéma, il n'y a donc pas de temps à perdre. Vent de face, comme d'habitude, nous entrons dans ce port que nous connaissons bien. Nous somme immédiatement accueilli par un de nos vieux amis. Bienvenue à la maison ! L'employée nous annonce les nouveautés en nous mettant dans les mains trois cartes pour le Wifi, correspondant à nos trois nuitées, avec sur chacune le code d'accès qu'il faut entrer pour chaque jour, si on veut la connexion (ce genre de codes à rallonge compliqués à taper et où on se trompe tout le temps). Le problème, c'est que le fameux Wifi est encore pire que l'année précédente et que nous n'arriverons jamais à le faire fonctionner. Pas de soucis car nous avons définitivement compris que le seul moyen d'avoir internet sur un bateau, c'est d'avoir une connexion 3G avec carte "prepaid". C'est le système que nous avons à nouveau plébicité pour cette croisière et nous n'aurons aucun problème.

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"Maybe", amarré au ponton "C" de Cannes, est un peu comme chez lui

Météo toujours, météo encore

Au printemps, la météo méditerranéenne est très difficile et les prévisions ne sont alors souvent fiables que pour 24 heures et encore. Notre voilier étant petit, nous devons rester très méfiants. Nous devons abandonner l'idée de passer une nuit au petit port des Moines de St-Honorat, et nous dirigeons à nouveau vers Nice (vent dans le... ah, vous avez deviné !), car le ciel n'annonce rien de bon. En effet dès le lendemain cela se gâte sérieusement et les avis de grand frais vont s'aligner les uns aux autres, en chapelet. Nous nous retrouvons donc bloqués à Nice mais ne sommes pas malheureux. Nous avons un bon chauffage et "Maybe" est confortable. Simplement, la Grande Bleue nous rappelle à sa manière qu'elle n'est pas un lac !

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L'équipière a mis sa veste de quart. Il ne fera pas trop chaud, ce jour là

Petit test de résistance des matériaux

Nous aimerions aller à Menton, mais impossible d'avoir un bon créneau sur 48h. Nous décidons donc d'une petite sortie promenade autour de Saint-Jean Cap Ferrat. Il fait beau et nous avons le vent dans le... (et bien oui, comme d'habitude !). La mauvaise surprise, c'est la mer qui est formée de petites vagues courtes venant de tous les sens. Un vrai capharnaüm qui rend la navigation peu confortable. J'en profite pour étudier le comportement de notre dérive. Le collier ajouté fournit un excellent travaile et c'est à peine si la dérive se manifeste. On est loin des gros acoups entendus l'été précédent. Puis cela se calme, mais notre ligne de pêche refuse obstinément de nous ravitailler en poissons. Pourtant, l'endroit n'est pas mauvais. Tout va bien à bord, mais voilà qu'au retours, de belle déferlantes font apparition à l'entrée du port. Pourtant, le vent reste maniable. Ce sont certainement de résidus du grand frais actif au large. Nous sommes bien secoués, ainsi qu'un bateau école rentrant en même temps que nous. Les vagues arrivant trois quart arrière, je crains pour le moteur. Mais celui-ci est positionné très haut et la poupe soulage correctement. Tout se passera bien mais c'est tout de même impressionnant ces changements aussi rapides qu'importants que l'on peut trouver ici.

Fin de séjour

Temps maussade mais découvertes gastronomiques inoubliables et grande gentillesse de la population, on ne peut se plaindre et nous commençons à bien nous intégrer à la ville fleurie. Le point noir sera la sortie du bateau de l'eau. Visiblement, la capitainerie n'a pas dû souvent voir un voilier transportable et pense que cela se sort comme un petit jouet pneumatique. De plus, le prix du grutage est très dissuasif. Je vous passe les détails, mais un bon conseil : évitez Nice pour vos mises et sorties de l'eau. Par contre, pour un séjour au ponton, rien à dire.

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Nice, une ville attachante

Le bilan

Petit bateau, petit soucis, grand plaisir ! "Maybe" s'est absolument bien comporté. Nous pouvons le céder en toute tranquillité à celui qui saura l'apprécier.
Même quand le climat n'est pas au mieux de sa forme, la vie sur un bateau amène quelque chose d'unique et d'indéfinissable. Pour beaucoup, le côté spartiate de l'aventure sera dissuasif, mais pour les autres, ce sera la découverte d'un équilibre, voir d'une vrai sérénité.

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Nice, la plage et la promenade des Anglais

samedi 27 août 2011

"Maybe" en Bretagne Sud

Pour cette croisière de sept semaines au total (45 jours sur l'eau), « Maybe » nous conduira de La Rochelle jusqu'à Loctudy, nous faisant découvrir 4 îles, 17 ports et un mouillage, sur un parcours de 501 Milles.

Les préparatifs

Le fait d’envisager sept semaines sur l’eau implique pour nous de la navigation sur une portion du mois d’août. Cette période en Méditerranée nous semble un peu risquée. Nous n'avons pas envie de nous faire refouler pour cause de ports complets, ni de tester les mouillages encombrés. La seconde idée est de visiter la région Normandie-Pas de Calais-Belgique, mais là, c'est la météo qui risque de nous poser problème. Notre bateau est limite petit pour ces contrées et le confort de l'équipage risque d'en prendre un sacré coup. Nous choisissons une zone intermédiaire: la Bretagne Sud, mais en partant de La Rochelle, histoire de profiter également de l'île de Ré ainsi que de l'île d'Yeu.

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Nous choisissons la Bretagne Sud (ici, Concarneau)

Le bateau n'a pas vraiment besoin de travaux, si ce n’est la pose d’une nouvelle chaise moteur. J'en profite pour installer une petite liseuse à l'avant de la cabine, ainsi que des crochets supplémentaires. Le bateau est quand-même testé sur le lac Léman, pour être sûr que la nouvelle chaise donnera satisfaction. Pas de problème si ce n'est que, ce jour-là, il y aura pas mal de vent et que cela fera bizarre d'avancer... au moteur!

En route!

Avant de partir, je découvre que je peux techniquement gonfler un peu plus les pneus de la remarque. J'ajoute 1/2 bar à chacun. La vitesse sur route est légèrement abaissée en visant plutôt le 80 km/h que le 90 km/h. La différence de consommation d'essence par rapport au même trajet deux ans auparavant est surprenante: 12,6 l/cent contre 14,6 l/cent, soit près de 13.7 % d'économie!

Le Kerkena nouveau est là

Le véhicule et sa remorque sont stockés au chantier d'Indigo Yacht. La personne qui nous accueille tient à nous montrer la nouvelle version du Kerkena 6.1.

Le système de production a été revu et pas de doute, cette fois le bateau est cohérent et bien fini. Le point le plus important est que le chantier a maintenant compris que le voilier étant un transportable, il nécessite la possibilité d’acquérir des éléments spécifiques. Concrètement, le client potentiel pourra, s'il le désire, recevoir son voilier avec un kit complet pour le mâtage et le transport. Plusieurs autres options sont disponibles comme panneau solaire, accastillage plus complet, etc. Une bonne opportunité pour adapter le bateau à ses besoins propres.

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Le Kerkena nouveau

La montée vers le nord

Après l'avitaillement d'usage au Vieux-Port de La Rochelle, c'est la montée sur l'île d'Yeu avec arrêts à St-Martin en Ré et aux Sables-d'Olonne. Il fait beau et il n'y a pas de problème, sauf que le matin du départ pour l'île d'Yeu, je néglige de prendre la météo. Celle du soir précédent annonçait du beau temps, pourquoi s'inquiéter ? À mi-parcours, le ciel est soudain bien noir. Nous venons de sortir une petite bonite et je n'ai pas vraiment vu le grain arriver. Soudain paf, c'est pour nous. En quelques minutes, nous avons de quoi réviser la totalité des manoeuvres possibles sur notre bateau, tellement les vents sont changeants, tout cela bien entendu sous un ciel bien arrosé. Heureusement, l'orage se calme vite et nous arrivons à port Joinville dans de bonnes conditions. J'apprendrai par d'autres arrivants que le vent venait de nous offrir des rafales à plus à 35 noeuds!

Mais notre souci est de savoir comment préparer notre bonite. Un petit bateau, c'est équipé, mais pour les petits poissons, or une petite bonite, ce n'est plus un petit poisson!

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Pour la bonite, notre mousse aurait bien une idées sur la question!

Une rencontre bien utile

Internet permet de beaux échanges, mais c'est mieux quand c'est en direct. À port Joinville, nous faisons la connaissance «en vrai» de Guy avec qui j'avais eu quelques contacts sur internet. Pour l'équipage de « Maybe », c'est une rencontre importante, car notre nouvel ami navigue, comme nous, sur un transportable (un First 21.7). La différence est qu'il a beaucoup plus d'expérience que nous et connaît bien la région où nous allons naviguer. Nous allons l'abreuver de questions et le lendemain, je reçois de ces mains un super petit guide manuscrit qu'il nous aura concocté dans la soirée et qui nous sera très utile.

Internet est pour cela une mine d'or. D'autres équipages me donneront de précieux renseignements sur la Bretagne Sud. Résultat, nous nous éviterons un bon nombre d'erreurs, comme nous retrouver dans un mauvais mouillage parce que le vent ne souffle pas dans le bon sens.

Guy repart un jour avant nous. Le vent souffle assez fort. Lui l'a dans le dos, car il descend, mais nous, nous l'avons de face, car nous montons. Résultat, nous attendons un jour de plus, histoire que ça se calme un peu.

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Notre ami Guy en route pour a Rochelle

A la découverte de l'inconnu

Lorsqu'on ouvre une carte marine de la Bretagne, on a immédiatement envie d'acheter un camping-car, car tout cela semble très compliqué, voire infranchissable! Les guides, ce n’est pas mieux. On vous informe que vous ne pouvez prendre telle passe que dans des conditions très précises qui, bien entendu, ne sont jamais réunies. En fait, s’il y a en effet certains critères à respecter, on découvre une fois sur place que c'est bien moins terrible que cela en a l'air. Ce sera le cas pour l'approche de l'Herbaudière. Ce port est entouré de méchants cailloux. Il y a des courants, des hauts-fonds... Notre navigation sera en définitive très zen (mais bien préparée quand même!) et nous découvrirons un port très agréable. Idem pour la montée sur la Turballe.

Les conditions sont agréables et nous profitons du beau temps. Nous devons cependant « zapper » l'île d'Heodic, car le vent soufflera nord-est la nuit prochaine et nous avons appris que dans ces conditions, le mouillage pouvait être intenable.

Nous nous consolons en pêchant un bar et trois maquereaux. Le menu risque de se conjuguer autour du poisson ces prochains jours!

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Il faut passer entre les taches vertes!

Ici, posséder un bateau moteur serait une faute de goût!

Au fond, un port avec une forêt de mâts, dense au point qu'on n'y voit pas au travers. Dans la baie, des voiliers, des voiliers et encore des voiliers. Les quelques bateaux moteurs qui passent par là le font presque en s'excusant. Nous sommes devant la Trinité-sur-Mer et ici, une seule et unique religion: la voile ou pour être plus précis: la voile de compétition. C'est presque en douce que nous allumons le hors-bord dans le chenal menant au port. Mais « Maybe » avec son allure de « mini classe mini » ne fait pas trop tache dans cette atmosphère de haute technologie marine. Pour vous donner une idée de la Trinité sur mer, imaginez une rue commerçante avec des enseignes comme « Louis-Vuitton », « Prada » ou « Chanel » et remplacez-les par « Petit-Bateau », « Thalassa » ou « Henry Lloyd» et vous y êtes. La tenue de rigueur est donc « sport chic ». Le must est de se balader avec un gros sac de voiles sur l'épaule et d'avoir quelques logos publicitaires sur ses fringues. Cela dit, ce port, on l'aime bien et nous pouvons admirer parmi les plus beaux coursiers des mers. Nous en profitons pour effectuer une escale technique. Nous devons sérieusement avitailler, car un petit bateau, cela n'a pas trop d'autonomie.

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Ici, un bateau moteur est presque une erreur!

Une charmante dame nous interpelle. Elle a vu notre pavillon suisse et est intriguée, car elle a passé son enfance à Genève. Nous sommes invités sur son Biloup où elle navigue en compagnie de son mari. Ce sont des marins aguerris qui connaissent parfaitement la côte. Une fois encore, nous recueillons de précieux renseignements pour la suite du voyage.

Replis stratégique

La route pour Sauzon sur Belle-île est tracée. Mais nous sommes dans des conditions vent (fort) contre courant. Cela risque d'être un peu juste pour franchir la passe de la Teignouse, surtout qu'il y a de la houle. Nous opérons un retour stratégique vers l'Est avec montée sur Vannes via le golf du Morbihan. La mer brasse pas mal et nous concluons que la décision était sage.

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La remontée du canal

Cela aurait pu être un beau spectacle

Le hasard veut qu'on nous place dans l'axe exact d'un écran géant situé contre une scène de spectacle. Demain, c'est l'arrivée du tour de France à la voile et nous sommes à la loge d'honneur pour assister au concert et autres manifestations. Comme nous allons être bloqués à cause d'une énième dépression, cela tombe bien. Seulement voilà, la pluie aussi tombe et par camions-citernes entiers. Début de concert il y aura bien, mais devant la scène, il n'y a pas un chat, même breton. L'organisation déclare forfait jusqu'au lendemain. Les concurrents n'arrivent qu'au matin. Ils en ont bavé et deux bateaux ont démâté. Dans l'après-midi, tout sera déjà réparé, bravo le staff technique! Nous n'attendrons pas le concert du soir suivant. Il est possible de repartir et nous ne nous faisons pas prier.

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Le Tour de France à Vannes

Toujours plus à l'ouest

Cette fois, La Teignouse est devant nous et c'est en fait un vrai boulevard. En face s'étale Belle-île et vers son extrémité, le petit port de Sauzon. C'est le choc, nous en sommes immédiatement amoureux. Nous ne pouvons rester qu'une nuit, car nous devons profiter des conditions de vent favorables, mais nous nous jurons de revenir. Nous devrions aller sur Groix, mais la flotte est à nouveau annoncée. Se retrouver sur bouée quand il pleut, ce n'est pas forcément poétique, nous continuons donc sur Port-Louis, dans la baie de Lorient.

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La Côte de Belle-île

Nous décrétons que ce sera une soirée moules-frites. Pour moi, les moules-frites, c'est comme les saucisses grillées, cela ne devient intéressent que quand il y a l'ambiance autour. Ainsi, pour les moules-frites, il faut du froid (il y en a) de la pluie (aucun problème de ce côté-là), le cadre doit être rustique (service d'hygiène non admis) et le tenancier se devra d'être un peu fort en gueule (il le sera). Toutes ces conditions étant réunies, nous ferons un excellent repas dans cette buvette contre le port, en compagnie d'une clientèle bruyante qui amènera un peu d'ambiance et nous réchauffera le coeur.

Toujours contre le vent qui persiste à nous souffler dans le nez, nous nous dirigeons sur Concarneau, puis sur Loctudy. À gauche, les Glénan. C'est-y qu'on y va, c'est-y qu'on n'y va pas ? Une fois encore, le problème du mouillage se pose. Ce n'est pas trop bon question vent, on verra cela au retour. Loctudy nous accueillera avec le soleil. C'est l'entrée au pays bigouden. On sent déjà une autre atmosphère, celle de la pointe bretonne ou les arbres vont bientôt laisser la place aux rochers, puis les rochers à la mer avec, comme ultime caillou, l'île de Sein. Pour nous, Loctudy est le point ultime pour cette année. Le vent de face, ras-le-bol. On tourne et on rentre, histoire également de découvrir sur notre route quelques petits ports cachés.

iPad à bord

Le WIFI des ports qui ne fonctionne jamais, le cyber café introuvable... Après quatre ans de tentatives diverses, cela suffit. Nous avons donc décidé de nous équiper « moderne » avec un iPad muni d'une carte SIM permettant de recevoir internet via le réseau GSM. Résultat, nous avons eu de la connexion sur pratiquement tout le parcours! À nous la météo à toute heure, les fichiers grib pour la direction des vents, la communication avec les amis et j'en passe. Il n'est désormais plus possible pour nous de partir sans ce précieux assistant.

Entre Concarneau et Loctudy, il nous manque une carte marine papier. Nous testons alors l'iPad comme GPS traceur via le logiciel Navionics. Très prometteur, ce type de navigateur n’est pourtant pas encore homologué sur« Maybe ». Un GPS dédié et une carte papier offrent à nos yeux et pour l'instant une sécurité très supérieure à l'iPad. Mais ce dernier pour préparer les navigations, c’est vraiment bien. Dans Navionics, j'ai par ailleurs adoré la calculation automatique des marées, même s'il fallait systématiquement vérifier les chiffres à l'aide d'un annuaire classique. Le logiciel commet malheureusement encore quelques belles erreurs dans ses prévisions.

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Navionics sur iPad

I singing in the rain

Cette fois, côté dépression, c'est du sérieux. Nous sommes à Concarneau et même les voiliers de l'école des Glénans ne sortent pas, c'est vous dire s'il fait mauvais. Comme nous sommes coincés trois à quatre jours, nous avons le temps de connaître la vie des pontons. Ici, le look, c'est bottes, cirés et pantalons assortis, avec le classique capuchon jaune que l'on porte, soit sur la tête, soit sur l'arrière de la veste si on préfère un bonnet ou une casquette de marin sur la tête. Tout cela ne doit pas être trop neuf. Une tenue un peu délavée de 10 ans d'âge (c'est presque celui des nôtres) sera parfaite, mais attention, pas de trous dans l'habillement. On est chez des marins, pas des clochards. Le bateau se doit d'avoir un petit ère de vécu. Je suis par exemple content de ne pas avoir troqué mon pavillon suisse rose délavé contre un neuf rouge vif (ma femme n'a pas voulu, trouvant que cela n'irait pas avec le look breton). Le mieux, c'est quand le drapeau commence à être sérieusement effiloché par le vent, mais nous n'en sommes pas encore là, dans quelques Milles peut-être!

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Le port de Concarneau

Nous sommes entourés de stagiaires « Glénans ». Ils sont sympas, même si on les repère immédiatement. Les nouveaux arrivent toujours avec des énormes valises à roulettes, là où les autres navigateurs embarquent avec leur petit baluchon d'affaires de rechange.

Nous sympathisons avec le caviste (important), faisons presque une indigestion de homards bretons au « Crabe Tambour » (à essayer en priorité), sympathisons avec le voilier d'en face, le seul de tout le voyage qui sera presque plus petit que le nôtre. Son propriétaire et nous avons le même problème : quand repartir ? Nous finissons les deux par lever les voiles au matin du cinquième jour. Il y a de la houle, mais ça passe. Au moins, on ne pourra pas dire que le bateau n'avance pas!

Un problème de (petie) taille

Dans cette descente qui nous amènera à Port-Louis, puis à Sauzon, la houle est bien présente et nous talonne par l'arrière. En direction de Belle-Île, le vent tombe un peu trop et le bateau devient inconfortable. Je mets le moteur pour aider un peu, mais les vagues aspergent le tableau arrière et notre quatre temps cale. Il nous refera le coup à l'entrée du port de Sauzon. Pas trop grave, car il y a toujours les voiles et que notre petit japonais finira toujours par repartir, mais cela pose le problème d'un hors-bord sur un petit bateau: parfois, c'est la vague qui gagne! Je finis par trouver le truc: ne mettre le moteur qu'à mi-puissance pour éviter les remous. Il y a un moment où l'équilibre se fait et où l'arrière n'est plus mouillé. À nous la plénitude du petit port sur cette île superbe.

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Sauzon

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Annexe perdue sur un rocher à Belle-le

La Bretagne comme dans les livres

Nous allons d'une île à l'autre, de Belle-île à Hoedic. Cela souffle, il y a des vagues, le ciel mouille un peu, il y a des cailloux partout. On se prendrait à cracher sur le pont et à en pousser une bien cochonne en breton, mais je ne sais pas le breton et on ne crache pas sur mon pont. La passe des Soeurs se fait au rappel, nous frôlons la cardinale ouest et entrons fièrement dans le petit port. C'est samedi, le ciel est presque bleu. Il y a donc pas mal de marins, mais que du solide, car la mer n'et pas encore à la portée du vacancier débutant en bateau de loc.. Amarrés en « marguerite » autour de la tonne, on discute le coup entre initiés, nous échangeant les bonnes adresses où il fait bon boire et manger. Les plus anciens nous parlent de « leur » Bretagne, celle d'hier, mais aujourd'hui, c'est plus comme avant! On se promène sur l'île. le vent pourrait presque coucher un rugbyman, de toute façon, il n'y a plus un arbre à renverser. Ici, la terre, c'est pelé jusqu'à la moelle.

Tonne
Les voiliers forment une "marguerite" autour de la "tonne"

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Hoedic-city

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Hoedic-plage

La température se réchauffe un petit peu avec les jours et il fait presque tiède quand nous arrivons à La Turballe. Un petit voilier franchit l'entrée du port en même temps que nous. C'est notre ami Guy, cette fois accompagné de son épouse. Hasard incroyable! Il a pêché deux maquereaux, nous aussi. Nous grillons tout cela ensemble et nous racontons nos croisières. Il a été sérieusement bloqué à La Rochelle à cause d'un vent rarement vu dans cette région à cette saison, mais là, ça devrait s'améliorer.

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Au fond, il devrait y avoir la Turbale!

Adieu Bretagne

Nos routes se séparent à nouveau. Pour « Maybe », c'est cap sur l'île d'Yeu. Il fait beau, mais il y a de la brume. Au loin, on devine des cargos attendent le feux vert pour entrer à Saint-Nazaire. On croirait des vaisseaux fantômes. Le temps est comme suspendu. Devant nous, de l'eau, que de l'eau. Mais où ont-ils mis cette fichue île ? Soudain, à 3,4 milles de distance, elle apparaît, donnant l’impression d’être immense. Nous sommes donc toujours dans le monde des vivants.

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Brume vers l'Herbaudière

C'est maintenant l'été. Il fait beau et on se croirait presque en vacances! Nous poussons même le jeu à nous hasarder à une nuit de mouillage dans la baie des Vielles, le seul de notre périple.

Il y a un air de nostalgie qui plane. La Vendée, c'est vraiment très beau (et plus chaud), mais le côté « brut de décoffrage » de l'atmosphère bretonne nous manque déjà.

Faut pas rêver

L'idée qu'on aurait enfin la paix question météo c'est juste pour les utopistes. Certes, le ciel est bleu, mais les vagues sont bien là! Pour notre descend sur La Rochelle, il y a d'abord peu de vent puis ça accélère. « Maybe » est à plus de 7 noeuds en vent arrière à l'approche de l'île de Ré. Après une escale sympa à La Flotte en Ré, nous partons pour notre dernière ligne droite. Le pont de l'île se passe avec 25 noeuds de vent (mesuré par un voilier juste derrière nous). Avec tout dessus et l'équipage au rappel, ça fait un peu comme dans les guides touristiques « découvrez la voile à La Rochelle! ». L'idée était de pousser jusqu'à l’île d'Aix, mais la météo est peu stable et le mouillage risque d'être secoué. Selon le témoignage de ceux qui en reviendront, il le sera et peu de marins trouveront le sommeil sur leur bateau cette nuit-là. Nous, confortablement blottis au fond du vieux port de La Rochelle, nous goûtons à une paisible fin de croisière, laissant les éléments déchaînés aux suivants.

Afin de nous rééducer à la civilisation, nous nous offrons un restaurant un peu chic, histoire de réapprendre les bonnes manières (« Les quatre sergents », un must, mais réservation obligatoire plusieurs jours à l'avance). Au retour, le confort de notre « Maye » nous paraît soudain bien spartiate. Il est temps de rentrer!

La Bretagne, en août, c'est bourré!

Phrase souvent entendue quand on n'y ajoute pas encore: « ç'est intenable »!
Faux, mais avec nuance!

Lors de notre séjour, non seulement rien ne sera « plein », mais il y aura même de la place partout. Il y a cependant une explication: la météo 2011 se révèlera particulièrement mauvaise cette année. Cela refroidira un grand nombre de pères de famille ne voulant pas exposer leur progéniture au mal de mer. C'est tout à fait compréhensible. Des parents nous diront la chaude ambiance lors de navigations musclées où les enfants vomissent dans la cabine et où les aînés ne sont guère plus vaillants. En fait, en temps normal, plusieurs « spots » (par exemple Hoëdic), sont vraiment « bourrés » certains jours, selon plusieurs témoignages.

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Une plage sur l'le d'Yeu, le samedi 30 juillet à 15h!

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Le ponton visiteur de Port joinville (Yeu) le samedi 30 juillet vers 17h30!

Le bilan

Cette fois, « Maybe » et surtout son équipage, ont trouvé leurs limites. Le bateau a très bien tenu, mais il y a maintenant une usure prématurée au niveau de notre dérive, celle-ci ayant mal supporté les brusques tensions dues aux vagues que nous avons rencontrées. C'est clairement le dernier point faible sur ce voilier, car tout le reste est en parfait état. Nous allons non seulement la réparer, mais, avec les conseils du constructeur, améliorer le système.

Pour l'équipage, il est clair que le vaisseau est un peu juste pour ce type de croisière. Très léger « Maybe » bouge beaucoup dans les vagues, même s'il les passe bien. Sans aucune protection contre le vent, nous n'avons pas eu trop chaud lors de certaines navigations. Le fait de devoir presque toujours cuisiner et manger à l'intérieur de la cabine à cause du froid et de la pluie (ce qui n'était pas prévu) était parfois un peu compliqué. Pour nous se pose maintenant le dilemme: naviguer de manière plus « soft » et garder l'idée du voilier transportable, ou passer au non transportable, donc sur plus gros, pour des croisières plus longues et plus confortables. Nous cogitons sérieusement sur cette question, même si nous savons qu'avec une dérive repensée, notre Kerkena sera vraiment un transportable au Top!

Ce qu'il faut savoir pour naviguer en Bretagne

Même avec un petit bateau et sans grande expérience, il est possible s'y avanturer, mais pas n'importe comment. Pour le néophyte, il est fondamental de bien se renseigner (comme partout ailleurs, en fait). Il y a plein d'excellents guides et les navigateurs que l'ont rencontre sont le plus souvent serviables et donnent volontiers des tuyaux. Idem dans les capitaineries. Clairement, cette région peut être dangereuse si on ne prend pas certaines précautions. Lors de notre séjour, il y aura plusieurs accidents sur l'eau, dont un mortel, près de l'Herbaudière. Mais en respectant la météo, les marées, les balises et les courants, on peut être assuré de navigations magnifiques.

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Même avec un petit bateau, il est possible de naviguer en Bretagne!

dimanche 08 mai 2011

"Maybe" comme résidence secondaire, de Cannes à Menton



Profitant de la pause de Pâques, nous nous offrons une petite croisière "caravane" sur la Côte d'Azur. Le but, ici, n'est pas de naviguer à tout prix, mais de profiter du voilier comme "résidence secondaire". Nous n'entrerons donc que dans six ports lors de notre séjour, pour une distance au compteur qui n'excédera pas 80 Milles en 13 jours.

Où la mise à l'eau se fait au chronomètre

Combien de temps cela prend-il pour mettre un voilier à l'eau depuis son jardin ? Dans ce cas précis, voici les résultats :

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En route !

5h du matin, départ du convoi, avec arrivée sur la cale d'Antibes à 14h précises. Durée du trajet : neuf heures. 14h, mâtage du voilier et préparation pour la mise à l'eau. Deux heures plus tard, tout est prêt, malgré un vent à décorner les boeufs. Mais notre système est au point et nous restons zen. 16h, mise à l'eau. Là c'est moins drôle, car la cale est parcourue par un méchant courant. Avis aux amateurs, la mise à l'eau du port d'Antibes est réservée aux personnes qui maîtrisent parfaitement cette manoeuvre. Un heure plus tard, cependant, le bateau est sur sa place de port, rangé et prêt pour la grande aventure. 17h, montée de la remorque et du véhicule vers le gardiennage. Découverte des bouchons de la ville aux heures de pointes et évidemment, erreur de présélection sur un giratoire. Après un gros détour, nous arrivons au but. Il nous aura fallu une heure trente pour cet épisode, mais nous ne mettrons que 45 minutes la fois suivante, sans erreur et sans embouteillage. Bref, à 18h30, tout est terminé. Nous sommes à bord, 13h30 après notre départ. Il nous faudra le même laps de temps pour effectuer, deux semaines plus tard, la manoeuvre inverse avec en plus, l'utilisation d'une grue et de son grutier.

Nice


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Juste en face, la promenade des Anglais

Nice, c'est d'abord une longue piste d'atterrissage que nous longeons sous voiles. Il y a un peu de vent qui souffle, fait exceptionnel, au portant ! C'est hallucinant le trafic de cet aéroport. À cela s'ajoute la valse des hélicoptères amenant les clients à Saint-Tropez, Monaco ou directement sur leur yacht. Le port de Nice vaut le détour et est... très bon marché. Faits rares en Méditerranée, nous sommes amarrés à un cataway. C'est dimanche et il fait beau. Il y a donc foule sur la promenade des Anglais. Pourtant, pour nous, ce n'est pas le déclic. Nice est une ville qui se cherche un peu. Coincée en Cannes qui fait son cinéma et Monaco qui marie son monarque et prépare son grand prix, il faut dire que la concurrence est rude. Bref, pour l'instant, Nice a un petit côté "as been" qu'on appréciera ou non. Le lendemain, c'est l'appel du large. Il y a toujours un vent sympa donc, départ pour la ville suivante, son rocher et ses casinos.

Monaco

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La vue depuis notre bateau

Là, c'est vraiment la claque. C'est le premier port ou on a l'impression qu'ici, un yacht de 70 mètres ou plus est vraiment à sa place, car en fait, il n'y a pas grand-chose au dessous ! Nous avons de la chance, car il est rare de pouvoir séjourner dans le port principal. Il n'y a en effet que très peu de places visiteur. Monaco, c'est d'abord un son, celui des voitures de sport de luxe qui, ici, sont aussi nombreuses que les petites citadines dans une ville normale. Il y a également passablement de sirènes de police, mais ça, c'est propre à toutes les villes de la Côte d'Azur (record absolu en la matière : Marseille qui, à ce niveau, a une grosse longueur d'avance). À Monaco,il n'y a pas un graffiti contre les murs et inutile de chercher un mégot par terre, il n'y en a pas non plus. C'est propre de chez propre. Même la vieille ville paraît neuve, tant tout est astiqué !.

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Monaco by night !

Soyons honnête, Monaco, c'est plutôt bruyant. Il faut dire qu'il n'existe pas encore de Ferrari à propulsion électrique, ceci explique peut-être cela ! Donc, pour nous, c'est départ au matin pour le port suivant : Menton. La brise est timide et nous souffle dans le nez, mais la distance est courte. Nous devrons malgré tout terminer au moteur. Dans cette région, c'est bien connu, cela ne souffle pas beaucoup.

Menton

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Un petit air d'Italie en France

Menton, c'est déjà un parfum d'Italie, tout en restant la France. C'est un peu comme une gare terminus, car beaucoup de bateaux français ne vont pas plus loin. Menton, c'est une ville calme, très calme, un peu trop selon certains de ses habitants. Nous on aime bien. C'est vraiment un joli coin avec un port qui est à dimension humaine. Pas de bateau frime ici. Pour cela, il y a Monaco, Nice et les autres ! Nous devons avitailler en confitures, c'est d'ailleurs une des raisons de notre présence ici. Si vous ne connaissez pas la fabrique de confitures de Menton, il vous manque un élément à votre culture ! Du coup et à cause des confitures, nous ne partons que vers midi le lendemain.

Panne de moteur

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Le moteur a toujours été un peu trop bas

La météo annonce une dépression. Soit nous profitons du beau temps d'aujourd'hui pour pousser jusque dans la baie de Cannes, soit nous prenons le risque d'être un peu secoué si nous effectuons le trajet en deux jours. Nous choisissons d'effectuer les 29 Milles qui nous séparent de l'île de St-Honorat, en face de Cannes, en une traite. Le vent est arrière, mais pas très fort. Je mets le moteur pour activer les choses. Avec l'appui du vent, nous sommes à 6 noeuds et tout va bien à bord. Je me vois déjà admirer le coucher de soleil depuis ce qui doit être mon île préférée. Mais soudain, le moteur cale. C'est totalement inhabituel et je sais qu'il y a de l'essence dans le réservoir. Le hic, c'est qu'il ne redémarre pas. Je démonte la bougie et le verdict tombe : problème d'arrivée d'essence. Le carburateur doit être bouché. Exclu de le démonter en mer, je n'ai de toute façon pas les bons outils. Nous ne sommes pas en danger, car il fait beau, Monaco est tout près ainsi que Nice. Le vent ayant pris un peu de force, nous mettons cap sur Antibes, car nous sommes sûr de facilement y trouver un mécanicien. Adieu, coucher de soleil sur St-Honorat ! Nous n'avançons pas si mal, mais le Cap-d'Ail est un peu rude à passer. Le vent tombe, mais pas la houle croisée qui nous accueille à cet endroit. Je tire sur la corde du moteur... et ça repart ! Le carburateur s'est donc débouché. Nous sommes plus sereins. Mais voilà que notre 4 temps remet ça. Même diagnostic. À tout hasard, mais sans trop y croire, j'inverse les réservoirs et change la bougie. Ça repart... et ça recale plus loin. Seulement, cette fois, nous avons compris : nous sommes suivis par une petite houle sèche arrière. Avec son radeau de survie qui alourdit l'arrière et son ballast avant pas trop rempli, le voilier est un poil bas de la poupe et à de la peine à lever sur les vagues. Comme le moteur est fixé très bas, il se ramasse les déferlantes et l'eau entre dans le carburateur. Solution : l'équipage se pousse sur l'avant. Tout rentre dans l'ordre et, du coup, nous mettons cape sur St-Honorat. Le moteur calera encore une fois, car il doit encore y avoir de l'eau dans le carburateur. Pourtant, nous arriverons à bon port et à l'heure, car une fois le moteur repartit et avec le vent arrière, nous effectuerons une bonne moyenne.

Nous constatons, par cette expérience, que tout est précis sur un petit voilier. Le même problème serait survenu dans des courants avec des vagues, des rochers et peu de vent, nous aurions été certainement moins sereins !

St-Honorat

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Le monastère de Saint-Honorat

Ici, on ne laisse pas traîner les mégots, on n'allume pas la radio, on ne crie pas. Ici on est chez les moines Cisterciens. Ils sont sur l'île depuis le 16e siècle. Il est donc normal qu'ils aient une certaine priorité. C'est un lieu de paix où l'agitation de Cannes, pourtant toute proche, est complètement gommée. Le minuscule port Des Moines n'accepte que les bateaux de moins de 8 mètres. Bien sûr, la journée, il y a invasion de bateaux à moteur, mais le soir le lieu est très paisible.

Nous en profitons pour acheter une bouteille d'un des crus de l'île à la petite échoppe du monastère. Ce n'est pas donné, mais comme le dit mon épouse, ça fait office de taxe de port ! À titre indicatif, le breuvage affiche sans scrupule ses 14 degrés et demi. Une façon comme une autre de voir rapidement des anges !

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Notre cocker semble indifférent à l'aspect mystique de l'île !

Le lendemain, on sent que ça commence à souffler dehors, mais le ciel est encore bleu. Après une ballade sur l'île, nous hissons le génois et filons vers Cannes. C'est là que notre 4 temps nous fait un dernier bras d'honneur juste à l'entrée du port. Nous avons juste le temps de hisser la voilure et de ressortir vite fait. Puis il repart et cette fois, nous laissera définitivement tranquille.

Cannes

Passer d'un monastère à la perpétuelle agitation autour du Palais de Congrès, c'est quelque chose.

À Cannes, nous avons nos marques, nos repaires. C'est une ville que nous connaissons et que nous aimons. Nous sommes mis à l'habituel "ponton C", là où nous avons quelques copains. C'est là que nous allons passer Pâques et laisser courir la dépression annoncée. Le port de Cannes peut se flatter d'avoir certainement les plus beaux et plus luxueux sanitaires de France. Comme il y a assez peu de visiteurs et beaucoup de bateaux de luxe (je crois que ces derniers ont leur propre salle de bain) , il n'y a quasiment jamais d'attente aux douches.

Méfiez-vous des vieux !

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Là, le bateau est presque droit !

Au matin, cela souffle méchant dehors. Nous prévoyons une activité shoping pour la journée. Mais c'était sans compter sur les copains du ponton. En voilà un qui passe : "On sort, tu nous accompagnes ?". Près de trois ans qu'on ne s'est pas vu, je ne peux (et n'ai pas envie) de refuser. Nous serons trois. Je perçois le troisième équipier comme sympathique et moyennement expérimenté. Grossière erreur. Certes, il est sympathique, mais derrière son air de ne pas y toucher, c'est un redoutable marin. Le bateau n'est pas sorti de sa place que les voiles sont déjà hissées. C'est tellement étroit que nous devons tirer le premier bord (le vent est de face, bien sûr !) avant d'avoir tout établi. Nous sortons du port le mât à l'horizontale, heureusement qu'il n'ont pas mis un contrôle radar à l'entrée du port, nous somme à 7.5 noeuds au près serré ! Cela va durer deux heures à ce régime. Le skipper fait même service minibar en milieu de parcours, mais bien sûr, sans baisser la vitesse. On sait vivre, entre ancêtres. Ce que je sais maintenant, c'est qu'on peut être un équipage dépassant la soixantaine et garder une âme de gamin ! Les voiles seront affalées juste devant la place de port. En voilà qui ne font pas souvent tourner le moteur. Belle navigation en tout cas, où j'ai soudain réappris ce que c'est de naviguer avec un esprit de régatier.

Glagla

Pendant quatre jours, le voilier va rester à quai, si ce n'est une petite excursion, le dimanche, jusqu'à l'île de St-Catherine, la voisine de St-Honorat.

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Sainte Catherine, vue depuis Sainte Honorat

Une résidence secondaire sur l'eau a comme avantage d'avoir à coup sûr vue sur la mer ! La météo est inversée, c'est-à-dire qu'il fait beau dans le Nord, et qu'il pleut ou nous sommes, avec en bonus une température plutôt frisquette. C'est la première fois que je dois faire fonctionner chaque matin notre petit radiateur pour évacuer l'humidité. Nous devons également cuisiner et manger à l'intérieur. Pourtant, tout cela reste très supportable. Avec d'excellents restaurants tout près et les sanitaires premières classes du port, nous ne sommes vraiment pas à plaindre. Le temps passe trop vit. Avec le retour du soleil, nous devons songer à continuer notre route.

Antibes, où quand "Maybe" s'envoie en l'air

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L'avitaillement à Antibes ne pose pas de problème

Le retour à Antibes se fait sans problème, mais au moteur, car le vent n'est pas très inspiré. Nous devons organiser la sortie de l'eau du voilier pour le lendemain. Tout est rapidement réglé et au matin suivant, me voilà devant la grue avec mon véhicule et sa remorque. C'est plutôt serré pour la manoeuvre, mais surtout, il y a un mur de bateau sur leur ber, entre la grue et la remorque ! J'amène maintenant le voilier, c'est également serré, c'est bruyant, ça pue un mélange de fuel et de polyester et il pleut. Génial. Je n'ai pas fini de descendre le mât que la croix de la grue est déjà au dessus de ma tête. Pourtant, il y a toujours le mur de bateau. "Pas de problème, il faut juste reculer un peu la remorque". Moi, je veux bien, mais ne comprends pas très bien. Je m'exécute et soudain, dans les airs, à environ 6 mètre du sol, je vois planer mon voilier qui survole le mur de bateaux au sol. Impressionnant ! Le grutier pose mon engin au millimètre sur la remorque, c'est terminé. Une équipe de pros comme ça, jamais vu !

Le bilan

Nous avons profité de cette minicroisière pour relever quelques points à corriger pour notre navigation d'été. Ce sont des détails mineurs comme poser une petite lumière à l'avant de la cabine, un peu trop sombre le soir, ou changer le radio-CD d'origine, qui ne semble pas apprécier à sa juste valeur le milieu marin, contre un lecteur MP3 vraiment marinisé (c'est en tout cas ce qui est écrit dans la brochure publicitaire !).

Mais le point le plus sérieux, c'est notre support moteur. Nous trouvons rapidement un modèle avec 5 positions de réglages de hauteur. Nous l'achetons aussitôt. Il ne restera plus qu'à l'essayer. Pour le moteur lui-même, mon mécanicien me dit que si je le lave bien à l'eau douce, il n'y aura pas de conséquences, les circuits électriques étant enfermés dans des boîtiers étanches. Il ne reste plus, maintenant qu'à préparer la croisière d'été, une virée de 7 semaines en Atlantique.

vendredi 27 août 2010

Vidéo : "Maybe", voilier Kerkena 6.1 transportable de croisière

C'est ici :

Promenade sur "Maybe"

mercredi 12 mai 2010

"Maybe" en Italie, de Rossignano à Procida



Cette croisière de 5 semaines nous fera parcourir 636 Milles, dont plus de la moitié au moteur (surtout dans le Sud).
Nous visiterons 19 ports différents et dormirons dans trois mouillages.

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Les préparatifs

« Maybe » a peu souffert la saison précédente. Les travaux ne seront donc pas monumentaux. En prévision de la chaleur, j'équipe le navire d'un puissant ventilateur. Deux triangles de tissus sont ajoutés à notre toile de tente, ceci afin de mieux abriter l'équipage au port. Un petit râtelier à épices a été posé en prévision des herbes italiennes et une « minipoubelle » a été confectionnée pour jeter les multiples petits bouts de papier qu'on ramène par exemple en rentrant de commissions !

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La « minipoubelle» 

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Le râtelier à épices au dessus de celui des verres

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Notre ventilateur XXL

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Les rallonges du bimini

Mais le gros problème, comme à chaque fois, est de trouver une mise à l'eau correcte et un gardiennage pour le véhicule et la remorque. Nous savons que nous pouvons oublier les cales, rares et peu accessibles en cette région et qu'il faudra gruter le voilier pour la mise à l'eau et pour sa sortie. C'est le gardiennage qui pose le principal problème. Certains ports offrent ce service, mais la facture s'élève à près d'un millier d'euros pour un mois ! C'est un internaute italien, passionné de petits voiliers, qui volera à notre secours en nous dénichant, à prix raisonnable, un bon gardiennage ainsi que plusieurs solutions possibles pour la mise à l'eau. Merci à lui !

Une question de survie, ou quand « Maybe » joue dans la cour de grands !

Il y a longtemps qu'il était prévu, celui-là ! “Il”, c'est le “bib”, ou radeau de survie. Le Kerkena n'est, rappelons-le, pas insubmersible. Un bon petit coup sec sur la dérive lestée et “hop”, tout part par le fond !
Mais encore fallait-il dénicher le bon engin et pour un bateau d'à peine 6 mètres, ce n'était pas évident. La plupart des modèles sont trop lourds et trop volumineux pour ce type de voilier. C'est en Allemagne que nous avons trouvé notre bonheur : un Plastimo Cruiser 4 places. 25 kg sur la balance, support inox et container compris, cela devenait décent. Bizarrement, ce radeau n'est pas homologué en France. À croire que, selon le pavillon du vaisseau en train de couler, la survie ne se gonfle pas de la même manière !

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Le radeau entouré du panneau solaire et du moteur

Non seulement nous nous sentons maintenant, au moins psychologiquement, plus en sécurité, mais nous n'avons plus l'angoisse de chercher à tout prix “l'abri-à-moins-de-six-Milles-des-côtes”. Pour l'Italie, c'est important, car depuis Elbe jusqu'à au moins à Ischia, les ports sont assez espacés. Bien entendu le pack “fusées de détresse” a été revu à la hausse et notre assurance a été corrigée. Pour le reste, “Maybe” était déjà aux normes pour la croisière au large.

Le grand départ !

Quand on est Suisse, la mer, ça se mérite !

Nous devons d'abord traverser les Alpes et, entre autres, passer le tunnel du Grand-Saint-Bernard. Quelle idée d'être allé fourrer ce truc à 1'918 mètres d'altitude !

Au petit matin, nous arrivons à la marina De'Medici. Le grutier n'est pas encore là, mais nous avons toute la place pour préparer le bateau. Quand le maître d'oeuvre arrive, nous comprenons vite que nous avons à faire à un expert. Notre voilier est aussitôt baptisé par celui-ci de « classe mini-mini » ! Il le met à l'eau d'une seule main, l'autre tenant un briquet dont le but hypothétique est, de temps en temps, d'allumer une cigarette récalcitrante ! Nous sympathisons et avons droit à une carte de visite avec toutes les coordonnées pour bien préparer , à notre retour, la sortie de l'eau, le véhicule et sa remorque sont ensuite posés au gardiennage, et vers 19h, nous sommes de retour sur « Maybe », prêts pour la grande aventure !

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La grue !

C'est parti !

Le temps est clément. Devant moi, se détachent clairement Elbe, Capraia et la Corse. C'est superbe ! Je vois soudain arrivé derrière moi un énorme machin à moteur. Visiblement, c'est à moi qu'il en veut. Dans le bruit infernal des turbines, je n'entends que  «Elbe ». Pensant qu'il me demande où je vais, je crie « non, San Vincenzo ». La réponse n'a pas l'air de convenir. Je lui fais signe de baisser la manette des gaz. Je comprends alors qu'il veut savoir... où se trouve Elbe ! Je lui indique le caillou de gauche. Aussitôt, le gros machin s'élance et ce n'est bientôt qu'un tout petit point à l'horizon se dirigeant effectivement ...vers Elbe ! Qui a dit qu'entre voileux et motoristes, on ne pouvait spas 'entendre ?

Le mystère de l'entrée inversée

San Vincenzo est une marina en devenir. Comprenez par là qu'il n'y a pas encore grand-chose, mais que vous payez déjà le prix pour un port hyper équipé ! Le plan ,sur notre guide ,est faux, puisque le lieu est en train de se transformer. Je sais néanmoins que l'entrée est Sud Est. Or, si j'en crois les pylônes vert et rouge, ce devrait être Nord Ouest. Mais voilà, côté Nord Ouest, je ne vois pas de trou dans la digue. Je me fie à mon instinct et m'approche par le Sud Est. Je finis par comprendre : le pylône vert, c'est en fait une statue peinte en vert et de même taille que le pylône rouge. Quant au pylône vert, il n'est pas encore installé !

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Le port de San Vincenzo

San Vincenzo est un lieu touristique, mais ila une particularité : une fabrique de meubles sur mesure et hauts de gamme dont des modèles sont exposés dans des magasins de la rue principale. Du grand art !

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Il y a de beaux objets dans les vitrines !

Toujours plus au sud

Nous passons par Caveau, un petit port sur l'île d'Elbe, puis descendons sur Castiglione de la Pescia. Les vents sont du Nord, donc nous poussent. Notre spi est mis à contribution et nous permet une bonne vitesse moyenne. À l'entrée du canal de Postiglione, nous avons la surprise de voir un phare rouge à bâbord de l'entrée (normal) et un phare.. bleu (?) sur tribord. En fait, il y a également un petit poteau vert. La digue a simplement été rallongée. Le phare tribord n'étant plus exactement une marque tribord, il a été ... peint en bleu ! Entrer là-dedans se mérite. Il y a des hauts fonds qui se déplacent. Nous mesurerons 1m20 de fond sur la gauche de l'entrée du canal et moins d'un mètre à certains endroits du port. Il y a d'ailleurs peu de bateaux de plaisance. C'est avant tout un lieu de pêche et un chantier naval. Mais la ville est agréable et le petit quartier médiéval vaut à lui seul le détour.

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L'entrée du port de Castiglione de la Pescia

L'italie et les ports (vision subjective et totalement assumée)

S’il y a un sujet qui fâche, c'est bien celui-là.

Les ports, en Italie ,sont chers, très chers et vont même jusqu'à hors de prix. Leurs équipements sont à l'inverse. Essence ? Ça va ! Eau et électricité ? Ça dépend ! WC ? Rares et souvent peu avenant ! Douches ? Quasi inexistantes ! Meteo ? On oublie ! Laverie ? vous plaisantez ! WFI ? Pire qu'en France, ça vous ira !

Et encore, ça c'est qu'en il y a une place, car souvent, vous pouvez coucher dehors !

Autre gag, il peut y avoir plusieurs concessionnaires pour un même port, voire un par ponton. À vous de négocier auprès de chacun d'eux. Parfois, les prix ne sont pas du tout les mêmes (voir plus loin) !

La notion de « places visiteurs » est un peu abstraite pour les Italiens, car la plupart des bateaux, dans ce pays, ne voyagent pas. Ils servent à aller à la plage (située parfois sur l'île voisine) et revenir. Le navigateur italien standard ne dort ni ne mange sur son bateau. Il rentre chaque soir tranquillement sur sa place de port. Même si le bateau accuse plus de 15 mètres, c'est le même schéma. Le week-end, il se risque parfois à une nuit sur les îles, mais une fois encore, ne mange pas (ou rarement) sur le bateau et parfois, dorment à l'hôtel.

Ne vous étonnez donc pas si vous vous sentez un peu seul dans certaines marinas, la nuit. Il est possible que vous soyez réellement seuls !

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Ici, ce sont des pêcheurs qui nous ont accueillis. Ponton gratuit et ambiance (avec odeur) garantie

Un port pas fait pour nous !

Nous arrivons sur Rossignano, situé sur la presqu'île appelée Monte Argentario, en face de l'île de Giglio.

C'est une sorte de banlieue huppée de Rome, qui n'est pas loin. C'est un lieu qui vaut vraiment le coup d'oeil, mais pour le reste... C'est la première fois qu'on ne nous dit pas « bonjour », mais « c'est de 30 à 60 euros ! » (Nous sommes encore au tarif juin. En juillet, ça peut doubler). Sur le ponton d'en face, c'est pire : sourire Pitbull et un geste nous signifiant d'aller voir ailleurs. C'est ce que nous faisons. Nous contournons la presqu'île et arrivons à Ercole. Un ponton nous accueille correctement et l'endroit est plus sympa.

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Quelques Milles avant Ercole

On change d'Univers

Passé Giglio, la navigation n'est plus la même. C'est une région plus calme, donc moins ventée. Il y a peu de ports et ils sont bien espacés. C’est là que notre homologation « plus de 6 Milles » prend tout son sens, notamment pour visiter les îles. On entre dans la vraie Italie du Sud, avec ses produits typiques et une manière de vivre un peu différente, plus intéressante à mon goût. Tout devient un peu plus approximatif pour un esprit cartésien, mais il y a une qualité de vie, ici, que j'apprécie particulièrement.

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Après le Monte Argentario, on change d'univers

Rome

Bien sûr, Rome n'est pas au bord de la mer, mais les ports sont liés à cette ville. Il y en a plusieurs possibles, mais ne perdez pas votre temps. Ceux dans la rivière sont sans intérêt, sauf si vous aimez les courants et les paysages industriels. Il faut directement aller au nouveau Porto di Rome, impossible à rater. C'est grand, c'est chic, c'est cher, mais rassurez vous, c'est déjà le Sud, donc c'est sympathiquement bordélique !

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Porto di Roma

Tout se passe par les pneumatiques des garçons de port : les renseignements, le payement, la remise des clés (il faut une clé pour entrer ou sortir du ponton). Pour les appeler, point de salut sans la VHF, mais ça c'est un chapitre à part (voir plus loin).

Mon épouse est intriguée : « Pourquoi sont-ils toujours deux dans leur pneumatique ? » Nous observons et comprenons. Premier passage : l'un mange une glace, l'autre conduit (on ne peut manger une glace en conduisant). Deuxième passage, l'un téléphone, l'autre conduit (il est interdit de téléphoner au volant d'un véhicule). Troisième passage, encaissement de la nuitée (un tient la caisse, l'autre le volant). Mais le mieux, c'est quand je demanderai comment on dt « clé magnétique » en italien (c'est le sésame pour ouvrir la porte du ponton). J'aurai droit à deux traductions, une par personne, et avec commentaires à l'appui !

La VHF en Italie

Presque tous les ports voulaient qu'on s'annonce à la VHF sur notre trajet. Le problème, c'est que je comprenais très mal ce qu'on me disait dans ce truc, donc je n'appelais pas. Mais comme je me faisais souvent eng... par les responsables, j'essayais parfois de biaiser. Premier truc : parler en « inglese ». Le plus souvent, le type à l'autre bout n'y comprend rien et répond simplement « OK ». Votre honneur est sauf. Le deuxième truc est de dire d'une voix atterrée « je ne comprends pas l'Italien ». En général, ça fait venir le pneumatique du port pour qu'on puisse continuer la conversation avec les mains plus un mélange d'« inglese » et d'italien. Pour ce voyage, nous avons acheté une VHF portable étanche pour compléter le matériel de survie. Je découvrirai que, sur un petit bateau, c'est presque plus agréable à utiliser que noter VHF fixe posée à l'origine.

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La pub de la VHF que j'ai achetée. Mais dans cette position, je n'ai pas encore essayé

La baie de Naples

Notre descente se poursuit sans pépins. Il est temps maintenant de traverser pour rejoindre l'île d'Ischia. 35 Milles à parcourir pour atteindre ce qui est le début de la baie de Naples. « Maybe » est en pleine forme. Nous démarrons au moteur, mais le vent se lève. Un bon portant qui nous permet d'approcher l'île sous spi et à bonne vitesse. C'est le bonheur total à bord.

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Ischia à l'horizon

Arrivée dans le port d'Ischia. Le premier pontonnier nous dit : « c'est 80 euros » ! Mon épouse ne se démonte pas (c'est presque toujours elle qui négocie) et demande où on peut aller pour moins cher. Le type nous montre dédaigneusement l'autre côté du port, comme s'il s'agissait des bas quartiers d'une ville. Nous y allons et sommes interpellés par quelqu'un qui nous fait des signes. Nous nous amarrons et le type tombe immédiatement amoureux de notre cocker au point d'aller chercher une planche pour que notre canin puisse débarquer sans aide. Il nous dit que nous pouvons rester pour la nuit, mais sans donner de prix. Il est vraiment sympa, et nous décidons de jouer la confiance. Le lendemain, il nous « vole » (avec notre bénédiction amusée) notre toutou pour aller faire un petit tour avec. Puis il revient et nous demande, presque gêné, 20 euros (c'est le prix « membre du club »). Vive les cockers et vive l'Italie !

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Notre voilier, c'est celui qui a la planche à cocker

Pendant une promenade, nous allons du côté des pontons « chics ». Les prix sont affichés et les petits bateaux payent effectivement 80 euros. Ensuite, ça grimpe méchant. « Il suffit de rester au mouillage », me direz-vous. Eh bien non ! Depuis 2010, tout mouillage est interdit dans la baie de Naples, car c'est devenu une zone protégée. Seuls quelques rares endroits sont autorisés, mais ne présentent que peu d'intérêt.

Vous pouvez essayer de vous amarrer en douce, mais c'est à vos risques et périls. Nous avons vu les gardes-côtes en action et je peux vous assurer qu'ils ne font pas de la figuration !

Procida

Située juste à côté d'Ischia, Procida est notre île « culte » et le but de notre voyage. Ce petit bout de terre est un mystère. Il n'y a quasiment pas de tourisme, si ce ne sont trois ou quatre petits hôtels cantonnés sur l'extrémité Ouest de l'île. Dans le village, que des résidants et quelques rares échappés comme nous. Pas de magasin de souvenir, pas de bar branché, rien !

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Procida (ici, le port de pêche), une île qui résiste au temps

Nous y sommes venus la première fois il y a une bonne dizaine d'années. Presque rien n'a changé. Je dis « presque », car nous relevons tout de même un détail. Aujourd'hui, les habitants mettent un casque quand ils circulent plein gaz sur leur scooter. Ce n'était tout simplement pas imaginable il y a quelques années, ou alors sur le porte-bagages ou en bandoulière lors de rares occasions ! Le nouveau port n'a pas rompu cet équilibre. Les quelques visiteurs (nous verrons des Français) se font discrets. La marina semble d'ailleurs tenue uniquement par des résidants. Une légende raconte que l'île est « protégée » par quelques familles très influentes, mais faut-il croire aux légendes ?

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"Maybe" est amarré juste devant l'ancien cinéma de l'île

Nous nous sentons complètement intégrés à la population et à sa manière de vivre. Il va être dur de partir. Nous passons une dernière nuit au petit port de Chiaolella, à l'extrémité Ouest de l'île, histoire de quitter ce Paradis en douceur. Nous avons de la chance, car le fait d'y avoir une place se fait un peu « à la tête du client ». Mais voilà, le pontonnier a un problème : il s'est fait tatouer sur le bras « Amour toujours » (en français) et ne sait pas ce que ça veut dire. Nous lui traduisons, ce qui nous vaudra sa reconnaissance éternelle. C'est bête, il avait également un tatouage en japonais. Si nous avions pu lui en donner la signification, nous aurions peut-être gagné une nuit gratuite ! Le ponton est fréquenté par une grande famille italienne avec plein d'enfants qui tombent bien entendu amoureux de notre cocker. Encore une soirée de rêve !

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Le port de Chiaolella

Ventotene

C' est notre prochaine étape. Deux points m'ennuient : nous allons arriver un samedi et j'ai peur de l'invasion du week-end, de plus nous allons avoir un force 4 dans le nez ! Pour éviter le vent de face, nous partons assez tôt le matin (au moteur), ce sera la bonne tactique. Pour les bateaux, il faudra faire avec. Il y en a tellement qu'il y a une file d'attente pour entrer dans le vieux port ! Par contre, du côté de la nouvelle digue, ça va mieux. Nous amarrons, mais nous apprenons rapidement que nous ne pouvons rester, car tout est déjà réservé. Mais ne l'oubliez jamais, nous sommes en Italie et dans ce pays, tout problème finit par trouver sa solution. Le responsable est un voileux qui, selon ses dires, a effectué deux tours du monde. Bref, il ne se démonte pas pour si peu et nous trouve une place « illégale » ! Dans le cas précis, un lieu confortable et surtout gratuit, car « illégal ». C'est là que nous découvrons qu'amarrer sur la digue coûte...10 euros le mètre !

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La digue de Ventotene

Ventotene est une île simple qui pourrait être attachante sans cette invasion de gros trucs à moteurs. Mais on fait avec.

C'est le propriétaire de l'un de ces engins qui, gentiment et en très bon français, nous donne les consignes pour l'île suivante : Ponza

Nous aurons toujours le vent dans le nez si nous ne partons pas tôt le matin, mais le problème, c'est que Ponza est réputée très touristique et les pontons d'amarrage ont été supprimés l'année précédente. Bah, au pire, nous rejoindrons la côte si vraiment il y a un problème sur l'île. On ne peut tout de même pas rater un lieu qui a sa photo dans la plupart de guides vantant les charmes de l'Italie !

Ponza

Mais elle est belle, cette île, au moins, on ne sera pas venu pour rien !

Le port est déroutant, car il y a plein de vide et pas de pontons. Nous nous dirigeons vers la station d'essence pour prendre des renseignements et «baoum», nous touchons le fond ! Un petit coup d'oeil vers le quai nous fait constater que seuls des pneumatiques vont s'avitailler. Il y a en effet moins d'un mètre d'eau ! On lève un peu la dérive et on repart. Nous avisons un voilier suisse et prenons des renseignements. Bête que je suis, il suffisait de lire le guide nautique : la partie gauche du port doit être laissée libre pour les ferries, mais on peut librement mouiller sur la partie droite ! Nos compatriotes nous invitent à manger sur leur bateau. Nous acceptons avec plaisir et nous aurons droit à un véritable festin, ceci au coucher du soleil dans un cadre sublime. Nos nouveaux amis font la même constatation que nous : il y a peu de bateaux nomades dans toute cette région. On est très loin des riches échanges que l'on peut avoir entre équipages quand on navigue, par exemple, en Atlantique ou en Manche.

Ponza n'est pas du tout comme je l'imaginais. C'est touristique, certes, mais c'est surtout calme et envoûtant. Pas d'enseignes clinquantes, pas de panneaux publicitaires géants. Nous resterions bien un jour de plus, mais nous n'avons plus trop d'eau. Le seul distributeur est une station d'essence à la sortie du port (où là, il y a du fond !). Elle en offre si on fait le plein de gasoil, mais nous, nous fonctionnons à l'essence !


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Le port de Ponza, du côté de l'entrée

Nous décidons de continuer notre route, mais le regretterons un peu. Nous aurions pu nous arranger et l'île aurait vraiment valu un jour de plus.

Louis XiV

Si c'est la seule fois où notre autonomie en eau posera un éventuel problème, nous n'aurons jamais de soucis en ce qui concerne l'électricité. En Italie, le soleil brille et un panneau solaire a un bon rendement. Notre 1/4 de mètre carré su son support définitivement provisoire fera merveille. Du coup, mon épouse décidera de l'anoblir en le baptisant Louis XlV ! Ce qui est étonnant, c'est que presque aucun bateau n'en est équipé dans ce pays (nous en verrons deux en tout). Pourtant, les ships du coin vendent des lampes LED's dernière génération et plein de gadgets électroniques comme partout ailleurs. Mais pas de panneaux solaires ! Le nôtre ne passera donc pas inaperçu et on nous posera des questions du genre « est-ce que ça fonctionne avec une glacière ? » (Si jamais, la réponse est, « non », car il faut au moins le double de surface pour faire tourner un petit frigo).

Giannutri

Ce petit bout de caillou est étonnant. C'est une réserve naturelle ou il fait vraiment bon passer une nuit au mouillage. Il y a un petit restaurant qui n'ouvre que l'été, ne sert qu'un menu unique à heure fixe (20h30) et seulement sur réservation. Nous avons l'impression d'être invités dans une grande famille un jour de fête. Il y a des enfants qui jouent, des chiens qui courent. Le service est très attentionné et le repas divin. Tout cela, en fin de saison, disparaîtra... jusqu'à l'été suivant !


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Giannutri

Gigilio

Nous partons avec, chanson connue, le vent de face. Pas grave, me dis-je, la distance est courte (11 Milles) et nous serons bien abrités au mouillage. C'est joli, Giglio et il est facile de débarquer, car deux criques donnent sur des petites plages. Pendant la nuit, le bateau commence à secouer. Facile à comprendre, le vent a tourné à 180 degrés et souffle avec force. Le problème, c'est que nous, nous ne sommes plus du tout abrités. Au matin, impossible de faire du café, car ça secoue trop. Nous mettons cap sur le port qui se trouve dans la baie suivante. Malheureusement, il n'y a pas de place avant 17h. Je ne vois pas attendre dans ces secousses. Nous pouvons bien sûr faire le tour de l'île et nous abriter derrière, mais ce ne me dit pas trop. Nous devons également résoudre un autre problème : tous nos habits sont sales. Il est en effet très difficile de trouver des laveries aux étapes, car même les ports bien équipés n'en ont pas où alors, comme à Talamone, ça ne marche pas. Adieu Giglio, une autre fois peut-être...

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Retour vers Ercole

Demande express d'autorisation de tir

Nous nous dirigeons sur Ercole. Soudain, devant nous, une armada de gros bateaux à moteur. Ils naviguent en gros par groupe de dix. Il y en a plus d'une centaine, tous, gaz à fond. Je n'y comprends rien et soudain réalise : nous sommes samedi, les Romains vont à la plage, c'est-à-dire sur Giglio ! Il ya ceux qui s'écartent de nous, ceux qui ne s'écartent pas et ceux qui se détournent volontairement pour nous prendre dans leur vague. Un gros machin d'une quinzaine de mètres passera à moins de 3 mètres de notre étrave. Notre voilier est trempé. Heureusement, les hublots sont fermés. Messieurs des Affaires Maritimes, je demande instamment qu'il soit ajouté sur la liste de matériel de sécurité l'obligation pour tout voilier de s'équiper d'un pack de 2 ou 3 missiles antipromène couillon. Il en va de la survie des équipages. Ce jour-là, j'en suis sûr, j'aurais été acquitté pour légitime défense !

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Pack de missiles antipromène couillon (image internet)

De l'influence des sacs-poubelle roses sur un moteur 4 temps

Un jour, nous sommes en rupture de stock de sacs-poubelle. Les seuls petits que mon équipière trouve sont des sacs pour salle de bain. Non seulement ils sont rose pétant, mais nous découvrant en ouvrant le paquet qu'ils sont fortement parfumés à... la fraise ! Du coup, lorsqu’on ouvre le coffre arrière, on a une odeur d'essence (c'est là qu'il y a le réservoir), de déchets de vieux poissons et... de fraise ! L'histoire pourrait s'arrêter là. Mais un jour, nous décidons une sortie baignade...

Nous choisissons une petite crique et alors que je cherche l'endroit idéal pour jeter l'ancre, le moteur cale ! C'est totalement inhabituel et je sais que nous avons assez d'essence. Impossible de refaire partir le 4 temps. Le bateau dérive déjà contre la plage et les baigneurs. Nous frisons le drame. Dans un ultime geste de désespoir, l'ancre est jetée vite fait, ce qui stoppe le navire dans sa course folle. J’essaie de comprendre. Tout à l'air normal. Je débranche et rebranche le tuyau d'essence, vérifie si le contacteur est bien en place. Le moteur finit par repartir comme si rien ne s'était passé. Il ne nous fera d'ailleurs plus jamais ce coup-là. La seule explication que je trouve est que notre poubelle rose a dû appuyer volontairement et méchamment sur le tuyau d'essence. Non seulement elle pue, mais, en plus, elle est vicieuse ! L’accusée bénéficiera cependant d'un non-lieu, faute de preuve formelle, mais nous la tiendrons désormais à l'oeil !

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C'est ici. dans le coffre arrière bâbord, que s'est joué le drame

Mauvais temps

Cela n'arrive pas qu'aux autres. Nous sommes à Castiglione de la Pescia. À côté de nous, un bateau encore plus petit que le nôtre : un Edel 2 appartenant à un jeune couple de Bretons qui veulent visiter Elbe. Monsieur est un peu perdu, car il croit qu’ici, comme chez lui, les capitaineries ont de la météo. Quel novice ! J'en souris comme le vieux loup de mer qui, lui, sait les choses, entre autres que les ports italiens et la météo, ça fait deux ! Notre jeune inexpérimenté revient avec ... un bulletin ! Quelle est cette traîtrise ? Je vais vérifier et, en effet, une carte est affichée. L'explication est que les rares fois où un coup de tabac s'annonce, les capitaineries se réveillent. Là, c'est un gros force 7 à 8 qui s'annonce et en plein dans notre nez. Nos Bretons partent visiter Rome. Nous décidons d'attendre. Heureusement, cela ne dure pas et après deux jours de patience, nous pouvons sortir. Les conditions sont correctes et nous arrivons sans encombre au port suivant : Punta Ala.

Punta Ala

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Les rochers de Punta Ala

Port friqué, port de riches, port snob, sur Internet, Punta Ala n'a pas une cote terrible.

Mais la région est exceptionnelle et nous tentons notre chance. Au pire, nous pouvons aller jusqu'au port suivant. Nous mouillons d'abord dans la baie, juste à côté, histoire de profiter de la douceur du lieu. Vers 16h, nous entrons dans la marina. Accueil stylé, propreté helvétique, météo, vrais sanitaires nombreux et grand luxe. Tout cela pour 30 euros, soit moins cher que bien d'autres ports. Nous restons !

Il est clair que les gens qui déambulent sur les quais ne semblent pas avoir des problèmes de fin de mois. Mais on est loin de cette attitude « m'as-tu vu ? » que l'on trouve parfois ailleurs. Punta Ala est en fat un haut lieu de la voile. Il y a de bateaux vraiment superbes. C'est ici que ce gère le défi italien pour la coupe de l'América.

Le soir, nous dégustons peut-être la meilleure pizza de notre croisière, ce qui, en Italie, n'est pas rien. Il y a un splendide coucher de soleil et la météo du lendemain s'annonce bonne. J'aurais dû me méfier...

C'est quoi, ce truc !

Au petit matin, le vent hurle dans les mâts. C'est vraiment fort. Avec les heures qui avancent, cela ne se calme pas. Là, ça devient gênant, car il nous faut rentrer. Je vais promener le chien et grosse surprise : de l'autre côté du port, il n'y a presque rien et la mer est calme. Je n'ai jamais vu ça. De retour au bateau, ça hurle comme jamais. C'est clairement un effet hyper localisé, dû probablement aux collines avoisinantes. Nous décidons de partir, car d'autres bateaux sortent. On y verra plus clair en mer. En effet, à peine sortis du port, il y a du vent, certes, mais maniable. Je prends par précaution le premier ris de la croisière. Mais cette région est vraiment spéciale. Le vent tourne plein arrière, cesse de souffler. Nous mettons le moteur, mais le vent repart de travers. Puis c'est de nouveau la pétole. Re-moteur. Voilà maintenant que ça part de face avec vagues à l'appui. Mais où sommes-nous donc, dans un simulateur pour apprentis voileux ? Le vent s'établit enfin de manière stable après la pointe de Piombino, ouf !


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Le vent est enfin régulier (sur l'avant, notre annexe pliée)

Le grand Final

Nous retrouvons bientôt notre grutier de la Marina De'Medici. Il aimerait sortir le bateau tôt le matin, mais nous devons aller chercher la remorque. « Pas de problème », nous dit-il, « vous allez récupérer la remorque et vous la laisser sous la grue pour la nuit ». C'est une faveur vraiment exceptionnelle et son collègue n'en revient pas. Notre ami lui explique : « tu vois, ce petit bateau là, il navigue, alors que les autres, ils restent toujours au port ! ».

Au petit matin, nous avons toute la place pour préparer le voilier, c'est-à-dire baisser le mât et vider « Maybe » pour qu'il retrouve son poids routier. C'est un peu surréaliste, car le ciel devient noir et le vent souffle avec force. Heureusement, notre système de mâtage est très au point et il n'y aura aucun problème. Le bateau est posé impeccablement sur sa remorque. Je félicite notre ami : «c'est la classe ! » Je crois qu'il apprécie.

Sitôt à l’extérieur du port, l'orage éclate. C'est vraiment impressionnant. Cela m'arrange un peu, car notre fourgon et le bateau étaient très sales. Avec ce double « auto-wash» (il y aura deux orages), nous rentrons tout propre à la maison !

Le bilan

« Maybe » rentre entier à la maison. Il sera d'ailleurs remis à l'eau dans les 24h, sur notre bleu Léman.

Nous n'avons qu'une envie : continuer le voyage en repartant de la baie de Naples et en descendant jusqu'en Sicile. Certes, les Italiens sont parfois un peu « compliqués » pour nos esprits cartésiens, mais une fois encore, tout finit toujours par s'arranger. Le lieu de navigations est absolument idéal pour un petit bateau, car la météo est souvent clémente et il n'y a pas beaucoup de pièges.

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Naviguer en Italie (ici, le long de la côte Toscane) n'est pas très difficile

Note technique sur le moteur

Ayant beaucoup sollicité notre petit 4 temps lors de cette croisière, j'ai demandé à mon mécanicien si c'était bien raisonnable et s'il n'y avait pas des risques de panne.
Voici ses réponses :
« Ces moteurs peuvent tourner des journées entières sans problème, pour autant qu'on suive les prescriptions suivantes : effectuer une vidange toutes les 100 heures, vérifier très régulièrement le niveau d'huile, se méfier du sel et rincer très régulièrement le moteur à l'eau douce, effectuer la révision complète plutôt en fin de saison qu'au début, car cela permet un meilleur hivernage ».

Il a oublié d'ajouter : « se méfier des sacs-poubelle roses parfumés à la fraise ! »

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"Tartuffe", un équipier sacrément utile

jeudi 11 juin 2009

"Maybe" en Atlantique (La Rochelle, Yeu, Ré, Aix, Oléron)

Le choix du terrain de jeu

La Vendée et la Charente, ce sont les courants, les marées et l'odeur du maquereau, mais avec la chaleur méditerranéenne en plus, sans que cela devienne le four à pizza. Comment résister à tout cela ?

En route pour 5 semaines

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Seul un marin peut comprendre qu'on ne se lasse jamais de l'horizon

Quand on dit que nous partons plus d'un mois, cela étonne parfois. Il faut dire que nous sommes à l'ère du "travailler plus pour gagner pas grand-chose !". Nous, nous préférons le "travailler moins pour profiter davantage !". Les vacances ne sont alors plus un "spot" où "il faut profiter au maximum", mais une tranche de vie dans laquelle le temps peut s'écouler à son rythme.

Nous parcourrons en fait 276 Milles et visiterons 13 ports ou mouillages différents. Le choix de cette année est clairement de "vivre sur un bateau" et non de "bouffer de Milles".

Préparatifs

Pour le possesseur d'un bateau, tout début de saison commence par : par ponçage, perçage, "choucroute" (mastic polyester avec fibres), et peintures diverses. Le but est de faire passer le voilier d'épave en devenir à fringuant destrier des mer !

Non content d'avoir usé mon temps, ma santé et celle de mon porte-monnaie, je repars pour un tour et décide de changer les éléments d'accastillage qui avaient été déclarés "indignes de rester à bord" lors de la croisière précédente. J'ai nommé les coinceurs, les poulies de renvoi et le hale-bas.

Petit tour sur le Bleu Léman (la flaque d'eau au milieu de l'Europe !) pour vérifier si tout fonctionne, puis départ pour la grande aventure.

La mer, vue du bitume

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"Maybe" et son véhicule tracteur

900 kilomètres à parcourir pour traverser la France de part en part, le compteur de vitesse scotché sur "80 km/h", c'est ce qui attend le bon Suisse que je suis avant de parcourir le vaste océan. On se la joue Zen, avec escale au beau milieu de la campagne gauloise, ceci afin de profiter de l'excellente gastronomie locale que l'on trouve souvent dans ces cas là. Le responsable du camping nous avoue que c'est la première fois qu'il voit un bateau sur son terrain ! Il faut dire qu'un voilier utilisé comme caravane, ce n'est pas encore "tendance" ! Même les "bobos" new style ne s'y sont pas encore mis !

La mer vue de la mer

La Rochelle, port des Minimes. La cale est "grand confort", le parking généreux et la capitainerie compétente. La mise à l'eau est donc une simple formalité. Le véhicule tracteur et sa remorque sont confiés au chantier Indigo-Yacht (service et gentillesse 4 étoiles). Nous pouvons partir tranquilles.

Nous passons notre première nuit à l'eau. Nous voilà donc déconnectés de notre vie de terriens. À nous les grands espaces !

La Rochelle Vieux-Port

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Le phare du bout du monde

Nous vivons une remontée dans l'Histoire au sens propre. Cela commence par le phare du Bout du Monde, cher à Jules Verne (le phare de La Rochelle est en fait la reconstitution d'un feu qui éclaira en son temps la pointe de la Patagonie). Puis, le hasard nous fait croiser un superbe vieux gréement (une goélette) avant de passer entre les deux tours de l'entrée du port. Intense moment d'émotion où, ici, les formes modernes de "Maybe" semblent déplacées !

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L'entrée du port de La Rochelle

L'avitaillement est facile, car tout est à proximité. Nous sommes parés pour conquérir les îles, mais l'annonce d'une perturbation nous obligera à patienter un peu.

L'île de Ré

Nous sommes vent debout, mais ça, c'est normal (je n'ai jamais bien compris pourquoi, mais chaque fois que nous allons quelque part, nous avons le vent de face !). Nous passons le majestueux pont de l'île de Ré. Comme nous devons tirer des bords dans un vent faiblard, nous aurons tout loisir d'admirer le monument qui se voit de loin !

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Le port à écluse de Saint-Martin en Ré

Notre destination est Saint-Martin en Ré. Ce port à écluse est un vrai fouillis de bateaux, mais c'est très amusant. Au moins, pour en sortir, vous ne risquez pas d'oublier l'heure d'ouverture des portes. La multitude des moteurs, diesels et hors-bords confondus, qui démarrent en même temps vous rappellera qu'il est temps de sortir !

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Le chenal d'Ars en Ré, ou ce qu'il en reste, à marée basse

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Ars en Ré, un port à la campagne

Pour nous, ce sera pour aller à Ars-en-Ré, à nouveau un port à écluse où mieux vaut arriver pendant que c'est ouvert. Pour cela, il y a un long chenal balisé sur 4 Milles qu'il faut emprunter. Nous faisons tout tout juste, mais, à la hauteur de la première balise verte, "boum", talonnage. Pour nous, ce n'est pas grave. On lève la dérive et on repart. "Maybe" s'en tire avec un éclat dans le gelcoat du puits de dérive. À la capitainerie, on nous explique que c'est normal. Le banc de sable s'est déplacé et la balise verte n'est plus au bord, mais sur celui-ci ! De toute façon, les locaux, eux, ne suivent pas le balisage. Ils ont leur repaire à eux (une petite bouée que nous n'arriverons pas à trouver) et se dirigent comme cela !

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Ars en Ré à marée basse
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La mer, de nuit et depuis l'île de Ré

La montée à l'île d'Yeu

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"Maybe" en route vers le Nord

La météo nous promettait un vent de face (logique) de force 3-4. Nous amorçons la montée. La mer secoue passablement. Je trouve que le petit 3-4 local est bien musclé. Soudain, un gros machin noir au dessus de nos têtes et vlan, la douche XXL. On n'y voit plus rien, mais ça ne dure pas. Par contre, la houle et le vent droit devant, ça lasse. Nous décidons de nous aider du moteur jusqu’à l'étape de Bourgenay. Le soir, à la capitainerie, nous apprenons que le vent était force 5-6 avec rafales à 7, il me semblait bien !

Le lendemain, nous nous contentons d'un petit saut jusqu'aux Sables d'Olonne, car dehors, ce n'est pas idéal, puis c'est la montée jusqu'à Saint-Gilles Croix de Vie, toujours avec le vent devant l'étrave. Ensuite, c'est le virage à gauche jusqu'à l'île d'Yeu, mais là, le vent tombe et c'est le moteur qui nous pousse !

L'île d'Yeu

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île d'Yeu (Ouest)

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île d'Yeu (Nord-Est)

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"Maybe" à Port Joinville

Là, franchement, on ne peut pas dire que ce soit moche ! l'ìle d'Yeu est un mélange de Bretagne et de Vendée. Un lieu unique où on se sent bien. Dehors, un avis de grand frais est annoncé. C'est donc avec le bus et par voie terrestre que nous visiterons l'autre côté de l'île.

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Le port de La Meule (île d'Yeu)

On y va ou on n'y va pas ? J'avais déjà acheté la carte pour aller au moins jusqu'à Noiremoutier, mais les bateaux qui redescendent sont formels : il pleut et il fait froid là-haut ! Bon, on a compris, on repart vers le Sud !

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Port Joinville, 14 juillet, vers 21h
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Port Joinville, 14 juillet, vers 23h

Quand "Maybe" se pose

Tiens, du vent arrière, pas normal ! Pour l'instant, on en profite et on lâche la ligne de pêche qui nous ramène en moins d'une heure deux maquereaux, un bar et une orphie (rejetée, car trop petite). Mon épouse ordonne de cesser le massacre, car nous frisons la surpêche et n'arriverons pas à tout manger ce soir !

Pour la descente, bien sûr, le vent est passé au Sud (non, ce n'est pas une blague !). Nous n'avons jamais posé le bateau et voulons d'abord essayer dans un port. Nous choisissons Jard sur Mer, une escale pour petits bateaux. Mais gag, il s'agit bien d'un port à sec, mais le ponton visiteur est situé dans une souille (trou creusé dans la vase) spécialement réalisée pour que certains bateaux restent à flot ! Les locaux sont trop fiers de leur souille, je ne vais tout de même pas leur dire que je préférerais m'éclater dans la vase !

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"Maybe" se prélassant dans la vase, sous l'oeil attendri de ses propriétaires

C'est à La Flotte en Ré (le troisième port de l'île) qu'enfin notre voilier pourra, sous nos yeux attendris, prendre son premier bain de boue !

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La Flote en Ré, de nuit

Tombe la pluie

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il a très peu plu pendant notre séjour. Mais en Vendée comme en Charente, quand ça tombe, c'est vraiment consistant ! Un jour, de retour provisoire à La Rochelle et en direction pour Aix et Oléron, je sens l'humidité sérieusement monter dans le bateau. L'humidité, c'est le pire ennemi du moral de l'équipage. Nous sortons notre arme secrète : un petit radiateur soufflant entré de gamme ! La température à bord monte à 26 degrés. On se croirait dans une serre tropicale. Mais ça marche. En une heure, l'hygromètre affiche à nouveau une valeur décente. Fin de l'alerte. Nous en profitons pour tester des sous-matelas en latex et coco (très connus chez les marins). Ça fonctionne à merveille : plus aucune condensation sous la couchette !

Quand l'eau monte et quand l'eau descend

Nous sommes en vives-eaux, coefficient élevé. Dans cette situation, le Vieux-Port de La Rochelle découvre légèrement à marée basse... et recouvre une partie des avants quais à marée haute. Le spectacle est amusant : une fois, ce sont quelques marins imprudents qui retrouvent leur hélice plantée dans la vase, l'autre fois, ce sont les voitures garées sur les avants quais qui mouillent leurs pneus dans l'eau salée !

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Là, je n'ai pas osé photographier la tête du propriétaire !

Du coup, pour sortir, il faut attendre qu'il y ait de l'eau. Comme nous sommes un samedi. C'est une nuée de voiliers qui partent en même temps. Il fait beau, le vent souffle de face (normal), mais nous permet une jolie allure de près.

Lîle d'Aix

Nous arrivons à l'île d'Aix, après une escale à Boyardville, sur l'île d'Oléron. Une fois encore, il a fallu composer avec la marée, car s’il n'y a pas de port sur l'île d'Aix, il y a des bouées et pour être précis, il y a les bonnes et les mauvaises ! Les bonnes, ce sont celle contre la côte. Mais elles ne sont accessibles qu'à marée haute, car ensuite on se retrouve dans la vase (donc, le bateau pose). Les mauvaises, ce sont celles qui permettent de rester à flot. Là, votre bateau se transforme en simulateur de machine à laver, avec option rinçage s’il pleut ! Explication : le vent, qui vient souvent de l'Ouest et souffle assez fort, entre en concurrence avec le reflux de la Charente (la rivière) qui vient en sens contraire. Le tout donne un ressac particulièrement efficace, mais qui est fortement atténué si on se trouve au fond du mouillage, là où on assèche.

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Vent contre courant, ça donne ça !

L'île d'Aix, c'est d'abord un parc pour promeneurs du dimanche. Mais il y a quelques habitants et le lieu est particulièrement calme et agréable. C'est assurément à ne pas manquer. En plus, il y a une petite navette qui non seulement vous transporte, mais qui peut vous livrer le pain le matin. La Classe !

Rochefort

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Le fameux pont à passerelle, sur la Charente

"Il faut aller à Rochefort", nous a-t-on dit ! Mais Rochefort, ça se mérite. Il y a 13 Milles de remontée de rivière à n'effectuer que par le flot (à marée montante) car le courant est très fort (4 noeuds à certains endroits). L'écluse de Rochefort n'ouvre qu'une heure quinze en moyenne à chaque marée. Il faut donc bien calculer son coup ! Honnêtement, c'est quand même un peut spécial : l'eau de la rivière est brun sale et pas très inspirante. Rochefort, malgré son port, est déjà une ville "hors de mer", on y étouffe un peu s’il fait chaud. Mais j'avoue que la Corderier et son jardin sont superbes.

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Rochefort, le jardin de la Corderie

A l'ouverture de l'écluse, tout le monde part en même temps. Nous nous suivons d'abord sagement à la vitesse du courant, puis des voiles se hissent, puis on commence à se dépasser. L'esprit de compétition n'est pas mort ! En allure "voile+plus moteur" que nous avons quasi tous fini par adopter, "Maybe" n'est pas trop manche et nous arriverons en pleine mer avec le peloton de tête !

Saint-Denis d'Oléron

C'est notre dernière escale qui est un peu la succursale du port des Minimes. C'est en effet le port le plus direct et le plus simple à atteindre depuis la Rochelle. Il est plus facile d'accès pour les croiseurs standards que Boyardville, qui a une écluse et qui convient mieux aux petits bateaux.

Oléron ne nous laissera pas un souvenir impérissable. Il faut dire que pour bien en profiter, il aurait fallu s'enfoncer dans la baie. Mais cela représente une navigation pointue à cause des courants et de la multitude des parcs à huîtres. Nous préférons y renoncer.

La Rochelle, le retour

Il y a comme ça, des jours bénis des dieux !

Nous partons avec un petit vent de face (normal), mais il fait grand beau et la mer est calme. Un bar se prend dans la ligne de pêche. Je ne l'ai pas décroché que le vent s'oriente à 90 degrés. Oui, vous avez bien lu, vent de travers ! Nous sortons immédiatement le spi asymétrique qui croupissait dans son sac. Avec cette voile, Maybe ne craint plus rien ! Cerise sur le gâteau, l'hélice du loch, qui s'était ensablée lors de la dernière pose du bateau, se remet à fonctionner !

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Une image rare, "Maybe" sous spi !

C'est donc en allure triomphante que nous arrivons aux Minimes.

Retour sur terre et bilan

Nous prévoyons deux jours pour nous réadapter à la civilisation. Au menu : restaurant un peu chic, histoire de réapprendre les bonnes manières, branchement sur Internet, histoire de savoir ce qui se passe dans le monde et quelques achats de produits difficiles à trouver en Suisse, histoire de se faire plaisir !

Les Minimes étant bien fournis en magasins spécialisés, j'en profite pour remplacer les quelques cordages qui se sont usés pendant la croisière. "Maybe" n'a pas souffert du voyage et seul l'éclat de gelcoat dû à notre talonnage est à réparer. Soyons honnêtes, il y a également quelques joints en "sykaflex" à refaire !

"Maybe", l'âge adulte

Pour cette croisière, notre Kerkena a été le bateau idéal.

Nous n'avons à aucun moment souffert d'inconfort, puisque la seule fois ou l'humidité a gagné du terrain, nous l'avons chassée avec notre radiateur soufflant premier prix ! Avec les petits changements effectués en début de saison, le voilier se manipule maintenant très aisément et ne pose pas de problème lors de brusques sauts de vent. Nous avons également découvert que le bateau posait bien à plat. C'est utile quand, comme nous, on aime dormir sur un lit horizontal ! Enfin, avec moins de six mètres, il passe vraiment partout ! Ce petit "classe mini en réduction" fera d'ailleurs quelques envieux dans les ports !

Les virés les élus et les petits nouveaux

Viré : toujours notre capot de descente (voir "La genèse de "Maybe""). Le constructeur promet de réfléchir au problème.

Élue (ou plutôt, réélue) : notre annexe, soit un canoë gonflable renforcé. Normalement très peu stable, cet engin a réussi à mener mon toutou à terre un jour de fort vent contraire et de violent ressac. Je n'aurais certainement pas réussi avec une annexe genre "engin de plage".

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Notre toutou a parfois un petit besoin pressant !

Également réélu : notre minable petit frigo bas de gamme qui n'a jamais failli et fonctionne en définitive très bien. Nous avons rapidement fait la balance entre ce que coûterait un "vrai" frigo à compresseur et le prix des bières fraîches sur une terrasse de bistrot. Vu leur nombre, ce sont les bières qui ont gagné !

Nouveau et élu : un petit GPS portable (Garmin 60CS acheté d'occasion) que je sors lorsque le temps est mauvais. Il est le parfait complément de notre appareil fixe et évite de descendre en cabine quand les conditions sont pénibles. Nouvelle et élue : Notre ligne de pêche premier prix et prête à servir (pour débutant). Elle a parfaitement fonctionné (il y avait même des hameçons de rechange !) Nouvelle et élue : une passoire pour égoutter fruits et légumes en silicone vert très moche. Totalement incassable et se plie très bien.

Et ce qui manque encore :

Une petite lampe à l'avant de la cabine, pour pouvoir lire en attendant la fin des "grands frais à coup de vent". Une mini poubelle intérieure pour les sparadraps (nombreux) usagés et les tickets (nombreux) de commission. Notre poubelle "normale" est en effet placée dans un coffre extérieur. Une méthode pour faire comprendre à Éole qu'en vent de face, un spi asymétrique ne fonctionne pas très bien et que nous préfèrerions, parfois, un vent de travers.

La Vendée-Charente, pour qui ?

Sans parler de navigation difficile, ce n'est pas une région pour débutant.

S'aventurer dans cette région sans bonnes connaissances de base en navigation (marées, courants, météo et gestion du voilier), c'est dangereux. Lors d'un jour de beau temps avec vent modéré, nous avons entendu à intervalles rapprochés deux "pan pan" (messages d'alerte) sur le canal 16 de la VHF. Deux voiliers étaient échoués à moins de 10 Milles du nôtre, suite certainement à une navigation hasardeuse. La force moyenne du vent lors de notre séjour était 4-5 Beauforts. Pas idéal pour celui qui gère mal les réductions de voilure !

Les cartes et guides

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Le "coin navigation" du bateau

Pour nous, trois documente : les cartes du SHOM, le Bloc Marine, le guide Imray

Cartes du SHOM : zéro faute ! elles sont difficiles à pendre en défaut, sauf si une balise vient d'être retirée ou ajoutée.

Bloc Marine : "Chaque année, il y a plus d'informations et d'imprécisions". Souvent entendu et pas faux ! Deux manques vus cette année : Omission des coefficients de marées dans leur annuaire (dans un port, lorsque le responsable a vu ça il nous a immédiatement offert un annuaire des marées !). Omission du nouveau canal VHF (63) de météo en continu pour La Rochelle.

Imray : il est beau, avec de jolies photos et plein de chouettes renseignements, mais il est d'un pessimisme chronique. Par exemple, si vous lisez le passage sur Rochefort, vous n'osez plus emprunter la Charente, vous imaginant déjà englouti par la barre qui ne manquera pas de se former à l'entrée de la rivière par vent contre courant. Euh, nous, la barre, on ne la pas vue. Par tempête, peut-être ? Bref, achetez le, mais revoyez à la baisse les indications de dangers.

Guides, revues et avis divers, souvent entendu : "En été, il n'y a pas de place" ou "c'est bourré" ou "c'est intenable". Pas vraiment vrai et ça dépend où : À La Flotte-en-Ré et à Jard sur mer, nous n'étions à chaque fois que deux visiteurs (fin juillet) ! Nous n'avons jamais été refusés nulle part. Même à Saint-Martin en Ré où nous étions un peu serré, pas d'agressivité entre les marins et ambiance plutôt "bon enfant". Bien sûr, les week-ends d'août (pas essayé) ce doit être plus "chaud" !

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jeudi 07 mai 2009

Croisière en Méditerranée


Il y a tout de même une justice !

Après notre rendez-vous manqué avec la mer lors des vacances de Pâques, il était temps que nous prenions notre revanche. Il nous tardait surtout de savoir si notre voilier était marin ou non, puisque, jusqu'ici, nous n’avions testé “Maybe” qu’en eaux calmes.

Cette fois, c’est du sérieux. Nous allons naviguer 28 jours sur une distance de 406 Milles, toucher 19 ports différents et effectuer 3 mouillages (de jour). Le bateau parcourra les deux tiers de la distance à la voile et un tiers au moteur, aidé d’une voile ou non.

Premier contact avec l'eau salée

Nous mettons à l’eau à Borme-les-Mimosas. Ce lieu est choisi pour sa cale de bonne qualité et abritée tout temps. De plus, il y a pas loin un gardiennage grand luxe pour le véhicule et la remorque, où on vous ramène au port et où on vient vous y rechercher à la fin du séjour. Ça ne se refuse pas !

Attention cependant avec la cale : le goulet d’entrée ne fait que trois mètres de large, ce qui risque de poser problème aux multicoques. Quant au fond, c’est un mètre, ne pas baisser la dérive trop vite !

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La cale de Borme-les-Mimosas...

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... et son goulet ...

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... est un peu étroite pour certains multicoques !

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“Maybe” prêt pour le grand départ !

Le bateau reçoit tous ses accessoires, y compris son annexe dont je reparlerai. Seule la batterie de secours est laissée à la maison. La batterie principale est neuve, le panneau solaire alimente à lui seul les instruments et il y a encore l’alternateur du moteur. C’est largement suffisant.

Ballast rempli, avitaillement effectué, nous quittons le lendemain le port pour notre grande aventure.

Le spi et le saucisson

Le vent s’annonce au portant. Un bon force 3, idéal pour lancer notre spi asymétrique.

Mon épouse lui a confectionné un “saucisson”, plus précisément un sac en toile de sac à voiles. C’est un tuyau de deux mètres de long, qui s’ouvre de part en part avec des velcros. Il est fixé sur l’avant tribord du pont. L’avantage, c’est qu’on peut frapper à l’avance le point d’amure et les écoutes. Il suffit, le moment voulu, d’ouvrir le “saucisson”, de frapper la drisse et de lancer la toile. C’est parfaitement fiable et très rapide.

Cette voile pousse vraiment bien le bateau, au point que les écoutes sont dures à tenir et sortent facilement des taquets que j’ai posés. Un petit guide d’écoute devant les coinceurs devrait corriger le problème.

Premier “grand frais”

En Méditerranée, l’avis de grands frais en été, c’est souvent le Mistral. Au troisième jour, le vent est annoncé à force 6, seulement sur la zone où nous naviguons, mais en pleine face et avec des vagues “casse bateaux” comme seule cette mer sait si bien en produire.

Nous partons avec un seul ris pour garder de la puissance. Tout se passe bien, si ce n’est que ça secoue tout de même pas mal. Le voilier coupe cependant bien les vagues sans trop nous mouiller.

Je découvre que le lest liquide n’est pas un gadget et évite à l’étrave de taper. Nous ferons plus tard un essai réservoir vide et découvrirons que c’est à éviter dans le gros clapot : le bateau lève trop et cogne la vague.

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Les pare-battages ont reçu leur sandow. En arrière-plan, le “saucisson à spi”

Avec les secousses, les pare-battages giclent dans tous les sens. Dès le lendemain, ils seront fixés avec des sandows.

Par deux fois, notre annexe tente de passer par-dessus bord. Je finis par attacher son sac de transport au mât. Je pense avoir la paix, mais l’annexe sort de son sac (ne me demandez pas comment) et passe réellement par-dessus bord ! Manoeuvre “homme à la mer”, mais où l’homme est remplacé par une annexe !

Le début est exécuté bien tout comme il faut tel qu’appris dans les livres, mais la suite est nettement moins académique. Qu’importe, l’annexe est ramenée à bord et posée dans le cockpit, au grand plaisir de mon toutou qui s’en fait immédiatement une coucouche.

Nous continuons nos virements. Malgré les vagues, nous gardons un angle de 100 degrés d’un bord sur l’autre. Un autre jour, avec plus d’expérience, nous arriverons à serrer à 90 degrés dans des circonstances presque similaires. C’est nettement mieux que ce que je prévoyais.

Lors d’un de ces fameux virements, nous ratons la manoeuvre et couchons le bateau. Celui-ci se redresse instantanément. 150 kilos de lest seulement (plus le lest liquide), mais placé bas. Cela fonctionne parfaitement. Nous savons maintenant que le voilier est sûr.

On se lasse de tout, même des virements de bord. Départ en plein contre le vent au moteur appuyé par la grand-voile. 4 noeuds au loch, ça pousse ces petits quatre-temps japonais ! Par contre, on se mouille, car les vagues ont pris de la hauteur.

Nous arrivons entiers au port, trempés mais heureux. Le Kerkena 6.1 supporte les avis de “grands frais”. C’est plutôt une bonne nouvelle.

Grand frais “bis”

En fait, nous en vivrons plusieurs, mais c’est le second avec vent de face. Cette fois, c’est plus fort, mais avec des vagues plus hautes et surtout moins cassantes. Le bateau avance, mais il faut réduire et encore réduire. Nous en sommes à deux ris dans la grand-voile et un mouchoir de poche à l’avant. Mauvaise idée, nous n’avons plus assez de vitesse. Je rouvre un peu le génois et tout rentre dans l’ordre. C’est le métier qui entre. Comme pour la première fois, nous finissons au moteur, ras-le-bol des virages !

Même chose, mais dans l’autre sens

Un avis de “grand frais”, un ! Rassurez-vous, il y en aura en fait peu pendant cette croisière et jamais très méchants. Seul du côté de La Ciotat ou de la Corse on verra du force 8, mais là, nous nous n’y serons pas pendant l’événement ! Du Mistral dans le dos, c’est rigolo. On met le génois et on se laisse pousser. Nous parcourons de bonnes distances sous ce régime. “Maybe” a peu de roulis et reste confortable.

En arrivant vers Cannes, il faut changer d’angle pour accéder au port. Je découvre alors que le vent est très fort avec les vagues qui vont avec. Nous entrons dans cette ville en dansant le rock'n roll. Au vent arrière, nous n’avions absolument pas imaginé que le temps avait pareillement forci !

Les virés et les élus

Ces différentes conditions météo séparent notre matériel en deux groupes : les élus et les virés. Dans les élus, l’essentiel du gréement, heureusement. Il faut dire qu’avec le pieu qui nous sert de mât, il y a de quoi être rassuré.

Parmi les virés, il y a bien sûr le hale-bas, resté en sursis uniquement parce que nous n’avons pas encore choisi le nouveau système. L’actuel brillera, tout au long de la croisière, par sa complète inefficacité.

Viennent ensuite les poulies de renvoi des drisses. Elles tournent tellement mal qu’une verra sa roulette de nylon fondue par le frottement de la drisse ! Les coinceurs de drisses sont également hors jeu et seront remplacés. Ils sont de marque certes, mais “entrée de gamme”. Un coinceur qui ne coince guère n’a pas grand intérêt.

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Un des “virés”, le capot de descente !

Mais le plus gros problème est celui du capot de descente. Il tient mi-ouvert par des taquets que j’ai posés, mais en position fermée, il faut l’attacher pour qu’il ne tombe pas dans la cabine (ce qu’il fera quand même par deux fois. Témoins : les marques laissées sur le plancher !). C’est ennuyeux, car nous ne savons pas pour l’instant que mettre à la place.

Mais pour l’ensemble, c’est bon, le bateau est sain et nous pouvons envisager l’avenir avec sérénité.

La voilure se règle bien et c’est tant mieux, car tenir la barre n’est pas toujours commode. L’ensemble est solide et bien construit, mais la barre elle-même est courte, donc avec peu de bras de levier. Comme l’arrière du voilier est plat et large, la pelle du gouvernail est soumise à de gros efforts, donc le bras du barreur aussi. Mais cela reste dans le domaine du supportable et soyons francs, c’est “Victor”, notre pilote, qui dirigera le navire la plupart du temps.

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Moteur et pilote, un couple qui ne nous lâchera pas

Pétole

Côté Menton, il ne faut pas rêver. Du vent, il y en a parfois, mais mieux vaut posséder un bon moteur. Le nôtre sort de révision et se sent pousser des ailes. Nous tenons facilement nos 5.3 noeuds de moyenne et quand le vent aide un peu, nous arrivons parfois à 6 noeuds bien soutenus. Nous possédons ce hors-bord depuis quatre ans, et jamais il n’a fait un pet de travers. Cela me laisse songeur quand je vois autour de moi le nombre assez important de pannes mécaniques qu’il y a, en été, le long des côtes. Je vais finir par croire qu’un petit quatre-temps est plus fiable que tous ses monstrueux confrères !

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Pas de doute sur le “look”, on est bien sur un croiseur

Fin coursier ou gros sabot ?

Avec un GO 550, on est habitué à voir le speedomètre prendre l’ascenseur. Mais ce que le GO n’aime pas, ce sont les vagues qui le freinent vite. Avec le Kerkena, c’est très différent. Pas d’accélérations brusques, sauf sous spi au portant, mais une vitesse constante. Résultat, des moyennes horaires excellentes pour un petit bateau. Nous calculerons en règle générale 4 noeuds pour par exemple 20 Milles, soit 5 heures de trajet. Nous serons rarement loin de la vérité.

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En route pour l’Italie sous spi asymétrique

Forca Italia

Là, on sort du sujet, mais soyons fous ! Pour beaucoup de Français (heureusement, pas tous !), la Méditerranée se termine à Menton. Quel dommage ! Se priver d’Italie, c’est vraiment passer à côté d’un plaisir rare.

Les Italiens ne pensent pas comme ailleurs. Cela ne touche pas seulement le football ou la cuisson des pâtes, mais également la plaisance. Normalement, il y a le long de la côte de belles et parfois chères marinas prévues pour les bateaux de croisière. Mais on y trouve également une multitude de petits ports pour les locaux, totalement infranchissables pour les grosses unités, mais qui peuvent se révéler un paradis pour les petits voiliers.

En principe, on commence toujours par vous dire qu’il est totalement impossible d’y passer ne serait-ce qu’une nuit. Mais il ne s‘agit là que d’une entrée en matière. Normalement, après un temps habituellement assez long, voire très long, en palabres, si vous savez bien vous y prendre, vous obtenez votre sésame. Nous ne sommes pas trop mauvais à ce petit jeu. Nous entrerons ainsi dans un petit paradis mythique, le jour de la fête du port, rien que ça ! Nous y serons les seuls “étrangers”. Le lendemain, le capitaine nous laissera ses deux numéros privés : “La prochaine fois, appelez-moi le jour d’avant et je vous fais une place !”.

Les Italiens parlent fort, mais sont en général très “relax”. Attention cependant, si une capitainerie commence à disséquer vos papiers, elle le fait jusqu'au bout, donc, soyez en règle !

"Maybe” au port

Un petit voilier a cet avantage sur un gros, il trouve en général une place au port, même dans les lieux “chauds” en pleine saison. Cela nous vaudra parfois des situations savoureuses, comme à Cassis (5) (à lire avec l’accent local) : Moi : “Nous aimerions une place pour une nuit.” Le préposé : “Si vous avez un chausse-pied, j’en ai une !” Son collègue : “Ça ne le fera pas !” Le préposé : “Si, ça le fera !” Son collègue : “Je te dis que ça ne passera pas !”

Nous sommes obligés de relever le défi. Ça passera, sans chausse-pied, mais de justesse !

L’accueil de notre petit bateau sera toujours bon à une exception près (la Ciotat), nouveau port, au point que nous irons dans le vieux, plus sympa). Cela fait parfois drôle d’être reçu, comme à Cannes, avec la même déférence que les capitaines qui s’annoncent avec leur 70 mètres ! Seule différence : la facture finale n’est pas la même !

“Maybe” intrigue, suscite les curiosités et les questions. Il y a celles connues de tous les petits voiliers : “Comment faites-vous pour dormir là-dedans ?” ou “Vous venez d’aussi loin, avec un si petit bateau ?”. Mais il y aura aussi des “Ça doit aller vite, un voilier comme celui-là !” plus flatteur. Un ami nous dira de “Maybe” au sujet de sa taille : “Depuis derrière, il fait encore illusion, mais devant, ça s’arrête rapidement !”. Notre bateau sera apprécié par les garçons de ponton, souvent voileux de leur état et accomplissant leur job d’été.

Nous remercions encore tous les voisins de ponton qui nous prêteront aimablement leur jet pour nettoyer le bateau (nous n’avons pas cet accessoire à bord).

Mention spéciale au propriétaire du petit bateau suisse (voir également plus loin) qui, en plus, n’hésitera pas à plonger au petit matin pour récupérer mon précieux couteau, suisse lui aussi, tombé la veille par-dessus bord !

Petit signe d’amitié à cet autre voisin, sur un superbe petit voilier suédois, qui nous laissera nous mettre à couple, et ainsi profiter de son ancre, au petit port des Moines de Saint-Honorat. Il nous laissera, en plus, son numéro de téléphone pour nous trouver une place si nous venons chez lui.

Désolé pour les grincheux, mais dans le milieu du nautisme, il y a plus de gens serviables que de malotrus !



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Un excellent choix pour les hésitants. Le voilier fait 12 mètres, il y a un “motorboat” de l’autre côté ainsi que quelques jets-skis. L’hélico, c’est pour aller chercher les croissants !

Les “autres”

Je parle ici, bien entendu, des propriétaires de “motorboats”. En général, la vision que l’on retient, c’est le gros machin qui passe devant votre étrave manettes au plancher, soulevant la vague qui tue et qui, en vrac : arrête votre bateau, vous arrose copieusement, mouille tout ce qui peut l’être dans la cabine, vous secoue encore quelques minutes jusqu’au passage du suivant !

Mais bien de ces navigateurs sont en fait charmants et s’intéresseront à “Maybe”. Souvent, cela commence par : “Moi aussi, quand j’étais jeune, je faisais de la voile” (je précise à la noble assemblée que j’ai la cinquantaine bien entamée !). En fait, les “motoristes” ont le blues. Le prix actuel du carburant rafraîchit sérieusement le goût du voyage et nombreux sont ceux qui ne parcourent plus que de courtes distances. Je n’ose pas leur dire que ma facture d’essence s’élèvera à 55 euros pour un mois !

Mais “l’autre” le plus insolite sera ce monsieur distingué qui observera attentivement notre Kerkena à Beaulieu-sur-Mer (7). Il n’est ni à voile, ni moteur. Il descend simplement de sa voiture. Nous lions conversation et apprenons qu’il ne s’agit rien de moins que le papa de l’architecte de notre bateau : Martin Defline !

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Sans équipage et lest liquide rempli, le voilier n’est plus dans ses lignes

Confort à bord

La croisière avance. Nous ne ressentons ni fatigue, ni lassitude, ni courbatures. Le confort à bord est excellent et forts de notre première expérience sur le GO 550, nous n’avons pas commis trop d’erreurs sur “Maybe” en matière d’aménagements. Deux points nous dérangent cependant : notre lit penche contre l’avant du bateau. En fait, ce n’est pas la couchette qui est en cause. C’est tout le bateau qui penche vers l’avant ! Le responsable en est notre lest liquide qui, avec ses 100 kg, sort le voilier de ses lignes ! Nous allons essayer de lester plus vers l’arrière afin de redresser l’engin.

L’autre source d’inconfort est le frigo. Notre petite glacière fonctionne bien et est économique (30 Watt), mais sa capacité est trop réduite et donc insuffisante. Là, il n’y a pas de miracle, il faut casser sa tirelire et acheter un vrai groupe froid pour bateaux.

Notre voisin de ponton, récupérateur de couteau suisse, voyage avec femme et enfant sur un transportable un peu plus gros que le nôtre : un First 21.7. Ils ont pris l’option “groupe froid sérieux” et ne voudraient pas revenir en arrière. “Maybe” aura le sien pour la prochaine croisière !

Inconscience

Nous avons maintenant bien notre voilier en main. Le vent souffle correctement au portant. Devant nous se distingue déjà le village de Saint-Tropez. Tout va bien à bord. Je regarde sans trop faire attention les cardinales que nous laissons par bâbord, puis m’étonne qu’il y ait des rochers entre les cardinales et nous. La réponse est rapide, nous sommes en train de les passer du mauvais côté ! L’eau est claire, rien à signaler en face si ce n’est un voilier qui fait même route que nous, mais en sens inverse. Nous nous croisons, nous saluons. Arrivé au port, je sors la carte pour comprendre : nous venons de passer un étroit chenal bordé de deux hauts fonds que je n’aurais pas pu voir. À quelques mètres près, c’était le talonnage assuré à plus de 5 noeuds !

Je me rends compte de ma stupidité et me jure que, même sur un itinéraire connu, je consulterai désormais la carte avant de partir !

Retour au bercail

Il est temps de rentrer. Nous sommes encore à deux jours de notre port d’attache, mais des avis de ”grand frais à coup de vent” sont annoncés avec, pour nous, le vent en pleine face. Je calcule qu’en partant tôt le matin, il ne devrait pas y avoir de problème et, en effet, il n’y en aura pas. La veille du départ, nous sommes toujours à Saint-Tropez et voyons des yachts de luxe amarrés à couple. Ce n’est vraiment pas courant et en plus, cela bloque tout le port. Nous aurons l'explication à la capitainerie : tous ces monstres projetaient de se rendre en Corse, mais vu les conditions météo, ils n’osent pas partir. Quand on voit la taille des engins, ça laisse vraiment songeur !

Nous sommes donc dans les rares à quitter le port aux aurores. Le coup de vent n’arrivera que dans l’après-midi. Nous serons déjà à l’abri et heureusement, le vent sera en effet très violent ce jour là.

L’affront

La météo s’est bien calmée. Nous parcourons tranquillement nos derniers miles au vent arrière avec la seule grande voile. Nous ne sommes pas pressés. Soudain, un voilier “Surprise” (j’adore ces bateaux) nous dépasse outrageusement ! Nous mettons du temps à réaliser l’affront, puis ouvrons le génois et réglons la voilure. “Maybe” fait un bond, il est dans sa bonne allure. Je pense que nous reprenons des mètres, mais le goujat vire harmonieusement de bord et repart au près. Là, nous n’avons plus aucune chance et de toute façon, nous sommes devant notre port d’arrivée.

“Maybe”, croiseur tu es, croiseur tu resteras... ou presque !

Sur la route

Nous sommes sur l’A7. Je ne peux chasser l’image de ce “Biloup” couché sur la chaussée que j’avais vu en photo et dont l’accident s’était produit sur ce même axe. Le chauffeur était expérimenté et c’est peut-être ça l’erreur. Je remarque qu’avec la routine, on ne fait plus attention à tout. Dans les “faux plats” en descente, le convoi peut accélérer doucement sans qu’on s’en rende vraiment compte. Si la remorque part en cavitation, le voyage peut se terminer brusquement.

Ce jour-là, je serai vigilant et nous arriverons entiers à la maison.

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Un Kerkena revu et corrigé, cela donne une drôle d’allure !

Le bilan

Pour nous, pas de doute, le Kerkena a passé son examen final avec succès. Faut-il le rappeler, nous n’avions aucun retour sur la façon dont ce bateau naviguait, puisque nous sommes les premiers à l’avoir sérieusement essayé ! Moyennant les quelques transformations décrites plus haut, nous devrions avoir un voilier qui correspond à nos exigences et qui pourra, dès l’année prochaine, être équipé en “plus de 6 miles des côtes”.

Nous ne savons pas comment évolueront les Kerkena de série, mais le nôtre risque de connaître de belles aventures, c’est pour cela que nous l’avons acheté.

De Roger Baudet, août 2008

mercredi 06 mai 2009

La genèse de Maybe - deuxième partie


À la suite de nos premiers essais, “Maybe” passe son “expertise” (contrôle technique helvétique). C’est la fin du long labyrinthe administratif qui permet au voilier de recevoir son certificat de navigation. Parallèlement, “Lets Go” fait la connaissance de son nouveau propriétaire qui va le ramener en France. Cette fois, la page est officiellement tournée.

Finitions

Derrière ce mot à l’apparence anodine, se cache en fait une multitude de choses à faire, de trous à percer, de vis et d’écrous à serrer, de mastic à mastiquer et j’en passe... Mais c’est aussi par les finitions qu’un simple bateau se transforme en bon voilier. Alors, pourquoi faudrait-il s’en priver !

Le mât qui monte et qui descend

Décidément, cela ne le fait pas. Malgré la chèvre et son palan, en cas de vent violent ou d’aire de gréement pentue, le mât risque de basculer latéralement.

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C’est sur Internet (une fois de plus !) que je trouve la solution miracle : les haubans provisoires ! Il s’agit en fait de frapper deux filins sur le mât à 1m50 du pied de celui-ci. Les filins passent ensuite par les poulies des rails d’écoutes du génois, puis finissent leur course sur les taquets coinceurs des écoutes du dit génois.

Le tout doit former un triangle isocèle dans le plan exact de l’axe de rotation du mât. Sur “Maybe”, cela ne pose pas de problème. Petit essai dans un sens, puis dans l’autre ; à deux, puis à un équipier. Le pieu ne dévie plus d’un centimètre. Pas de doute, ça fonctionne. Problème réglé !

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Panneau solaire

Vous l’avez lu : c’est cher, peu efficace et pas trop écologique quoiqu’on en dise. Pourtant, je finis par craquer. Plus par curiosité que par conviction scientifique il faut bien le dire. Mais j’en ai trouvé un à bon prix et on m’affirme que les méthodes de fabrication ont changé et sont moins gourmandes en énergie. Alors... Je choisis une dalle de 45x45 cm produisant 24 Watts théoriques, ce qui devrait me faire du 10 à 15 Watts en condition réelle. Le régulateur trouve sa place dans le coffre arrière de la cabine. Le panneau est posé sur un support provisoire en alu. Ce dernier se révèle tellement simple et pratique que le provisoire risque de durer quelque temps !

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C’est par un dimanche où le soleil brille sans conviction que j‘enclenche l’installation. Le Voltmètre fait un saut en avant, ce qui veut dire que le système est monté comme il faut, c’est déjà ça !

Par curiosité, je coupe la batterie. Les instruments du bord (GPS,VHF, loch et sondeur) ne se sont aperçus de rien et continuent à donner leurs informations. Pour la première fois, “Maybe” fonctionne au solaire !

Je teste tous les appareils du bord, ce qui me donne un aperçu de la production énergétique : entre huit et dix Watt. Par ciel moyen sur une journée, le panneau va donc produire une dizaine d’ampères. Je commence à aimer mon gadget, car avec le feu de mât LED que je viens en plus d’acquérir, nous nous éloignons sérieusement des prises de quai.

Un problème de poids

Par une belle journée de printemps, nous allons gambader, “Maybe” et moi, dans la campagne vaudoise, plus précisément dans le petit bourg d’Echallens. Cet endroit ne présenterait guère d’intérêt à mes yeux s’il n’était équipé d’un “poids public”, ou si vous préférez, d’une bascule communale, bref, d’un truc pour peser le machin !

But de l’exercice : connaître le poids réel du bateau, ceci pour éviter de partir dans un fossé pour cause de mauvais calcul de charge.

L’engin est précis et peut peser un quarante tonnes à deux kilos près ! Le préposé est fier de sa bascule, qui sert entre autre à confondre les camions en surcharge pincés par la police du coin.

Pour la remorque seule, pesée lors du contrôle technique, c’est sans surprise : 350 kg nets, comme sur la fiche constructeur. Pour le bateau et la remorque ensemble, c’est plus lourd : 1440 kg. Trop chargé ! Il faudra donc rouler complètement lège pour retrouver mes 1200 kg (350 kg + 850 kg) réglementaires.

C’est le pèse-personne gracieusement offert par mon voisin qui m’aidera à détailler les kilos coupables : · Une ancre principale 6kg avec chaîne et filin : 16 kg · Une ancre secondaire 6 kg avec chaîne et filin : 11kg · Une bôme avec voile : 11 kg · Un gouvernail : 19 kg · Un moteur 4 CV 4 temps : 28 kg · Une annexe gonflable avec pompe et pagaies : 14 kg · Un réservoir d’essence plein : 13 kg · Deux cirés et pantalons avec harnais : 7 kg · Divers outils et accessoires de cuisine : 15 kg · La pieuvre jouet en latex de mon cocker (cocker compris) : 15 kg

Bref, quand on remet tout ce bazar dans le bateau et qu’on y ajoute le lest liquide, l’équipage et quelques menues bricoles, on trouve un déplacement réel en mer de près de 1500 kg !

Quant au poids sur la flèche de la remorque : 87 kg contre 80 désirés. Mais là, je laisse tomber, car je pressens un certain optimisme de mon pèse-personne et la différence ne me paraît pas exorbitante pour ma sécurité.

Météo 1, “Maybe” 0 !

Cela fait presque un an que nous sommes allés chercher notre jouet à la Rochelle. Les travaux d‘aménagement sont terminés, nous pouvons effectuer notre première croisière. Le bateau est accroché à son véhicule tracteur. Objectif : 10 jours en Méditerranée. Pourtant, je ne tournerai pas la clé de contact de mon fourgon. Les routes se sont subitement recouvertes de neige. La tempête fait rage sur les côtes. Nous attendons quelques jours, rien n’y fait ! C’est aussi cela, la voile !

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Première croisière

Je vous l’accorde, le mot est ici un peu galvaudé, car en fait de croisière, nous ne partons qu’un petit week-end sur le Léman avec, il est vrai, une première nuit passée à bord. Ça compte tout de même un petit peu, non ?

Nous mettons le bateau à l’eau avec comme but de nous retrouver tout là-bas en face, en France. La traversée (6.5 Milles) ne surchargera pas les nobles récits des grandes croisières épiques et se résumera en trois mots : pétole, moteur, pilote !

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Nous arrivons à Evian par “marée basse”. Ne riez pas, ce n’est pas un canular : chaque année, le niveau du lac est abaissé artificiellement de 60cm (80 cm les années bissextiles), afin de permettre le nettoyage des berges. Nous sommes en plein dans cette période (et en année bissextile), c'est-à-dire en avril/mai.

Le ponton paraît donc bien haut, mais nos “bouées carrées” nous protègent efficacement du mur en béton.

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Nos amarres sont enfin de bonnes dimensions. Sur le Go, nous avions des 5 et 10m, c’était souvent un peu juste. Sur le bateau d’un ami, les 20m s’entortillaient dans les pieds.

“Maybe” possède une paire de 15m, une autre de 7.5m, et deux petites de 3.75m pour les amarrages courts. Ça a l’air de fonctionner.

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Nous installons la table de cockpit. La première fois que je l’avais vue, je pensais directement la classer comme “objet parfaitement inutile et malvenu à bord”. Ca faisait vraiment “marin de ponton”, beurk ! En fait, elle s’avérera tellement facile à installer, peu encombrante, stable et solide, que nous finirons par l’adopter et tant pis pour l’image de marque !

Très vite, nous repérerons une grave erreur de conception dans le coffre à WC. J’ai oublié qu’il fallait tirer une poignée pour ouvrir une trappe rendant l’objet opérationnel. Or, la poignée est coincée dans le coffre ! il faudra donc ajouter une petite trappe au meuble. Installateur sanitaire, cela ne s’improvise pas !

La nuit tombant, le réverbère sous lequel est amarré le voilier se révèle être d’une puissance redoutable et illumine la cabine. Il faudra mieux obstruer cette dernière si on veut dormir !

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Le lendemain, il y a un peu de vent. Le bateau est facile à gérer et avance, malgré la faible brise. Le gréement et la voilure donnent une impression de solidité. Seule faute de goût : un halebas très “chip” qui conviendrait à peine pour un Optimist. Celui-là, il va se faire virer dans pas longtemps !

Autre raté, mais plus grave : le panneau de descente ne tient à rien et, par mer formée, peut à tout moment passer par-dessus bord. À revoir sérieusement.

Deuxième croisière

Là, c’est plus consistant : trois jours et trois nuits sur l’eau, presque une expédition ! La mise en service est un sans-faute, nous commençons à maîtriser le sujet. Cap à l’est, direction le “Vieux-Rhône”, la région la plus sauvage du lac.

Le trajet (12,6 Milles) se fait entièrement en PMP (Pétole-Moteur-Pilote), mais le paysage est superbe. Nous sommes toujours à “marée basse”, ce qui nous vaut une légère poussée d’adrénaline dans le canal d’accès menant au port.

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Celui-ci cale ce jour là à 1m40. C’est la limite de notre tirant d’eau ! Nos yeux se scotchent sur le sondeur qui pousse par deux fois le vice à inscrire 1m30, mais on passe.

Dans ce paysage verdoyant et plein d’oiseaux, nous goûtons au bon confort de notre voilier. Une couchette double de 140 de large sur un transportable, ce n’est pas courant ! Nous adoptons également un ingénieux système de filet pour les fruits et légumes, trouvé par mon épouse. Ça à l’air d’un détail, mais naviguez quelques jours et vous comprendrez l’intérêt de la chose !

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Une belle promenade nocturne avec notre cocker et, le lendemain, le pont de “Maybe” est noir de terre. Merci toutou !

En ce deuxième jour, le vent souffle bien en face et nous tentons de belles allures de prés. Résultat : 100 degrés d’un bord sur l’autre, la trace du GPS faisant foi. Ce n’est pas très brillant, mais en fait, pas pire que sur la plupart des bateaux sur lesquels j’ai navigué. En plus, le vent étant faible, nous devons prendre un peu d’angle pour gonfler les voiles.

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Après quelques heures, Eole, fatigué, se fait la malle et nous retrouvons notre allure PMP (voir plus haut !). Après 23 Milles parcourus, nous entrons dans le port de Thonon, son funiculaire et ses installations portuaires plus que correctes.

Un petit nettoyage du bateau (merci toutou), et nous reprenons au matin le large sous un vent sympa. Le bateau se sent bien, mais se fait dépasser sans scrupule par un régatier généreux en voilure. “Maybe”, croiseur tu es, croiseur tu resteras !

Le vent faiblit, mais nous conservons deux noeuds alors qu’il n’y a plus une ride sur l’eau. Il glisse bien, ce bateau !

Nous avons rendez-vous avec mon frère qui nous rejoint sur son canot à moteur. Le but est de réaliser quelques photos de “Maybe” sous voiles. Eole se fait prier et nous réussissons à peine à donner une forme à la toile. Au moment de monter le spi, le dernier souffle rend grâce. Constatation : un spi sans vent, ce n’est pas efficace pour avancer !

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Nous nous consolons en allant manger des gâteaux à Saint-Prex. Le retour au point de départ se fait à l’allure PMP (non, je ne traduis plus !).

Nous passons une dernière nuit sur l’eau et tirons nos premières conclusions : le bateau est paré pour une longue croisière. Notre seule inconnue est son comportement par gros temps. Pour cela, il faudra patienter et attendre le Mistral de nos prochaines vacances d’été.

Pour le reste, pas de problème. La vie à bord est très agréable, ”Maybe” est ergonomique et semble solide. Le moteur joue bien son rôle : 5 noeuds de vitesse de croisière pour une consommation précise de 1.23 litre à l’heure, soit 0.03 litres de plus qu’avec le Go à la même allure, c’est correct !

Le “réservoir-lest”, quant à lui, a été testé avec 30 litres d’eau lors de la seconde croisière. Les vents et le clapot étant trop faibles pour juger de la partie “lest”, nous nous sommes concentrés sur l’aspect “réservoir”.

Nous avons constaté qu’un jerrican de 10 litres restait indispensable à bord. Il n’y a pas toujours un robinet d’eau près du bateau, et je ne me vois pas transporter 20 m de tuyau d’eau plus ses embouts pour remplir le réservoir à chaque port.

De plus, même si nous avons un peu utilisé le petit évier du bord pour, par exemple, nous laver les dents, une grande partie de la consommation d’eau, pour la cuisine ou la vaisselle, s’est faite dans le cockpit, d’où l’utilité du jerrican.

Le Bilan

Il est pour l’instant incomplet, puisque ce n’est que par gros temps qu’on peut savoir si un bateau est réellement marin ou non. Or du gros temps “Maybe” n’en a encore jamais vu la couleur !

Mais en l’état, nous pouvons tout de même aboutir à certaines conclusions :

Familles avec enfants en bas âge, oubliez ! Un cockpit ouvert à l’arrière c’est la garantie d’une croisière stressante et ratée de peur de voir sa progéniture partir dans l’écume ! Par contre, avec des enfants plus âgés, pourquoi pas, il y a de la place ! Amateurs de dayboats, passez votre chemin. Trimbaler pareille cabine pour ne pas y mettre les pieds dedans, inutile ! Fanatiques de régates et de réglages fins, achetez un Go 550 (ou autre chose). Le Kerkena, ça fait vraiment pantouflard à côté. Mais qu’on ne s’y trompe pas, un bateau comme “Maybe”, qui avance déjà par tous petits airs et qui accélère plutôt qu’il ne penche lors de brusques sauts de vents, ne peut être complètement mauvais ! 6 Mètres, c’est bien assez ! Un bateau comme le Kerkena est à mon avis à l’extrême limite de ce qu’on peut appeler : “un vrai transportable”. Au-delà, il faut mettre d’autres moyens en oeuvre, comme envisager la grue et acheter un 4x4. Il nous faut 1h30 voire 2h pour bien mâter et préparer le bateau. Pour les amateurs de sorties à la journée, c’est trop long. Par contre, en mer, nous restons limités par la petite taille. Si je pouvais gagner 1m50 et le double de poids, ça m’ouvrirait la Corse depuis la Côte d’Azur ou l’Angleterre depuis un port français. Mais on ne peut pas tout avoir !



Nous avons donc décidé, avec mon épouse, d’en rester à nos 6m (5.85 m pour être précis) et, lorsque l’envie du grand large nous prendra, nous partirons avec des copains sur un vrai hauturier (c’est ce que nous avons fait l’été dernier) !

Note concernant les photos : vous y voyez le Kerkena “prototype” qui a été en plus transformé. Ne faites donc pas de procès à Indigo Yacht si celui qu’ils vous présentent est légèrement différent !

De Roger Baudet, mai 2008(Photos : Maurice et Roger Baudet)

dimanche 19 avril 2009

Le voilier transportable, pour qui et pourquoi ?

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Ceci est un voilier transportable !

Un voilier transportable de croisière, c'est quoi ?

Simple :

Si ça se tire avec votre véhicule habituel, si ça se met à l'eau depuis une cale, si ça se mâte avec la seule force d'une (ou deux) personne (s), si on peut dormir dedans... c'est un voilier transportable de croisière !

Mais,

si ça se tire avec un 4x4 uniquement, si ça a besoin d'une grue pour la mise à l'eau et le mâtage, si vous devez posséder un permis spécial pour tire tout le bazar, c'est un voilier déplaçable !

Donc,

si cela mesure jusqu'à 5m50 compris, vous êtes dans la catégorie 1. Si c'est plus gros et plus long, vous êtes dans la catégorie 2.

Néanmois,

il existe encore une petite niche de bateaux se situant entre 5m50 et 6m20, qui sont un peu des deux, donc qui peuvent encore être manipulés comme un "petit" moyennant quelques astuces techniques et un bon entraînement. C'est le cas de "Maybe".

Un voilier transportable de croisière, pour qui ?

Vous avez une famille nombreus ? oubliez ! Vous êtes sujet aux rhumatismes ? oubliez également ! Vous êtes amoureux du confort de votre salle de bain ? n'y pensez même pas !

Mais,

Si vous supportez d'être secoué du matin au soir, d'être mouillé plus souvent qu'à votre tour, de vous cogner partout quand vous vous changez dans la cabine,

vous pouvez continuer à lire cette rubrique !

Un voilier transportable de croisière, pour aller où ?

La Corse ? désolé, trop loin ! L'Angleterre ? là, franchement, vous rêvez ! Le port d'à côté ? éventuellement, si le temps le permet ! En fait, vous avez le droit de vous éloigner au plus de 6 Milles d'un abris. Au delà, c'est (sauf exception), radeau de survie obligatoire et plein d'autres tracasseries !

De toute façon...

Tous ces petits bateaux sont en catégorie "C". Soit : pouvant supporter des vents jusqu'à force 6 compris et des creux de 2m.

Dans le concret, si vous êtes bon navigateur sur un voilier bien équipé, un force 7 ne vous fera pas peur et vous ne risquerez pas votre vie. Mais beaucoup de propriétaire arrêtent dès que ça dépasse force 4. Car soyons franc, après, ce n'est plus très confortable !

Et tout cela va coûter combien ?

Beaucoup plus cher que vous ne le pensez ! Mais vous trouverez quelques chiffres dans "La genèse de Maybe".

La genèse de Maybe, proto du Kerkena 6.1



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“Maybe” et “Lets Go” côte à côte : le tout-terrain et le sportif

Pré-histoire !

Impossible de présenter “Maybe” sans parler de “Lets Go”. “Lets Go”, c’est mon premier voilier transportable. Je l’ai découvert un beau jour d’automne, en feuilletant un magazine de voile. Il n’était nullement programmé l’achat d’un bateau dans notre famille, puisque nous possédions un pneumatique récent qui nous convenait très bien. Pourtant, deux mois plus tard, ce Go 5.50, renaissance du Neptune 5.50, sera dans notre jardin et le “pneu” se verra attribuer une nouvelle carrière dans un club... de voile !

“Lets Go” étant un pur régatier, nous mettrons trois mois pour en faire un croiseur digne de ce nom, tout en conservant ses qualités de vitesse. Ce voilier est, aujourd’hui, une vraie réussite. Il est beau, rapide, confortable et très fiable.

Pourtant, nous allons nous en séparer ! La cause ? Un cahier des charges qui va très vite évoluer. Nous pensions mettre assez régulièrement notre transportable à l’eau pour de petites croisières, sur un week-end ou un peu plus. Nous le mâterons, en fait, cinq fois pas an, mais pour des escapades beaucoup plus longues et sur des distances plus conséquentes.

Résultat, “Lets Go” se trouvera être un peu trop petit et un peu trop “sportif” pour des excursions de plus d’une semaine.

Le déclic

Pendant que nous faisons cette constatation, le chantier “Indigo Yacht” (le constructeur de Let's Go) nous envoie un mail annonçant la sortie d’un nouveau transportable entièrement pensé croisière : Le Kerkena 6.1. Il s’agit d’un dessin de l’architecte Martin Defline, qui est reparti d’un premier projet, le Tonga 6 et qui l’a légèrement modifié. Le prototype du Kerkena est à vendre... Petit tour vers la concurrence, réflexion et étude attentives. Acheter ce bateau est un risque, car contrairement au Go 5.50 où nous pouvions nous appuyer sur l’expérience du Neptune, là, nous n’avons aucune garantie que ce voilier sera performant. Nous prenons pourtant le risque.

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Le Kerkena, tel que présenté par Indigo Yacht

Pourquoi celui-là et pas un autre ?

Le marché du transportable offre aujourd’hui passablement de solutions intéressantes. Notre prototype a comme défaut d’avoir une finition un peu aléatoire. Mais le prix est attractif et, de toute façon, je dois sortir la caisse à outils pour certaines transformations. Ce qui emporte surtout la décision est le dessin général du bateau : une bonne surface de toile sur un gréement solide, un design élégant, une cabine très spacieuse grâce, notamment, à ses couchettes placées sous le cockpit. Ajoutons à cela un équipement de base qui n’est pas à dédaigner.

Premier contact (routier !)

Pendant les vacances de Pâques, nous prenons livraison de notre vaisseau à La Rochelle. 900 kilomètres de routes en tous genres nous attendent pour ramener notre chargement à la maison. C’est le premier vrai contact que nous avons avec celui qui s’appellera dès à présent “Maybe”. Ce voyage par voie terrestre est important, car un transportable parcourt souvent plus le bitume que les flots bleu azur. J’avais une inquiétude : le chargement est à la limite de ce que mon véhicule est autorisé à tirer, soit 1200 kilos. Pourtant, tout se passera bien et même la petite pente à 20% qui nous autorise l’accès à notre “chez-nous” est franchie sans problème. L’attelage est plus stable que celui du Go 5.50. Peut-être est-ce dû à une remorque légèrement surdimensionnée et qui semble tenir particulièrement bien la route.

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Le mât et son support

Où il est question d’un support

“Maybe” repose maintenant dans notre jardin. Première tâche : fabriquer un support de mât pour le transport. Il est tout de même bizarre que la majorité des constructeurs n’aient toujours pas compris qu’il faut un support de mât lorsqu’on transporte un bateau. J’aurai à cette question une drôle de réponse : la plupart des gens qui achètent des transportables ne les... transportent pas !

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La pièce permettant de surélever le mât

Je me lance donc dans cette tâche et fabrique un gabarit “deux positions”. Mon poteau sera bien horizontal et placé assez bas pendant les parcours routiers, mais sera légèrement surélevé par l’arrière (grâce à une pièce supplémentaire) lorsqu’il faudra le dresser.

Un mât qui ne veut pas grimper

Nous allons vite découvrir que notre nouveau jouet n’est décidément pas un “classe micro”, dont “Lets Go” était un digne représentant. En voulant mâter l’engin, notre poteau tombe par deux fois lourdement sur l’herbette. Notre technique (l’un pousse, l’autre tire), qui fonctionnait si bien sur notre précédent coursier, est ici à revoir. Lectures instructives sur Internet et décision : nous devons équiper l’embarcation d’une chèvre. Rien à voir avec une sympathique biquette. Ici, la chèvre dénomme deux montants en alu (ou en inox) munis à chaque bout d’un crochet de tangon. l’un se fixe sur le pont, l’autre rejoint celui de l’autre montant. Le tout sert de bras de levier qui, à l’aide d’un palan, permet au mât de monter sans difficulté.

Départ vers un chantier pour fabriquer l’accessoire et pour réparer le pied de mât qui n’a pas apprécié notre incompétence…

Quelque temps après, nouvel essai. Ça marche, mais le mât a tendance à partir de travers. Nous fixons alors l’enrouleur sur la chèvre. L’ équipier qui le tenait peut maintenant s’occuper de la bonne droiture du mât.

Ça va, mais ça n’est pas encore ça. Sur Internet, on voit des images avec Monsieur tirant sur le palan et Madame (ou le petit dernier) tenant le mât. Je réaliserai vite qu’il n’y a pas besoin de beaucoup de force pour tirer sur le palan, mais pour tenir le mât, si !

Nous inversons les rôles avec mon épouse, et tout rentre dans l’ordre. Peut-être ajouterai-je bientôt deux équerres en alu empêchant le pied de mât de glisser latéralement, ce qu’il peut encore faire si son inclinaison sur le côté est trop grande.

Nous pouvons maintenant nous attaquer à la suite...

Pourquoi des transformations sur un bateau neuf ?

Cette question me sera posée par une amie perspicace. Elle n’a pas tort. Le Kerkena est un voilier de croisière et c’est ce que nous allons effectuer, alors ? Alors, il y a de grandes différences entre une escapade de week-end et un voyage côtier de plus d’une semaine. La plupart des gens sortent à la journée ou dorment au plus une nuit ou deux dans leur bateau. Inutile pour cela d’un équipement sophistiqué qui ferait dangereusement grimper le prix du bateau.

Le Kerkena est peut-être adéquat pour le premier programme, mais pas pour le second !


Le bateau avant transformation...

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et pendant !

Aménagement intérieur

Le bateau est équipé de plusieurs rangements d’origine, dont deux armoires latérales surmontées de petits équipets et d’un grand coffre à l’arrière. Cependant, les armoires et le coffre donnent directement contre la coque, ce qui garantit que tout ce qu’on y mettra sera mouillé par la condensation ou par l’eau qui ne manquera pas de s’infiltrer. Solution : fabriquer un plancher qui isolera du fond et donnera une assise droite permettant de mieux poser les affaires.

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Le coffre du fond n’est accessible que par deux petites ouvertures ne laissant pas passer un sac de voyage. Il servira à stocker bottes, cirés, matériel de pêche et autres objets divers

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Visite du coffre arrière équipé de son plancher Au fond, le tuyau de la douchette et la batterie

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Vue d'un des coffres
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La cabine vue depuis l'avant

Les habits de rechange resteront dans leur sac réduit sur la couchette avant. Le reste des six coffres logent sous les coussins. Seuls deux sont isolés par un contre moulage.

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Le côté cambuse

Nous devons trouver une solution pour nos casseroles, notre vaisselle et tout le petit équipement technique. Nous aménageons sur les deux côtés de grands coffres surmontés de deux rangées d’équipets. A bâbord, les casseroles et la glacière iront dans le coffre, la vaisselle au dessus.

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Le coin technique

Sur tribord, le coffre cachera les WC chimiques et les équipets accueilleront jumelles, manivelle de winch, etc…

Le réchaud est viré de son embase d’origine. Nous ne cuisinons que dans le cockpit (souvent protégé par une tente ou un taud). Il est remplacé par une table à cartes. À ce titre, il faudra un jour qu’on m’explique comment frire quelque chose sans graisser tous les coussins ! D’où la cuisson exportée vers l’extérieur.



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Pour les cartes, je fabrique un aménagement en plexiglas fixé contre la paroi tribord. La table de cockpit est redessinée et la nouvelle est plus arrondie, plus petite et permet une meilleure circulation des personnes.

Avec quelques éléments de plus (support pour les verres, crochets pour les clés, fourre-tout supplémentaire, miroir, rideaux et dossiers) “Maybe” devient tout à fait habitable.

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Électricité et navigation

Le Kerkena n’est pas dépourvu de matériel. On y trouve une batterie 60 A/h qui peut se charger via prise de quai et convertisseur 220-12V. Le tableau électrique gère les feux de navigation, la lampe de cabine, la pompe à eau et le lecteur de CD. Pas mal, mais, une fois encore, bizarre et insuffisant ! Il y a des feux de navigations, certes, mais pas de feu de mouillage ! Cela vous interdit la nuit dans une petite baie sympa et ne vous permet pas la navigation nocturne sur un lac comme le Léman. Sur cette étendue d’eau, les voiliers circulent avec un feu blanc en tête de mât !

D’autre part, le compas d’origine (placé au pied de la descente) n’est pas éclairé. En fait, il y a bien une ampoule dedans, mais elle n’est pas reliée !

Je place un second tableau électrique et tire mes lignes. Le compas s’éclaire, notre cher pilote “Victor” (un Simrad TP10) reçoit de quoi s’alimenter. L’alternateur du moteur va pouvoir charger la batterie,le GPS et la VHF donner leurs informations, la glacière garder le rosé au frais, la pompe de cale fonctionner “au cas où” et la partie arrière s’illuminer grâce à une lampe complémentaire.

Le chantier Indigo me pose sur demande un loch/sondeur Tacktick Micronet. C’est très mauvais pour le porte-monnaie, mais ces appareils sont particulièrement fiables.

Le bateau sera également équipé d’une batterie de secours, mais je n’ai pas encore choisi mon système. “Lets Go” avait une petite batterie sèche de 3.5 A/h. C’est une solution, mais d’autres s’achètent ces fameux “Power Center” qu l’on trouve dans les rayons “bricolage autos”. Pas mal non plus et ça peut servir pour autre chose.

Et les nouvelles technologies ?

C’est encore le grand débat. La LED comme feu de mouillage ? j’en suis convaincu pour en avoir vu, ça marche ! En cabine, la LED, bof ! En navigation, les feux à LED, très cher ! Les panneaux solaires ? Chers, pas si “écolos” que ça, volumineux, mais ceux qui en possèdent ne jurent que par eux ! Demain, peut-être... Le truc que j’avais adoré sur “Lets Go”, c’est l’aérateur solaire. Quand il y a du soleil, le ventilateur tourne. C’est très au point. J’envisage un système similaire pour “Maybe, mais avec un ventilateur et un panneau un peu plus grand. À suivre...

L’eau à bord

Pas celle qui entre sans y être invitée, mais celle qui sert à la survie ! Coup de génie des concepteurs, l’eau est sous pression (mais si !) et puise sa source dans un réservoir de 100 litres placé à l’avant et qui sert également de lest liquide. La pompe alimente un petit évier intérieur et une douchette extérieure.

Pour avoir trimballé mes réservoirs de 10 litres, sur le Go, chaque fois que je voulais rincer une feuille de salade ou me brosser les dents, j’apprécie. Quant à la douchette, elle est idéale pour rincer les pattes de mon cocker après la promenade !

Seule transformation : diriger les eaux usées vers un récipient à eaux grises (norme helvétique oblige) et brancher la pompe de cale à la place sur le trou de sortie.

Sécurité et mouillages

Le Kerkena possède des filières, mais ce qui va faire fuir tous les parents responsables, c’est que le cockpit donne directement sur la mer, sans aucune retenue. Il n’est pourtant pas difficile de poser des lanières de sécurité, nous en fixerons deux l’une sur l’autre. Cela atténue tout de même le risque de baignade non planifiée ! Il est précisé dans le livre du propriétaire “qu’il convient de poser une ligne de vie pour la sécurité”. Exact, mais pourquoi ne pas la proposer d’office ? J’ai pu m’en rendre compte sur “Lets Go” : sur un petit bateau, l’équipage est vite très vulnérable. J’équipe “Maybe” d’une ligne de vie. Je dois encore poser deux crochets en pied de descente pour fixer les harnais “au cas où”. Testé sur un autre voilier, ce système a fait ses preuves et permet de descendre à la table à carte sans se détacher. Excellent également pour la sécurité de notre toutou qui possède son propre harnais ! Pour le reste, nous posons, comme sur le Go, un filet de protection sur les filières. Ça fait “baroudeur” et ça empêche un nombre considérable d’objets de passer par-dessus bord !

Le bateau n’a rien pour protéger sa coque contre les pontons agressifs. Nous pensons d’abord fixer une bande de protection autour de la coque. Pas terrible pour l’esthétique. Nous trouvons alors LA solution en posant six pares-battage en tout qui sont d’un bleu du plus bel effet et qui, surtout, sont en forme d’anneaux carrés. La protection est excellente et il suffit, en navigation, de les ramener à l’intérieur.

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Le Kerkena possède une superbe baille à mouillage complémentée par un davier. La classe ! Cela permet de poser une bonne ancre (pour moi, une Delta 6 kg avec 10m de chaîne de 7 et 30m de câblot élastique).

Il reste encore de la place pour mes deux pares-battage traditionnels et on pourrait encore y ajouter du matériel. La deuxième ancre est une plate de 6 kg (6m de chaîne de 8 et 20 m de câblot). Elle est planquée dans un coffre au fond du bateau et sert avant tout... de lest !

Première sortie... au moteur !

Ce n’était pas vraiment voulu. Mais ce dimanche, il fait beau et comme nous ne pouvons pas encore dresser le mât car il manque une pièce à l’enrouleur, nous décidons un test au moteur, notre poteau fixé à l’horizontale sur son support. Mouillera, mouillera pas ! C’est le sujet de débats fleuves chez les amateurs de transportables. Jusqu’ici, nous n’avons jamais mouillé nos roues de remorque. Cela a été souvent très sportif et parfois limite. Avec “Maybe”, nous abandonnons et plouf, ma remorque plonge sans se faire prier dans l’eau douce.

Le bateau sort tout seul, en douceur. Au retour, même solution et “Maybe” reprend sagement sa position sur la remorque. Comme c’est simple ! Peut-être, mais en mer ? Nous visons deux solutions : soit, on plonge, mais avec exercice de rinçage-séchage-graissage à la sortie, soit on grute et tant pis pour le porte-monnaie. C’est toujours moins cher qu’une avarie causée par une fausse manoeuvre.

Le bateau flotte, c’est bon signe. Tout l’équipement électrique fonctionne. Juste le sondeur qui me donne des chiffres fantaisistes quand je comprends qu’il est réglé en “pieds” et non “en mètres”. Correction vite effectuée !

Au fait, inutile d’équiper le Kerkena d’une salle de musculation, c’est déjà fait ! La dérive sabre de 150kg (seul lest du voilier) à hisser avec un palan à 6 brins se chargera de la stabilité du navire et de votre bonne forme physique !

Mais mon souci, c’est le moteur. C’est le 4,5 cv Honda 4 temps de “Lets Go” (en fait le 5cv européen revu aux normes suisses !). "Victor” prend la barre et je contemple le GPS : 5,5 noeuds en vitesse maximale et 5 noeuds aux 2/3 de la manette (par eau calme), C’était, avec un déficit de 0.2 noeud et encore, le score obtenu sur mon ex-micro. On me l’avait dit, mais j’étais septique : inutile d’avoir une forte puissance sur un petit transportable. Ce moteur a poussé sans encombre “Lets Go”, même par mer très hachée. Il saura certainement faire de même ici.

Deuxième sortie... à la voile !

Un dernier dimanche de beau avant l’hiver. Cette fois, le mât est bien droit (en fait, à peu près, car je l’ai réglé à la va-vite). L’heure est grave (veuillez lire la suite de ce paragraphe en écoutant une musique solennelle, svp !). Nous allons savoir si nous nous sommes “plantés” dans notre choix ou si ce voilier a de bonnes performances.




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Sitôt sortis du port, nous hissons la toile. L’enrouleur débite sans se faire prier le génois, la grand-voile monte fièrement. C’est un jeu d’enfant, plus facile que sur le Go car ici, les galets glissent facilement dans la gorge du mât, là où le cordeau de la voile du micro se coinçait parfois légèrement.

Nous partons au près et après réglage, je lâche la barre. Ça va tout droit, ouf ! Le voilier est quand même très légèrement ardent. Rien de grave, car j‘ai volontairement mis le mât un peu trop en arrière. En le redressant, tout rentrera dans l’ordre.

Inspection de la vitesse : Le vent est un petit force 3 et le GPS annonce 4 à 5 noeuds. Mais c’est bien, ça ! “Lets Go” irait-il plus vite ? Nous ne pouvons malheureusement pas vérifier.

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Départ au portant et hissage du spi asymétrique. Mes connaissances de cette voile ne sont que théoriques et c’est la première fois que je hisse cette toile. Pas de problème. La secousse marquant une brusque accélération du bateau m’assure que le spi ne fait pas de la figuration. La barre reste douce, ce bateau navigue bien.

C’est le coeur léger que nous rentrons au port (vous pouvez arrêter l’écoute de la musique solennelle !). Le génois s’enroule sur son support, la grand-voile, guidée par son lazy-bag, rente dans son fourreau. Nous ne trouverons qu’un petit défaut. La bôme, voile ferlée , est tenue essentiellement par le lazzi bag. Nous allons ajouter une balancine pour permettre un réglage plus aisé.

Peut-on améliorer le gréement ?

Le Kerkena a une voilure de 21 m², comprenant un génois sur enrouleur et une grand-voile lattée avec deux prises de ris. Nous avons d’office ajouté un spi asymétrique. D’abord, c’est très joli, cela justifie un bout dehors du plus bel effet et ça fait avancer le bateau ! L’avantage, par rapport au spi symétrique (que nous avions sur le Go), c’est le tangon en moins qui, en croisière, n’est pas toujours agréable à manier. La solution du gennaker sur emmagasineur nous tentait également, mais mâter avec ce dernier plus l’enrouleur de génois n’était pas pour me motiver.

À l’avant, nous hésitons encore à poser un tourmentin sur étai largable. Cependant, le génois semble rester bien plat (donc, efficace) même à moitié enroulé. Nous devons d’abord faire un test par vent fort afin de déterminer si cette adjonction est réellement utile ou non.

L’écoute de grand-voile est sur simple pontet. Là, ça m’embête un peu et il est assez probable qu’un rail d’écoute soit posé prochainement.

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Conclusions provisoires

Certes, ce prototype était mal fini, certes il y a encore du travail et surtout, il faudra l’essayer en condition de croisière. Mais pour nous, ce voilier semble le bon. Il est réellement confortable, il avance et semble solide. Il reste dans un poids et un entretien raisonnable et a une belle ligne. Que demander de plus ?

Texte et photos de Roger Baudet, novembre 2007