Cette croisière de 5 semaines nous fera parcourir 636 Milles, dont plus de la moitié au moteur (surtout dans le Sud).
Nous visiterons 19 ports différents et dormirons dans trois mouillages.

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Les préparatifs

« Maybe » a peu souffert la saison précédente. Les travaux ne seront donc pas monumentaux. En prévision de la chaleur, j'équipe le navire d'un puissant ventilateur. Deux triangles de tissus sont ajoutés à notre toile de tente, ceci afin de mieux abriter l'équipage au port. Un petit râtelier à épices a été posé en prévision des herbes italiennes et une « minipoubelle » a été confectionnée pour jeter les multiples petits bouts de papier qu'on ramène par exemple en rentrant de commissions !

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La « minipoubelle» 

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Le râtelier à épices au dessus de celui des verres

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Notre ventilateur XXL

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Les rallonges du bimini

Mais le gros problème, comme à chaque fois, est de trouver une mise à l'eau correcte et un gardiennage pour le véhicule et la remorque. Nous savons que nous pouvons oublier les cales, rares et peu accessibles en cette région et qu'il faudra gruter le voilier pour la mise à l'eau et pour sa sortie. C'est le gardiennage qui pose le principal problème. Certains ports offrent ce service, mais la facture s'élève à près d'un millier d'euros pour un mois ! C'est un internaute italien, passionné de petits voiliers, qui volera à notre secours en nous dénichant, à prix raisonnable, un bon gardiennage ainsi que plusieurs solutions possibles pour la mise à l'eau. Merci à lui !

Une question de survie, ou quand « Maybe » joue dans la cour de grands !

Il y a longtemps qu'il était prévu, celui-là ! “Il”, c'est le “bib”, ou radeau de survie. Le Kerkena n'est, rappelons-le, pas insubmersible. Un bon petit coup sec sur la dérive lestée et “hop”, tout part par le fond !
Mais encore fallait-il dénicher le bon engin et pour un bateau d'à peine 6 mètres, ce n'était pas évident. La plupart des modèles sont trop lourds et trop volumineux pour ce type de voilier. C'est en Allemagne que nous avons trouvé notre bonheur : un Plastimo Cruiser 4 places. 25 kg sur la balance, support inox et container compris, cela devenait décent. Bizarrement, ce radeau n'est pas homologué en France. À croire que, selon le pavillon du vaisseau en train de couler, la survie ne se gonfle pas de la même manière !

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Le radeau entouré du panneau solaire et du moteur

Non seulement nous nous sentons maintenant, au moins psychologiquement, plus en sécurité, mais nous n'avons plus l'angoisse de chercher à tout prix “l'abri-à-moins-de-six-Milles-des-côtes”. Pour l'Italie, c'est important, car depuis Elbe jusqu'à au moins à Ischia, les ports sont assez espacés. Bien entendu le pack “fusées de détresse” a été revu à la hausse et notre assurance a été corrigée. Pour le reste, “Maybe” était déjà aux normes pour la croisière au large.

Le grand départ !

Quand on est Suisse, la mer, ça se mérite !

Nous devons d'abord traverser les Alpes et, entre autres, passer le tunnel du Grand-Saint-Bernard. Quelle idée d'être allé fourrer ce truc à 1'918 mètres d'altitude !

Au petit matin, nous arrivons à la marina De'Medici. Le grutier n'est pas encore là, mais nous avons toute la place pour préparer le bateau. Quand le maître d'oeuvre arrive, nous comprenons vite que nous avons à faire à un expert. Notre voilier est aussitôt baptisé par celui-ci de « classe mini-mini » ! Il le met à l'eau d'une seule main, l'autre tenant un briquet dont le but hypothétique est, de temps en temps, d'allumer une cigarette récalcitrante ! Nous sympathisons et avons droit à une carte de visite avec toutes les coordonnées pour bien préparer , à notre retour, la sortie de l'eau, le véhicule et sa remorque sont ensuite posés au gardiennage, et vers 19h, nous sommes de retour sur « Maybe », prêts pour la grande aventure !

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La grue !

C'est parti !

Le temps est clément. Devant moi, se détachent clairement Elbe, Capraia et la Corse. C'est superbe ! Je vois soudain arrivé derrière moi un énorme machin à moteur. Visiblement, c'est à moi qu'il en veut. Dans le bruit infernal des turbines, je n'entends que  «Elbe ». Pensant qu'il me demande où je vais, je crie « non, San Vincenzo ». La réponse n'a pas l'air de convenir. Je lui fais signe de baisser la manette des gaz. Je comprends alors qu'il veut savoir... où se trouve Elbe ! Je lui indique le caillou de gauche. Aussitôt, le gros machin s'élance et ce n'est bientôt qu'un tout petit point à l'horizon se dirigeant effectivement ...vers Elbe ! Qui a dit qu'entre voileux et motoristes, on ne pouvait spas 'entendre ?

Le mystère de l'entrée inversée

San Vincenzo est une marina en devenir. Comprenez par là qu'il n'y a pas encore grand-chose, mais que vous payez déjà le prix pour un port hyper équipé ! Le plan ,sur notre guide ,est faux, puisque le lieu est en train de se transformer. Je sais néanmoins que l'entrée est Sud Est. Or, si j'en crois les pylônes vert et rouge, ce devrait être Nord Ouest. Mais voilà, côté Nord Ouest, je ne vois pas de trou dans la digue. Je me fie à mon instinct et m'approche par le Sud Est. Je finis par comprendre : le pylône vert, c'est en fait une statue peinte en vert et de même taille que le pylône rouge. Quant au pylône vert, il n'est pas encore installé !

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Le port de San Vincenzo

San Vincenzo est un lieu touristique, mais ila une particularité : une fabrique de meubles sur mesure et hauts de gamme dont des modèles sont exposés dans des magasins de la rue principale. Du grand art !

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Il y a de beaux objets dans les vitrines !

Toujours plus au sud

Nous passons par Caveau, un petit port sur l'île d'Elbe, puis descendons sur Castiglione de la Pescia. Les vents sont du Nord, donc nous poussent. Notre spi est mis à contribution et nous permet une bonne vitesse moyenne. À l'entrée du canal de Postiglione, nous avons la surprise de voir un phare rouge à bâbord de l'entrée (normal) et un phare.. bleu (?) sur tribord. En fait, il y a également un petit poteau vert. La digue a simplement été rallongée. Le phare tribord n'étant plus exactement une marque tribord, il a été ... peint en bleu ! Entrer là-dedans se mérite. Il y a des hauts fonds qui se déplacent. Nous mesurerons 1m20 de fond sur la gauche de l'entrée du canal et moins d'un mètre à certains endroits du port. Il y a d'ailleurs peu de bateaux de plaisance. C'est avant tout un lieu de pêche et un chantier naval. Mais la ville est agréable et le petit quartier médiéval vaut à lui seul le détour.

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L'entrée du port de Castiglione de la Pescia

L'italie et les ports (vision subjective et totalement assumée)

S’il y a un sujet qui fâche, c'est bien celui-là.

Les ports, en Italie ,sont chers, très chers et vont même jusqu'à hors de prix. Leurs équipements sont à l'inverse. Essence ? Ça va ! Eau et électricité ? Ça dépend ! WC ? Rares et souvent peu avenant ! Douches ? Quasi inexistantes ! Meteo ? On oublie ! Laverie ? vous plaisantez ! WFI ? Pire qu'en France, ça vous ira !

Et encore, ça c'est qu'en il y a une place, car souvent, vous pouvez coucher dehors !

Autre gag, il peut y avoir plusieurs concessionnaires pour un même port, voire un par ponton. À vous de négocier auprès de chacun d'eux. Parfois, les prix ne sont pas du tout les mêmes (voir plus loin) !

La notion de « places visiteurs » est un peu abstraite pour les Italiens, car la plupart des bateaux, dans ce pays, ne voyagent pas. Ils servent à aller à la plage (située parfois sur l'île voisine) et revenir. Le navigateur italien standard ne dort ni ne mange sur son bateau. Il rentre chaque soir tranquillement sur sa place de port. Même si le bateau accuse plus de 15 mètres, c'est le même schéma. Le week-end, il se risque parfois à une nuit sur les îles, mais une fois encore, ne mange pas (ou rarement) sur le bateau et parfois, dorment à l'hôtel.

Ne vous étonnez donc pas si vous vous sentez un peu seul dans certaines marinas, la nuit. Il est possible que vous soyez réellement seuls !

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Ici, ce sont des pêcheurs qui nous ont accueillis. Ponton gratuit et ambiance (avec odeur) garantie

Un port pas fait pour nous !

Nous arrivons sur Rossignano, situé sur la presqu'île appelée Monte Argentario, en face de l'île de Giglio.

C'est une sorte de banlieue huppée de Rome, qui n'est pas loin. C'est un lieu qui vaut vraiment le coup d'oeil, mais pour le reste... C'est la première fois qu'on ne nous dit pas « bonjour », mais « c'est de 30 à 60 euros ! » (Nous sommes encore au tarif juin. En juillet, ça peut doubler). Sur le ponton d'en face, c'est pire : sourire Pitbull et un geste nous signifiant d'aller voir ailleurs. C'est ce que nous faisons. Nous contournons la presqu'île et arrivons à Ercole. Un ponton nous accueille correctement et l'endroit est plus sympa.

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Quelques Milles avant Ercole

On change d'Univers

Passé Giglio, la navigation n'est plus la même. C'est une région plus calme, donc moins ventée. Il y a peu de ports et ils sont bien espacés. C’est là que notre homologation « plus de 6 Milles » prend tout son sens, notamment pour visiter les îles. On entre dans la vraie Italie du Sud, avec ses produits typiques et une manière de vivre un peu différente, plus intéressante à mon goût. Tout devient un peu plus approximatif pour un esprit cartésien, mais il y a une qualité de vie, ici, que j'apprécie particulièrement.

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Après le Monte Argentario, on change d'univers

Rome

Bien sûr, Rome n'est pas au bord de la mer, mais les ports sont liés à cette ville. Il y en a plusieurs possibles, mais ne perdez pas votre temps. Ceux dans la rivière sont sans intérêt, sauf si vous aimez les courants et les paysages industriels. Il faut directement aller au nouveau Porto di Rome, impossible à rater. C'est grand, c'est chic, c'est cher, mais rassurez vous, c'est déjà le Sud, donc c'est sympathiquement bordélique !

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Porto di Roma

Tout se passe par les pneumatiques des garçons de port : les renseignements, le payement, la remise des clés (il faut une clé pour entrer ou sortir du ponton). Pour les appeler, point de salut sans la VHF, mais ça c'est un chapitre à part (voir plus loin).

Mon épouse est intriguée : « Pourquoi sont-ils toujours deux dans leur pneumatique ? » Nous observons et comprenons. Premier passage : l'un mange une glace, l'autre conduit (on ne peut manger une glace en conduisant). Deuxième passage, l'un téléphone, l'autre conduit (il est interdit de téléphoner au volant d'un véhicule). Troisième passage, encaissement de la nuitée (un tient la caisse, l'autre le volant). Mais le mieux, c'est quand je demanderai comment on dt « clé magnétique » en italien (c'est le sésame pour ouvrir la porte du ponton). J'aurai droit à deux traductions, une par personne, et avec commentaires à l'appui !

La VHF en Italie

Presque tous les ports voulaient qu'on s'annonce à la VHF sur notre trajet. Le problème, c'est que je comprenais très mal ce qu'on me disait dans ce truc, donc je n'appelais pas. Mais comme je me faisais souvent eng... par les responsables, j'essayais parfois de biaiser. Premier truc : parler en « inglese ». Le plus souvent, le type à l'autre bout n'y comprend rien et répond simplement « OK ». Votre honneur est sauf. Le deuxième truc est de dire d'une voix atterrée « je ne comprends pas l'Italien ». En général, ça fait venir le pneumatique du port pour qu'on puisse continuer la conversation avec les mains plus un mélange d'« inglese » et d'italien. Pour ce voyage, nous avons acheté une VHF portable étanche pour compléter le matériel de survie. Je découvrirai que, sur un petit bateau, c'est presque plus agréable à utiliser que noter VHF fixe posée à l'origine.

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La pub de la VHF que j'ai achetée. Mais dans cette position, je n'ai pas encore essayé

La baie de Naples

Notre descente se poursuit sans pépins. Il est temps maintenant de traverser pour rejoindre l'île d'Ischia. 35 Milles à parcourir pour atteindre ce qui est le début de la baie de Naples. « Maybe » est en pleine forme. Nous démarrons au moteur, mais le vent se lève. Un bon portant qui nous permet d'approcher l'île sous spi et à bonne vitesse. C'est le bonheur total à bord.

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Ischia à l'horizon

Arrivée dans le port d'Ischia. Le premier pontonnier nous dit : « c'est 80 euros » ! Mon épouse ne se démonte pas (c'est presque toujours elle qui négocie) et demande où on peut aller pour moins cher. Le type nous montre dédaigneusement l'autre côté du port, comme s'il s'agissait des bas quartiers d'une ville. Nous y allons et sommes interpellés par quelqu'un qui nous fait des signes. Nous nous amarrons et le type tombe immédiatement amoureux de notre cocker au point d'aller chercher une planche pour que notre canin puisse débarquer sans aide. Il nous dit que nous pouvons rester pour la nuit, mais sans donner de prix. Il est vraiment sympa, et nous décidons de jouer la confiance. Le lendemain, il nous « vole » (avec notre bénédiction amusée) notre toutou pour aller faire un petit tour avec. Puis il revient et nous demande, presque gêné, 20 euros (c'est le prix « membre du club »). Vive les cockers et vive l'Italie !

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Notre voilier, c'est celui qui a la planche à cocker

Pendant une promenade, nous allons du côté des pontons « chics ». Les prix sont affichés et les petits bateaux payent effectivement 80 euros. Ensuite, ça grimpe méchant. « Il suffit de rester au mouillage », me direz-vous. Eh bien non ! Depuis 2010, tout mouillage est interdit dans la baie de Naples, car c'est devenu une zone protégée. Seuls quelques rares endroits sont autorisés, mais ne présentent que peu d'intérêt.

Vous pouvez essayer de vous amarrer en douce, mais c'est à vos risques et périls. Nous avons vu les gardes-côtes en action et je peux vous assurer qu'ils ne font pas de la figuration !

Procida

Située juste à côté d'Ischia, Procida est notre île « culte » et le but de notre voyage. Ce petit bout de terre est un mystère. Il n'y a quasiment pas de tourisme, si ce ne sont trois ou quatre petits hôtels cantonnés sur l'extrémité Ouest de l'île. Dans le village, que des résidants et quelques rares échappés comme nous. Pas de magasin de souvenir, pas de bar branché, rien !

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Procida (ici, le port de pêche), une île qui résiste au temps

Nous y sommes venus la première fois il y a une bonne dizaine d'années. Presque rien n'a changé. Je dis « presque », car nous relevons tout de même un détail. Aujourd'hui, les habitants mettent un casque quand ils circulent plein gaz sur leur scooter. Ce n'était tout simplement pas imaginable il y a quelques années, ou alors sur le porte-bagages ou en bandoulière lors de rares occasions ! Le nouveau port n'a pas rompu cet équilibre. Les quelques visiteurs (nous verrons des Français) se font discrets. La marina semble d'ailleurs tenue uniquement par des résidants. Une légende raconte que l'île est « protégée » par quelques familles très influentes, mais faut-il croire aux légendes ?

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"Maybe" est amarré juste devant l'ancien cinéma de l'île

Nous nous sentons complètement intégrés à la population et à sa manière de vivre. Il va être dur de partir. Nous passons une dernière nuit au petit port de Chiaolella, à l'extrémité Ouest de l'île, histoire de quitter ce Paradis en douceur. Nous avons de la chance, car le fait d'y avoir une place se fait un peu « à la tête du client ». Mais voilà, le pontonnier a un problème : il s'est fait tatouer sur le bras « Amour toujours » (en français) et ne sait pas ce que ça veut dire. Nous lui traduisons, ce qui nous vaudra sa reconnaissance éternelle. C'est bête, il avait également un tatouage en japonais. Si nous avions pu lui en donner la signification, nous aurions peut-être gagné une nuit gratuite ! Le ponton est fréquenté par une grande famille italienne avec plein d'enfants qui tombent bien entendu amoureux de notre cocker. Encore une soirée de rêve !

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Le port de Chiaolella

Ventotene

C' est notre prochaine étape. Deux points m'ennuient : nous allons arriver un samedi et j'ai peur de l'invasion du week-end, de plus nous allons avoir un force 4 dans le nez ! Pour éviter le vent de face, nous partons assez tôt le matin (au moteur), ce sera la bonne tactique. Pour les bateaux, il faudra faire avec. Il y en a tellement qu'il y a une file d'attente pour entrer dans le vieux port ! Par contre, du côté de la nouvelle digue, ça va mieux. Nous amarrons, mais nous apprenons rapidement que nous ne pouvons rester, car tout est déjà réservé. Mais ne l'oubliez jamais, nous sommes en Italie et dans ce pays, tout problème finit par trouver sa solution. Le responsable est un voileux qui, selon ses dires, a effectué deux tours du monde. Bref, il ne se démonte pas pour si peu et nous trouve une place « illégale » ! Dans le cas précis, un lieu confortable et surtout gratuit, car « illégal ». C'est là que nous découvrons qu'amarrer sur la digue coûte...10 euros le mètre !

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La digue de Ventotene

Ventotene est une île simple qui pourrait être attachante sans cette invasion de gros trucs à moteurs. Mais on fait avec.

C'est le propriétaire de l'un de ces engins qui, gentiment et en très bon français, nous donne les consignes pour l'île suivante : Ponza

Nous aurons toujours le vent dans le nez si nous ne partons pas tôt le matin, mais le problème, c'est que Ponza est réputée très touristique et les pontons d'amarrage ont été supprimés l'année précédente. Bah, au pire, nous rejoindrons la côte si vraiment il y a un problème sur l'île. On ne peut tout de même pas rater un lieu qui a sa photo dans la plupart de guides vantant les charmes de l'Italie !

Ponza

Mais elle est belle, cette île, au moins, on ne sera pas venu pour rien !

Le port est déroutant, car il y a plein de vide et pas de pontons. Nous nous dirigeons vers la station d'essence pour prendre des renseignements et «baoum», nous touchons le fond ! Un petit coup d'oeil vers le quai nous fait constater que seuls des pneumatiques vont s'avitailler. Il y a en effet moins d'un mètre d'eau ! On lève un peu la dérive et on repart. Nous avisons un voilier suisse et prenons des renseignements. Bête que je suis, il suffisait de lire le guide nautique : la partie gauche du port doit être laissée libre pour les ferries, mais on peut librement mouiller sur la partie droite ! Nos compatriotes nous invitent à manger sur leur bateau. Nous acceptons avec plaisir et nous aurons droit à un véritable festin, ceci au coucher du soleil dans un cadre sublime. Nos nouveaux amis font la même constatation que nous : il y a peu de bateaux nomades dans toute cette région. On est très loin des riches échanges que l'on peut avoir entre équipages quand on navigue, par exemple, en Atlantique ou en Manche.

Ponza n'est pas du tout comme je l'imaginais. C'est touristique, certes, mais c'est surtout calme et envoûtant. Pas d'enseignes clinquantes, pas de panneaux publicitaires géants. Nous resterions bien un jour de plus, mais nous n'avons plus trop d'eau. Le seul distributeur est une station d'essence à la sortie du port (où là, il y a du fond !). Elle en offre si on fait le plein de gasoil, mais nous, nous fonctionnons à l'essence !


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Le port de Ponza, du côté de l'entrée

Nous décidons de continuer notre route, mais le regretterons un peu. Nous aurions pu nous arranger et l'île aurait vraiment valu un jour de plus.

Louis XiV

Si c'est la seule fois où notre autonomie en eau posera un éventuel problème, nous n'aurons jamais de soucis en ce qui concerne l'électricité. En Italie, le soleil brille et un panneau solaire a un bon rendement. Notre 1/4 de mètre carré su son support définitivement provisoire fera merveille. Du coup, mon épouse décidera de l'anoblir en le baptisant Louis XlV ! Ce qui est étonnant, c'est que presque aucun bateau n'en est équipé dans ce pays (nous en verrons deux en tout). Pourtant, les ships du coin vendent des lampes LED's dernière génération et plein de gadgets électroniques comme partout ailleurs. Mais pas de panneaux solaires ! Le nôtre ne passera donc pas inaperçu et on nous posera des questions du genre « est-ce que ça fonctionne avec une glacière ? » (Si jamais, la réponse est, « non », car il faut au moins le double de surface pour faire tourner un petit frigo).

Giannutri

Ce petit bout de caillou est étonnant. C'est une réserve naturelle ou il fait vraiment bon passer une nuit au mouillage. Il y a un petit restaurant qui n'ouvre que l'été, ne sert qu'un menu unique à heure fixe (20h30) et seulement sur réservation. Nous avons l'impression d'être invités dans une grande famille un jour de fête. Il y a des enfants qui jouent, des chiens qui courent. Le service est très attentionné et le repas divin. Tout cela, en fin de saison, disparaîtra... jusqu'à l'été suivant !


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Giannutri

Gigilio

Nous partons avec, chanson connue, le vent de face. Pas grave, me dis-je, la distance est courte (11 Milles) et nous serons bien abrités au mouillage. C'est joli, Giglio et il est facile de débarquer, car deux criques donnent sur des petites plages. Pendant la nuit, le bateau commence à secouer. Facile à comprendre, le vent a tourné à 180 degrés et souffle avec force. Le problème, c'est que nous, nous ne sommes plus du tout abrités. Au matin, impossible de faire du café, car ça secoue trop. Nous mettons cap sur le port qui se trouve dans la baie suivante. Malheureusement, il n'y a pas de place avant 17h. Je ne vois pas attendre dans ces secousses. Nous pouvons bien sûr faire le tour de l'île et nous abriter derrière, mais ce ne me dit pas trop. Nous devons également résoudre un autre problème : tous nos habits sont sales. Il est en effet très difficile de trouver des laveries aux étapes, car même les ports bien équipés n'en ont pas où alors, comme à Talamone, ça ne marche pas. Adieu Giglio, une autre fois peut-être...

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Retour vers Ercole

Demande express d'autorisation de tir

Nous nous dirigeons sur Ercole. Soudain, devant nous, une armada de gros bateaux à moteur. Ils naviguent en gros par groupe de dix. Il y en a plus d'une centaine, tous, gaz à fond. Je n'y comprends rien et soudain réalise : nous sommes samedi, les Romains vont à la plage, c'est-à-dire sur Giglio ! Il ya ceux qui s'écartent de nous, ceux qui ne s'écartent pas et ceux qui se détournent volontairement pour nous prendre dans leur vague. Un gros machin d'une quinzaine de mètres passera à moins de 3 mètres de notre étrave. Notre voilier est trempé. Heureusement, les hublots sont fermés. Messieurs des Affaires Maritimes, je demande instamment qu'il soit ajouté sur la liste de matériel de sécurité l'obligation pour tout voilier de s'équiper d'un pack de 2 ou 3 missiles antipromène couillon. Il en va de la survie des équipages. Ce jour-là, j'en suis sûr, j'aurais été acquitté pour légitime défense !

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Pack de missiles antipromène couillon (image internet)

De l'influence des sacs-poubelle roses sur un moteur 4 temps

Un jour, nous sommes en rupture de stock de sacs-poubelle. Les seuls petits que mon équipière trouve sont des sacs pour salle de bain. Non seulement ils sont rose pétant, mais nous découvrant en ouvrant le paquet qu'ils sont fortement parfumés à... la fraise ! Du coup, lorsqu’on ouvre le coffre arrière, on a une odeur d'essence (c'est là qu'il y a le réservoir), de déchets de vieux poissons et... de fraise ! L'histoire pourrait s'arrêter là. Mais un jour, nous décidons une sortie baignade...

Nous choisissons une petite crique et alors que je cherche l'endroit idéal pour jeter l'ancre, le moteur cale ! C'est totalement inhabituel et je sais que nous avons assez d'essence. Impossible de refaire partir le 4 temps. Le bateau dérive déjà contre la plage et les baigneurs. Nous frisons le drame. Dans un ultime geste de désespoir, l'ancre est jetée vite fait, ce qui stoppe le navire dans sa course folle. J’essaie de comprendre. Tout à l'air normal. Je débranche et rebranche le tuyau d'essence, vérifie si le contacteur est bien en place. Le moteur finit par repartir comme si rien ne s'était passé. Il ne nous fera d'ailleurs plus jamais ce coup-là. La seule explication que je trouve est que notre poubelle rose a dû appuyer volontairement et méchamment sur le tuyau d'essence. Non seulement elle pue, mais, en plus, elle est vicieuse ! L’accusée bénéficiera cependant d'un non-lieu, faute de preuve formelle, mais nous la tiendrons désormais à l'oeil !

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C'est ici. dans le coffre arrière bâbord, que s'est joué le drame

Mauvais temps

Cela n'arrive pas qu'aux autres. Nous sommes à Castiglione de la Pescia. À côté de nous, un bateau encore plus petit que le nôtre : un Edel 2 appartenant à un jeune couple de Bretons qui veulent visiter Elbe. Monsieur est un peu perdu, car il croit qu’ici, comme chez lui, les capitaineries ont de la météo. Quel novice ! J'en souris comme le vieux loup de mer qui, lui, sait les choses, entre autres que les ports italiens et la météo, ça fait deux ! Notre jeune inexpérimenté revient avec ... un bulletin ! Quelle est cette traîtrise ? Je vais vérifier et, en effet, une carte est affichée. L'explication est que les rares fois où un coup de tabac s'annonce, les capitaineries se réveillent. Là, c'est un gros force 7 à 8 qui s'annonce et en plein dans notre nez. Nos Bretons partent visiter Rome. Nous décidons d'attendre. Heureusement, cela ne dure pas et après deux jours de patience, nous pouvons sortir. Les conditions sont correctes et nous arrivons sans encombre au port suivant : Punta Ala.

Punta Ala

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Les rochers de Punta Ala

Port friqué, port de riches, port snob, sur Internet, Punta Ala n'a pas une cote terrible.

Mais la région est exceptionnelle et nous tentons notre chance. Au pire, nous pouvons aller jusqu'au port suivant. Nous mouillons d'abord dans la baie, juste à côté, histoire de profiter de la douceur du lieu. Vers 16h, nous entrons dans la marina. Accueil stylé, propreté helvétique, météo, vrais sanitaires nombreux et grand luxe. Tout cela pour 30 euros, soit moins cher que bien d'autres ports. Nous restons !

Il est clair que les gens qui déambulent sur les quais ne semblent pas avoir des problèmes de fin de mois. Mais on est loin de cette attitude « m'as-tu vu ? » que l'on trouve parfois ailleurs. Punta Ala est en fat un haut lieu de la voile. Il y a de bateaux vraiment superbes. C'est ici que ce gère le défi italien pour la coupe de l'América.

Le soir, nous dégustons peut-être la meilleure pizza de notre croisière, ce qui, en Italie, n'est pas rien. Il y a un splendide coucher de soleil et la météo du lendemain s'annonce bonne. J'aurais dû me méfier...

C'est quoi, ce truc !

Au petit matin, le vent hurle dans les mâts. C'est vraiment fort. Avec les heures qui avancent, cela ne se calme pas. Là, ça devient gênant, car il nous faut rentrer. Je vais promener le chien et grosse surprise : de l'autre côté du port, il n'y a presque rien et la mer est calme. Je n'ai jamais vu ça. De retour au bateau, ça hurle comme jamais. C'est clairement un effet hyper localisé, dû probablement aux collines avoisinantes. Nous décidons de partir, car d'autres bateaux sortent. On y verra plus clair en mer. En effet, à peine sortis du port, il y a du vent, certes, mais maniable. Je prends par précaution le premier ris de la croisière. Mais cette région est vraiment spéciale. Le vent tourne plein arrière, cesse de souffler. Nous mettons le moteur, mais le vent repart de travers. Puis c'est de nouveau la pétole. Re-moteur. Voilà maintenant que ça part de face avec vagues à l'appui. Mais où sommes-nous donc, dans un simulateur pour apprentis voileux ? Le vent s'établit enfin de manière stable après la pointe de Piombino, ouf !


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Le vent est enfin régulier (sur l'avant, notre annexe pliée)

Le grand Final

Nous retrouvons bientôt notre grutier de la Marina De'Medici. Il aimerait sortir le bateau tôt le matin, mais nous devons aller chercher la remorque. « Pas de problème », nous dit-il, « vous allez récupérer la remorque et vous la laisser sous la grue pour la nuit ». C'est une faveur vraiment exceptionnelle et son collègue n'en revient pas. Notre ami lui explique : « tu vois, ce petit bateau là, il navigue, alors que les autres, ils restent toujours au port ! ».

Au petit matin, nous avons toute la place pour préparer le voilier, c'est-à-dire baisser le mât et vider « Maybe » pour qu'il retrouve son poids routier. C'est un peu surréaliste, car le ciel devient noir et le vent souffle avec force. Heureusement, notre système de mâtage est très au point et il n'y aura aucun problème. Le bateau est posé impeccablement sur sa remorque. Je félicite notre ami : «c'est la classe ! » Je crois qu'il apprécie.

Sitôt à l’extérieur du port, l'orage éclate. C'est vraiment impressionnant. Cela m'arrange un peu, car notre fourgon et le bateau étaient très sales. Avec ce double « auto-wash» (il y aura deux orages), nous rentrons tout propre à la maison !

Le bilan

« Maybe » rentre entier à la maison. Il sera d'ailleurs remis à l'eau dans les 24h, sur notre bleu Léman.

Nous n'avons qu'une envie : continuer le voyage en repartant de la baie de Naples et en descendant jusqu'en Sicile. Certes, les Italiens sont parfois un peu « compliqués » pour nos esprits cartésiens, mais une fois encore, tout finit toujours par s'arranger. Le lieu de navigations est absolument idéal pour un petit bateau, car la météo est souvent clémente et il n'y a pas beaucoup de pièges.

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Naviguer en Italie (ici, le long de la côte Toscane) n'est pas très difficile

Note technique sur le moteur

Ayant beaucoup sollicité notre petit 4 temps lors de cette croisière, j'ai demandé à mon mécanicien si c'était bien raisonnable et s'il n'y avait pas des risques de panne.
Voici ses réponses :
« Ces moteurs peuvent tourner des journées entières sans problème, pour autant qu'on suive les prescriptions suivantes : effectuer une vidange toutes les 100 heures, vérifier très régulièrement le niveau d'huile, se méfier du sel et rincer très régulièrement le moteur à l'eau douce, effectuer la révision complète plutôt en fin de saison qu'au début, car cela permet un meilleur hivernage ».

Il a oublié d'ajouter : « se méfier des sacs-poubelle roses parfumés à la fraise ! »

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"Tartuffe", un équipier sacrément utile