Cette nouvelle croisière de près de quatre semaines nous entrainera dans un parcours de 197 Milles, nous arrêtant dans 8 ports et un mouillage. Nous pêcherons 5 maquereaux, qui tous serviront à nourrir l'équipage.

Les préparatifs

La croisière niçoise n'ayant pas provoqué de dégâts, la seule réparation nécessaire sera celle de la porte, fracturée par un squatter qui dormira une nuit dans le voilier, et partira avec nos jumelles et nos deux lampes frontales en souvenir ! Nous délimitons le terrain de jeu entre l'île de Bréhat et Granville. Cette zone est très riche en découvertes potentielles et la météo est plus calme que les secteurs plus au Nord (anglo-normandes), ou plus à l'Ouest (Pointe Bretagne). Granville (Normandie) est sélectionné comme point de départ. C'est le port le plus à l'Est, donc celui le plus facile à atteindre lors du retour, puisque la plupart du temps, le vent souffle dans cette direction. De plus, Granville possède une très bonne cale de mise à l'eau et un gardiennage à proximité peut accueillir notre véhicule et sa remorque.

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On commence à rêver...(Binic)

La documentation

Nous commettrons l'erreur d'acheter les guides et cartes sur place, au lieu de les commander par poste et à l'avance, comme nous le faisons habituellement. Il nous faudra donc courir dans quatre magasins et deux ports différents pour tout trouver ! Pourtant, nous ne sommes pas gourmands : quatre cartes du SHOM au 50:000 pour la région à couvrir, un Bloc Marine, deux guides côtiers, c'est tout ! Nous utiliserons cette année un peu plus notre logiciel Navionics sur l'iPad, car il se révélera parfois plus rapide que la carte papier pour repérer certaines cardinales. Mais cela restera cependant pour nous un accessoire secondaire. La météo sera surtout celle de Météo France, aidée du logiciel Wind Guru et de fichiers gribs sur Navionics. Pour les courants et marées, le Bloc Marine s'occupera des premiers, Navionics des seconds, mais supervisé par un annuaire papier (il y a parfois des fautes sur le logiciel électronique). Mon document préféré sera cependant celui concocté à partir des conseils et avis reçus via le site Hisse et Oh. Rien de tel qu'un plaisancier qui connait bien la région pour vous donner le petit détail qui fait la différence. Une fois encore, ces renseignements seront en bonne partie responsables de la réussite de cette croisière.

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Mieux vaut une bonne carte pour entrer la dedans !

C'est partit !

5h30 du matin, le convoi s'ébranle. Nous allons découvrir, tout au long du trajet routier, que la confection de ce qui s'appelle habituellement "café" peut parfois atteindre des limites insoupçonnées dans la médiocrité. Décidément, les relais routiers doivent faire un concours où celui qui arrive au pire touche le gros lot ! Néanmoins, nous arriverons entiers à notre destination. Merci à notre GPS de nous avoir fait passer par le centre de Granville, où les rues sont si étroites que la remorque passait parfois au millimètre, alors qu'il y avait moyen d'atteindre le port par une artère bien large et bien droite !

La cale est bien organisée. La mise à l'eau se fait sans problème et la pose du convoi au port à sec est également très rapide. J'en profite pour demander au responsable que son atelier me pose des galets neufs sur la remorque, ceux d'origine arrivant en fin de vie. Nous sommes donc, en fin de journée, sur un voilier prêt à vivre de nouvelles aventures. Il ne reste plus qu'à avitailler.


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Un conseil pour l'avitaillement, mangez local !

Tiens, ça existe encore, ce truc-là ?

Désolé, je n'ai pas pu m'en empêcher. C'est donc ce que j'ai dit quand les deux fonctionnaires sont montés à bord au petit matin, certainement attirés par mon nouveau pavillon rouge vif à croix blanche. Peut-être qu'avec le vieux torchon rose délavé, je serais passé inaperçu ? Le début du dialogue est assez "service-service", mais très vit cela tourne à la conversation de bistrot. Dommage, il était juste trop tôt pour servir le petit rosé. Ils en ont marre, mes douaniers, comme toute la population locale, d'ailleurs. Cela fait un mois que le temps est exécrable dans la région et il paraît que dans ces conditions et avec mer formée, une vedette de la douane, ce n'est pas très confortable.

En route pour Chausey

Mais pour nous, c'est l'été qui arrive. Le ciel se dégage et il ne fait pas froid. Quand on regarde Chausey sur une carte, on ne voit d'abord qu'un tas de cailloux. En fait, pour aller dans le bassin du Sound, le mouillage principal en face de la Grande Ile, ce n'est pas très compliqué. Il y a peu de monde au mouillage et presque personne sur l'île. Le mauvais temps a chassé les touristes et du coup, nous avons un peu ce magnifique paysage pour nous tout seul.

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Chausey

Je passe un bon moment à préparer la route pour Saint-Malo. Il y a pas mal de paramètres à vérifier (marée, courant, chenal choisi) et cela prend du temps. Une fois mon itinéraire bien prêt, avec pleins de waypoints entrés dans le GPS, mon épouse me dit : "Et si, vu le beau temps, nous allions directement à Saint-Cast ?". Ben voyons, et ma route, alors ? Elle n'a pas tord en fait, autant profiter de "faire de l'Est" pendant que c'est possible. Saint-Malo, ce sera pour le retour.

Saint-Cast, c'est Saint-Cast

Avec un ciel et un vent comme sur les photos des prospectus qui veulent vous vendre un voilier, nous ne sommes pas à plaindre. Bien sûr, le vent est un peu de face, mais le bateau avance bien et nous n'avons juste pas besoins de tirer de bords.

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Saint-Cast

Le nouveau port de Saint-Cast est très chic, vraiment très chic, en tout cas si on fait abstraction du bâtiment genre "hommage à Staline et à l'Union Soviétique" juste planté contre le port. L'accueil est d'ailleurs très chic et j'ai bien peur que la facture soit très chic. Pas du tout. Saint-Cast sera une des destinations les moins chères de la croisière : 12 euros ! Les touristes sont pour la plupart, encore aujourd'hui de la classe "bourgeoise catholique conservatrice française". On doit y croiser beaucoup de Charles-Edouard et de Marie-Charlotte. Moi, j'aime bien. C'est un milieu que je connais assez et que je sais apprécier. Je suis en effet né et ai grandi dans une atmosphère similaire, mais en Suisse. Il règne ici une atmosphère bon enfant bien élevé, dans cette station ou le must est d'aller s'offrir un verre à la Belle Meunière (ici, on dit Belle Meu !), le tea-room le plus prisé de l'endroit. Au port, nous papotons avec le propriétaire d'un vieux gréement qui nous donnera de précieux conseils pour la suite de notre périple.

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Saint-Cast, ambience bon enfant bien élevé

Les sanitaires

Les sanitaires, c'est important. Par chance, sur tout notre parcours, ils seront toujours impeccables de propreté. Mais ils brilleront tous pas certains défauts parfois amusants, parfois agaçants. À Saint-Cast, il y a par exemple le robinet qui s'allume tout seul : vous vous approchez de l'évier, l'eau commence à couler. Vous voulez vous coiffer, l'eau commence à couler. Vous désirez admirer votre beau visage buriné, l'eau commence à couler. Vous pensez vous laver les mains, l'eau commence à couler (à noter que dans le dernier exemple, on peut y trouver une certaine utilité !).

Erqui, son sable, ses sports nautiques

De Saint-Cast, nous longeons le Cap Fréhel avec un léger courant favorable.

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Le Cap Fréhel

C'est qu'il faut arriver juste à l'heure à Erqui, si on veut poser. Il n'y a que quatre bouées "visiteur" dans ce mouillage et elles sont difficiles à trouver, car souvent utilisées par des locaux. On s'en sort quand même et nous regardons l'eau s'évacuer avec le jusant. Boum, on pose un peu dur sur le sable dur. Mes renforts de puits de dérive n'apprécient guère et le montrent par deux petites fissures. Rien de méchant puisqu’elles sont à l'intérieur du bateau, mais pas très esthétique.

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A Erqui, on pose sur du sable (très) dur

Le sable dur a pourtant un avantage : on peut aller se balader à pied entre les bateaux et profiter de papoter avec les autres équipages. Mon cocker ne sait pas trop comment réagir par rapport à ce sol qui était de l'eau il y a quelques minutes, et qui soudain, ne l'est plus.

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Elle est où, l'eau ?

Avec le retour de l'élément liquide, nous apparaît une "nouveauté" nautique pire que le jet ski. J'ai nommé : le flyboard ! Vous prenez un jet ski normal qui fait un bruit de jet ski normal (ça commence donc très mal). Vous lui ajoutez des tuyaux d'eau dignes d'une grosse voiture de pompier, qui font des bruits de tuyaux d'eau digne d'une grosse voiture de pompier. Vous mettez un type au bout des tuyaux d'eau qui hurle au type sur le jet ski des consignes que ce dernier n'entend pas, car il est en train d'hurler des consignes au type au bout des tuyaux d'eau, qui lui-même n'entend rien parce que... et ainsi de suite ! Tout ça va durer longtemps. Mais heureusement, comme la quantité d'essence consommée doit être plus que conséquente, il y aura bien un moment où tout cela s'arrêtera, faute de carburant.

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Très bruyant, ce truc là !

Binic

Là, il faut foncer. À peine le voilier a-t-il décollé du sable que nous mettons cap droit sur Binic. Ce port n'est accessible qu'à certaines heures et il faut bien viser. Nous passons un champ de cailloux qui, étonnamment pour la Bretagne, est très mal balisé. J'ai donc un oeil constant sur la carte, l'autre sur le GPS et le troisième sur ma montre, car cela va se jouer à la minute près. À deux Milles du port, j'appelle un peu angoissé. L'interlocuteur me rassure, nous avons encore 30 minutes de bon. Ouf, ça passe. Ce manque d'accessibilité pose problème aux habitants. Le port n'est pas plein, donc le tourisme en pâtit. Un projet est en cours pour changer la porte d'accès, ce qui permettra une plus grande latitude pour les entrées et sorties. Le long du ponton d'accueil, pas un seul Français. Il n'y a que des "îliens" (surtout de Jersey et de Gernesey). On parle donc grand-breton sur le ponton. Ce sera d'ailleurs une constante sur cette croisière. Même si je ne fais que baragouiner cette langue, on s'amusera bien et on rira beaucoup avec ces Grands Bretons .

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Une petite plage à Binic

Marins du Nord, marins du Sud

La différence est assez conséquente entre un port méditerranéen et un port breton. Il n'y a pas de "bons" et des "mauvais", mais ce n'est pas le même état d'esprit. Dans le Sud, le bateau est vite un signe extérieur de richesse. Il nous est arrivé (rarement, il est vrai) d'être refusés dans une marina pour "gros", à cause de la petite taille du voilier. Dans le Nord, cette vision n'a pas de sens, car déjà, la plupart des locaux naviguent sur de petites unités. Les Anglais vont encore plus loin en ayant la même attitude entre "voileux" et "motoristes". Il est vrai que chez eux, bien des bateaux sont des "mixtes" qui, comme ils le disent eux-mêmes, sont soit de mauvais voiliers marchant mal au moteur, soit l'inverse !

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Ce voilier n'est pas un vieux géement, mais un bateau en ferro-ciment avec mât alu dessiné faux bois. Son propriétaire est bien sûr... britannique !

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Un navire britannique dont l'équipage a porté quelques toasts à la Reine !

Bréhat et Lezardrieux

Toujours le beau temps et un joli vent. Cap sur l'île de Bréhat que nous dépasserons pour continuer sur Lézardrieux. Le passage entre l'île et le continent est bien balisé. Nous projetons de mouiller contre l'île à notre retour, mais pour l'instant, c'est la remontée sur le Trieux, rivière entourée de verdure et qui nous amène à notre destination.

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La remontée du Trieux

Il y a toujours peu de monde et c'est avec plaisir que nous voyons arriver un beau voilier en bois qui accoste près du nôtre. Nous sympathisons avec le couple de propriétaires, et cela se termine dans le carré du vieux gréement. Nous passons la soirée à réviser l'univers de la mer à coups de citations de grands auteurs (dont l'incontournable Moitessier) et à coups déraisonnables de petits verres de calvados artisanal qu'un vieux flibustier n'aurait pas dénié s'il était passé par là. Cela me rappelle certaines soirées en équipage, où après une navigation rude et mouillée, on se retrouvait serrés dans le carré, ivre d'espace, de mer est de sommeil, à s'en boire quelques derniers avant de s'effondrer sur nos couchettes. Si ce n'est pas ça le paradis, je me demande comment c'est !

Toujours plus à l'Ouest, vous êtes sûr ?

Nous visons Perros-Guirec, mais sommes dans l'expectative. À partir de Bréhat, la météo change est devient parfois plus musclée. MétéoFrance annonce de la pluie et un fort flux d'Ouest (que nous aurions donc dans le nez). Nous aurions du temps, ce serait sans problème. Mais nous devons penser au retour et ne voulons pas être coincés. L'autre problème de cet Ouest, c'est qu'il risque de rendre les mouillages de Bréhat un peu agités. Le seul qui nous irait, La Chambre, est actuellement interdit au public.

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Si vous regardez bien, vous verrez le panneau interdisant l'entrée du mouillage

Nous décidons donc de filer sur Paimpol d'où nous laisserons passer la dépression. Le petit matin est particulièrement silencieux. Nous descendons le Trieux derrière deux vieux voiliers et voyons apparaître de la brume, comme des fantômes, les premiers cailloux de Bréhat. Sil les fantômes traversent les murs, notre "Maybe" ne traverse pas les cailloux. Il convient d'être prudents, surtout que nous avons le soleil dans les yeux et que nous ne voyons pas grand-chose.

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Les cailloux de Bréhat (ici, avec une bonne visibilité)

Puis c'est le virage au Sud sous bonne brise et la montée du chenal qui nous amène devant l'écluse du port.

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A marée basse, le chenal de Paimpol, c'est comme ça !

On passe sans problème et nous nous amarrons à une excellente place. C'est une chance, car c'est le premier port qui est vraiment plein. Il y a pas mal de monde dans les rues et nous avons l'impression que le tourisme refait son apparition. Nous sommes toujours entourés d'"îliens" qui composent l'essentiel des embarcations sur notre ponton.

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"Maybe" à Paimpol

La déprime du voltmètre

Lors d'un contrôle de routine, je constate que le voltmètre n'a pas bonne mine. Notre batterie est en train de nous lâcher ! Il y a pire que Paimpol pour ce genre d'avarie. Le problème est résolu en moins d'une heure, le temps de trouver un fournisseur, de lui remettre la défunte, de récupérer la neuve et de l'installer. Une panne de batterie n'est pas très grave sur "Maybe", car le panneau solaire est suffisant pour faire fonctionner les instruments, même sous un ciel voilé. Mais mon voltmètre a une mine plus réjouie avec une tension à nouveau correcte.

De Paimpol à Saint-Malo

La première fois que nous étions allés à Paimpol, il y a près de vingt ans, c'était un port de pêche finissant, respirant la nostalgie. Nous avions eu la chance folle de tomber sur le premier festival de chants de marins, à l'époque uniquement organisé par et pour les locaux. Aujourd'hui, la ville est transfigurée. Elle a su prendre un bon virage économique, même si certaines mauvaises langues prétendent que les chants de marins, aujourd'hui, ce n'est plus ça et que c'est devenu une fête commerciale. Nous n'avons pas vérifié !

La dépression, bien gentillette en définitive, est passée et nous reprenons la mer. C'est un peu la cohue dans l'écluse, car nous ne sommes pas les seuls à avoir cette belle idée. Le retour passera par Binic, Saint-Quay (un port décrié, mais pas si désagréable que ça), le Cap Fréhel (passé à plus de 8 noeuds avec le courant), Saint-Cast et enfin Saint-Malo, la ville des corsaires. Le dernier bout démarre en trombe. Nous sommes plein vent arrière avec un premier ris dans la grand-voile. Les vagues moutonnent, comme pour donner du corps au paysage. Devant nous, l'armée de rochers qui protège la Cîté. Impossible de descendre en cabine dans ces conditions. Donc, je ne vérifie pas trop ma route et rate une cardinale. Nous avions décidé de prendre un chenal secondaire, mais nous voilà sur un chemin vicinal ! Bonjour, Monsieur du Caillou ! C'est vraiment très serré et je me décide à jeter un petit coup d'oeil sur le traceur de l'iPad (Navionics) heureusement exceptionnellement allumé.

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L'approche de Saint-Malo

Nous rejoignons le chenal principal, ratons un empannage et nous retrouvons par le travers, terminant sur la dernière ligne droit à près de 5 noeuds avec le génois seul, alors qu'un ferry décide d'arriver en même temps que nous. Bouh, que l'avant-port est glauque ! Ca secoue, c'est plein de ressac et la grosse porte de l'écluse est fermée. En plus, il n'y a pas de bouée d'attente. Il faut dire que les explications de nos deux guides sont plutôt floues (dans l'almanach du marin breton par contre, elles sont limpides, mais nous n'avions pas l'ouvrage à bord). Un petit coup de VHF et nous avons la prochaine heure d'ouverture.

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L'écluse de Saint-Malo

À l'entrée dans port Vauban, tout contre les murailles, je n'aurai qu'un mot : Wouaaah !

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"Maybe" à Saint-Malo


Ils sont fous, ces Bretons!

Nous voilà amarrés juste devant l'entrée principale de la vieille ville. Il y a pire, comme place. C'est vraiment très impressionnant. La cité est noire de monde. J'apprends que Saint-Malo est la première ville de Bretagne pour son nombre de touristes. Je veux bien le croire. Bien sûr, nous voulons grimper sur la muraille qui encercle la vieille ville, mais là, stop, impossible, car... "INTERDIT AUX CHIENS !". Non, mais c'est quoi ce bazar ! Ainsi, mon cocker, plus de 2'500 Milles sur son CV nautique à son actif, Tartuffe, mon chien à moi, ne peut pas visiter l'enceinte de la ville ! On a vu des guerres commencer pour moins que ça. J'hésite sérieusement à appeler mes amis anglais pour qu'ils viennent tirer quelques salves de canon sur ces indigènes sans savoir-vivre ! Nous nous consolons auprès de Québécois tout juste débarqués de la course au large "Québec/Saint-Malo". Plusieurs concerts sont organisés et nous en profitons un peu, puisque tout a lieu à moins de 5 minutes du bateau.

Chausey (bis)

Les ports à écluse, c'est bien, mais cela donne l'impression qu'on n'est plus en mer. C'est donc avec un certain bonheur que nous retrouvons les grands espaces en nous dirigeant vers Chausey.

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Le choc des cultures (Saint-Malo) !

Les courants aidant, nous sommes rapidement devant le Sound. Cette fois, il y a du monde, mais la petite taille de notre engin fait que nous nous amarrons facilement à couple d'un groupe de voiliers. Notre annexe va vivre ici ses derniers voyages. Après 8 ans de bons et loyaux services, elle nous fait pour la première fois le coup de la fuite d'air. Il s'agit en fait d'une usure normale sur un pli. Nous pouvons réparer, mais savons que cela va vite lâcher plus loin.

Ah, le calme de Chausey, sauf que pendant la nuit, nous sommes brusquement réveillés par des "boum-boum-boum". Une "gaypride" sauvage aurait-elle brusquement été organisée sur l'île ? La source est vite repérée : c'est le bateau des petits jeunes d'à côté qui se la joue boîte de nuit avec sono à fond. On tente de laisser aller, mais vers trois heures du matin, des "toc-toc" se rajoutent au "boum-boum". C'est l'équipage du voilier suivant qui, lui, aimerait bien dormir. L’effet est radical et nous nous retrouvons dans le silence de la nuit. Au matin, les petits jeunes s'excusent pour le vacarme et nous promettent que cela ne se reproduira plus et pour cause : la sono a complètement vidée leur batterie !

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Ah, les folles nuits de Chausey

Nous, on n'est pas rancunier et on leur chauffera même de l'eau pour leur café, car ils ont oublié de prendre un réchaud ! Sur le bateau suivant, l'heure est à la pêche. Je leur dis en plaisantant de nous ramener des maquereaux. Eux, ne plaisantent pas et nous en rapportent vraiment. Du coup, on décide de manger tout cela ensemble. Et voilà encore une de ces soirées où l'on refait le monde de la mer et où le paradis n'est plus très loin.

Vous voulez de l'Est, appelez-nous !

Les Bretons, ils m'ont dit comme ça : "Le vent d'Est, c'est une légende, ça souffle jamais !". C'était compter sans la malédiction de "Maybe" ! Ouvrez vos cartes sur Chausey-Granville et tirez un trait. Vous constaterez que la route va d'Ouest en Est. Et que croyez-vous que MétéoFrance a annoncé pour ce trajet ? Gagné ! En plus, ils en rajoutent une couche : un bon force 5 tout droit dans le nez ! Nous voulions rester une nuit de plus sur l'île, mais même si la distance est courte jusqu'à Granville, je n'ai pas envie de me mouiller en fin de croisière. Donc, départ au matin avec un Nord Est bien maniable et agréable, puis... pétole ! Il est où, l'Est ? Il viendra, mais pendant la nuit et sera en fait de courte durée. Mais nous entrons dans une phase orageuse. Il fait d'ailleurs très chaud (27 degrés dans la cabine, le soir à 22h !). Donc pour nous, c'est la fin de la croisière, en tout cas en ce qui concerne sa partie nautique.

Un beau bateau

Dans le port de pêche stationne le "Marité"en fin de restauration. Il s'agit d'un trois-mâts qui, à l'origine, partait sur les bancs de Terre-Neuve. Le voilier est visitable et nous sautons sur l'occasion. Ces un bateau très émouvant. Il a été entièrement refait à neuf (d'après l'explicatif, près de 98 % du navire). C'est du très bel ouvrage et on ne peut qu'être admiratif face au travail réalisé par les artisans. C'est vraiment ce qu'on peut appeler, sans ironie, "le symbole du génie et du savoir-faire français". Malheureusement, "le génie et le savoir-faire français", ça ne se retrouve pas partout, même en France.

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Du très bel ouvrage

Sortie de l'eau

Là, on va essayer de faire court, mais il y en aurait pour un roman. Cela commence par une course aux renseignements pour savoir comment et à quelle heure notre voilier va être sorti de l'eau. Cela continue par le fait que personne ne sait si notre remorque a été réparée ou non. La réponse finale sera bien entendu : "non !", avec comme ajout : "mais on va se débrouiller !". Bien sûr, personne ne se débrouillera et notre remorque ne sera jamais prête. La manoeuvre débutera avec 25 minutes de retard et "pan !". L'étrave du bateau touchera violemment la remorque du chantier. Bien sûr, c'est ma faute (ben, tiens !), je n'avais qu'à retenir le bateau. Ça pue l'incompétence et la mauvaise foi. Là, mais c'était facile à deviner, la pluie commencera à tomber, se prenant pour une escadrille de Canadairs lors d'un incendie de forêt. Bonjour l'ambiance. Heureusement, le chef de chantier (compétent, lui) prendra finalement les choses en main et nous réduira sérieusement la facture. Nous quitterons le chantier quatre heures après le début de la manoeuvre, avec une remorque dans le même état qu'à l'aller et un belle éclat sur l'étrave à réparer. Qui a parlé de "génie et de savoir-faire français" ?

Fin de l'aventure

Notre retour passera par le chemin des écoliers, longeant la rade du Mont-Saint-Michel (magique), piquera sur la pointe Bretagne (pour voir un bateau), subira un contrôle routier (pas magique, mais inoffensif) et tentera à nouveau l'absorption de cafés autoroutiers (presque buvables, cette fois-ci).

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La baie du Mont-Saint-Michel

Le bilan

Le très beau temps qui régnera pendant notre séjour nous facilitera bien la vie. "Maybe" n'aura aucune difficulté à naviguer dans ces eaux qui peuvent pourtant être difficiles. Le vrai pari, pour nous, sera d'élaborer un programme cohérent, dans une région où les contraintes de navigation sont très nombreuses (vents, courants, marées) . C'est ainsi que nous devrons abandonner l'idée d'aller à Dahouët ou encore à Cancale, destinations pourtant prévues. Mais quelle belle croisière ! Un joli final avec notre "Maybe", qui devrait bientôt voguer sans nous, puisque nous avons maintenant comme option de complètement changer notre programme de navigation. Mais ceci est une autre histoire...

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Et si vous n'aimez pas le bateau, vous pouvez essayer la marche à pied.
Ici, le Km 0 à Paimpol, départ direction Saint-Jacques de Compostel !